Dans un communiqué, daté du 12 août 2025 parvenu à la rédaction de Finances & Entreprises, la Coopérative des Artisans Miniers du Congo/Entité de traitement, en sigle CDMC SARL, rejette les sanctions prises contre elle par le Département du Trésor américain. Selon Washington, la CDMC aurait servi de courroie de transmission en achetant les minerais de conflit issus des zones sous contrôle du PARECO-FF pour les revendre aux entreprises asiatiques East Rise et Star Dragon. Ces « minerais de sang » emprunteraient ensuite la route du Rwanda avant d’atteindre principalement la Chine, alimentant ainsi l’économie de guerre dans l’est congolais.
« Nous rejetons catégoriquement ces allégations liant notre entreprise à toute forme d’activités de quelque groupe armé que ce soit ou de contrebande de minerais au Nord-Kivu », note le Communiqué de la Direction de CDMC.
« La CDMC est le titulaire légal et enregistré de la concession minière qui comprend l’ensemble de la zone de Rubaya. À ce titre, nous ne sommes pas les auteurs, mais plutôt les principales victimes du conflit armé et des pillages qui ont déstabilisé cette région. La présence et la taxation de l’activité minière par des groupes armés tels que le PARECO-FF et, plus récemment, les rebelles du M23, ont empêché la CDMC d’exercer un contrôle légal sur sa concession », se dédouane cette Coopérative.
Pour la CDMC, son seul intérêt demeure « le rétablissement de la paix et de l’autorité légale afin que les mines puissent être industrialisées au profit des communautés locales et des marchés mondiaux ».
A sa décharge, la CDMC dit avoir opéré « en totale conformité avec le Guide de l’OCDE sur le devoir de diligence pour des chaînes d’approvisionnement responsables en minerais provenant de zones de confit ou à haut risque ».
« En tant que membre audité de l’Initiative internationale des chaînes d’approvisionnement en étain (iTSCi), nous avons toujours respecté toutes les exigences de conformité pour le commerce des minerais 3T », soutient la CDMC.
C’est pour se conformer à ces protocoles que les mesures suivantes onté été prises :
- CDMC a suspendu tous ses achats en minerais des 3T dans le Masisi, en ce compris Rubaya, le 03 mars 2023 ;
- Des achats certifiés limités ont repris le 28 juillet 2023, sur la base de la certification iTSCi et d’inspectons directes sur site ;
- Tous les achats ont de nouveau été totalement suspendus le 07 décembre 2023 en raison de nouveaux risques de sécurité et d’éventuels indicateurs de non-conformité.
Bien plus, tout au long de cette période, CDMC dit avoir mené des vérifications préalables rigoureuses et « n’a, à aucun moment, sciemment ou inconsciemment, aidé PARECO-FF ou tout autre groupe armé ».
« Nos décisions d’achat ont toujours été guidées par une certification vérifiée et des inspectons sur site, dans l’objectif primordial de garantir une chaîne d’approvisionnement en minerais exempte de tout confit. Ces dernières années, CDMC a fait l’objet de ce que nous considérons comme une tentative coordonnée visant à saper sa propriété légale du Permis d’Exploitation (PE) 76, l’une des concessions de tantale les plus riches au monde. Certains acteurs au sein de l’Administration congolaise, soutenus par des canaux diplomatiques et financiers opaques, ont tenté de requalifier notre concession légalement détenue en concession étatique afin de réorienter les flux d’investissements étrangers. Ces tentatives constituent non seulement une violation du droit minier congolais, mais marginalisent également les parties prenantes congolaises légitimes au profit de structures de gouvernance et d’intermédiaires alternatifs », se défend la CDMC.
A noter que CDMC a contesté ces actions aussi bien publiquement que devant les tribunaux. « Au demeurant, nous continuerons à défendre vigoureusement nos droits par tous les moyens juridiques et diplomatiques disponibles. CDMC reste pleinement attachée à la transparence, à la coopération et à une conduite conforme à la loi ».
Toutefois, CDMC salue l’engagement du Gouvernement américain, des partenaires internationaux et des auditeurs indépendants pour résoudre ce problème et rétablir la confiance dans la chaîne d’approvisionnement légale congolaise.
Rappelons que dans ses sanctions, le Trésor américain a ciblé les réseaux de financement impliqués dans le commerce illégal de minerais critiques. Outre la CDMC, les sanctions américaines frappent directement la Coalition des Patriotes Résistants Congolais-Force de Frappe (PARECO-FF) ainsi que les sociétés hongkongaises East Rise Corporation Limited et Star Dragon Corporation Limited.
Amédée Mwarabu