Le premier obstacle qui saute aux yeux est la fragilité du tissu économique national. La RDC ne dispose pas d’entreprises suffisamment solides pour porter la technologie, le capital ou la gouvernance qu’exige un méga-projet moderne. Lorsque l’on compare notre paysage économique à celui d’un pays émergent classique, on voit immédiatement l’écart. Ailleurs, un investisseur peut identifier des acteurs locaux capables de cofinancer, de gérer des opérations complexes ou de soutenir des chaînes de valeur. En RDC, ce maillon n’existe presque pas. Face à ce vide, les investisseurs étrangers préfèrent fonctionner avec leurs propres sous-traitants et réseaux internationaux. Ils ne contournent pas les entreprises congolaises par manque de respect, ils les contournent parce qu’elles n’apparaissent pas comme des partenaires capables d’absorber le choc d’un investissement lourd.

Cette difficulté est amplifiée par une absence presque totale de données fiables sur l’économie réelle. Il est impossible d’identifier clairement combien d’entreprises fonctionnent, quelles sont leurs capacités financières, quels segments de marché elles occupent ou quelles sont leurs performances sectorielles. Un investisseur sérieux ne peut pas prendre de décision dans un brouillard statistique permanent. Cette invisibilité structurelle ne touche pas seulement les capitaux privés étrangers. Elle affecte aussi les financements publics internationaux.

La Banque mondiale, le FMI et d’autres institutions de développement mettent à disposition des lignes de crédit qui pourraient soutenir des projets d’infrastructure, d’énergie ou d’agriculture. Faute de porteurs de projets crédibles et de structures capables de gérer ces fonds, une partie de ces financements stagne ou est réorientée vers d’autres pays jugés mieux préparés. L’argent existe parfois. C’est la capacité à l’utiliser qui manque.

À cela s’ajoute le poids écrasant d’un informel resté à l’état primitif. Le problème n’est pas seulement que plus de quatre cinquièmes de l’activité économique échappent à la formalisation, ni qu’il manque des bilans certifiés, de la gouvernance ou de la conformité. Dans des pays comme l’Italie ou la Chine, l’informel peut jouer un rôle productif et servir de vivier artisanal ou d’espace d’innovation. En RDC, il reste entièrement une économie de survie qui ne produit pas, ne transforme pas et ne crée aucune valeur ajoutée. Il ne s’agit que d’activités commerciales très limitées qui permettent de maintenir une famille ou un quartier, mais qui sont incapables de soutenir un partenariat industriel ou d’absorber un transfert de technologie. Tant que cette économie invisible et primitive dominera, aucune chaîne de valeur ne pourra émerger. L’informel primitif ne crée pas d’industrie, il empêche même l’industrie de naître.

Enfin, le vide institutionnel complète le diagnostic. Le pays ne dispose d’aucune plateforme permettant aux investisseurs étrangers d’obtenir une vision claire du tissu économique congolais. Ils n’ont accès ni aux parts de marché des entreprises locales, ni à leurs capacités de production, ni à leurs volumes d’exportation, ni à leurs chaînes d’approvisionnement, ni à leurs indicateurs de performance. Rien n’existe pour mesurer la santé financière d’un secteur, la concentration de la concurrence, le niveau de spécialisation d’une région ou la capacité réelle d’une PME à intégrer un projet. Il n’existe pas de répertoire fiable des sociétés crédibles, pas de base de données sectorielle, pas de cartographie des opportunités, pas d’espace où une ambition nationale structurée pourrait rencontrer le capital international.

Lorsque l’investisseur arrive, il ne voit rien. Il ne trouve personne. Il choisit alors la route la plus simple, celle qui contourne tout le pays. Il va vers le gouvernement, il signe, il exécute, il repart. Et le citoyen congolais finit par comprendre que malgré les annonces de milliards qui défilent, sa vie ne change pas. Tant que l’économie nationale restera incapable d’absorber un investissement, aucun investissement ne profitera réellement au pays. Il passera comme une pluie qui ne mouille pas.

Texte tiré de l’article « Le Qatar, les autres… et nous. Pourquoi les investissements étrangers contournent l’entreprise congolaise »

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By amedee

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