Pendant que le Gouvernement Suminwa sillonne plusieurs capitales du monde à la recherche des financements, il y a des fonds mis à la disposition de la RDC par la Banque mondiale que ces mêmes dirigeants ne parviennent pas à absorber. Un paradoxe inexplicable, surtout qu’il s’agit ici des projets à impact direct sur le social des Congolais.
Le Gouvernement de la République démocratique du Congo accuse un déficit criant dans la consommation des crédits mis à sa disposition par la Banque mondiale dans le cadre du Projet d’accès, de gouvernance et de réforme pour les secteurs de l’électricité et de l’eau (AGREE). Approuvé depuis mars 2022, mais dont la mise en vigueur n’a été effective qu’à partir du 18 mai 2023 par le conseil d’administration de la Banque mondiale, ce projet, d’une importance sociale capitale, n’avance pas dans sa mise en oeuvre simplement parce que le côté congolais traine les pas à mettre en œuvre ses engagements. En clair, les interventions politiques dans l’unité de gestion du projet bloquent sa mise en œuvre.
Selon la Banque mondiale, le progrès dans la mise en œuvre du projet est aujourd’hui jugé « insatisfaisant » suite notamment aux facteurs suivants : (i) ingérence politique dans la gestion de l’UGP, (ii) faibles capacités des agences impliquées dans la mise en œuvre sur la gestion des projets, entrainant des retards importants, un taux de décaissement des fonds du projets très en dessous des prévisions et une mauvaise planification des activités, (iii) manque d’appropriation du projets par les acteurs institutionnels et (iv) retards importants dans la prise de décisions par les autorités sur les questions importantes du projet.
La conséquence est que sur les 600 millions USD destinés au projet depuis mars 2022, le gouvernement congolais n’a consommé à ce jour que 6%, poussant la Banque mondiale à réfléchir déjà sur une éventuelle réaffectation d’une partie de ces fonds IDA en 2026 si le blocage persiste.
Au cours du Café de presse organisée par la Banque mondiale mi-novembre 2025 à Kinshasa, le Directeur des Opérations de la Banque mondiale, Albert Zeufack, avait pointé les interférences politiques dans l’Unité de gestion du projet comme principal frein à l’avancement dans la mise en œuvre du Projet AGREE.
« Je peux vous parler du Projet d’accès à l’électricité, le projet AGREE. Ce projet a été doté d’une enveloppe de 600 millions de dollars pour les réformes du secteur énergétique, notamment de la SNEL, qui depuis trois ans a décaissé 6% seulement. A ce stade ici, normalement il devrait avoir décaissé 60%. Mais, trois ans après, ce projet n’a décaissé que 6%. Pourquoi ? Parce que l’Unité de gestion du projet a été sclérosée, bloquée. Beaucoup d’autres projets dans notre portefeuille de crédit sont bloqués par des interventions politiques dans les unités de gestion du projet. Ça, c’est extrêmement grave. Les unités de gestions de projet sont censées être gérées sans intervention politique, se retrouvent dans une situation où la nomination du Codonateur de projet devient politique. Cela pose un gros problème. Nous devons redresser cela, si on veut vraiment avancer dans la mise en œuvre des projets. C’est important que ces ressources qui sont disponibles soient absorbées pour résoudre des problèmes. Nous avons fait une revue du Portefeuille avec le gouvernement la semaine dernière, et ce problème d’interférence politique dans les unités de gestion de mise en œuvre de projet continue d’être le frein principal à la mise en œuvre des projets en RDC », avait confié Albert Zeufac lors du Café de presse organisé par la Banque mondiale le 9 novembre dernier.
Ce projet AGREE a entre autres objectifs : étendre l’accès à l’électricité et aux services d’eau potable produits à partir d’énergies renouvelables dans certaines zones urbaines et périurbaines de la République démocratique du Congo, améliorer la performance commerciale et la gouvernance des sociétés publiques d’électricité et d’eau, et renforcer les capacités de certaines institutions provinciales et nationales dans les secteurs de l’électricité et de l’eau.
Dans sa première composante axée sur la gouvernance et la performance des sociétés publiques d’électricité et d’eau, le coût du projet est de 66 millions USD contre 47 millions USD réservés à la deuxième composante portant, elle, sur le renforcement institutionnel et le soutien au développement. La composante 3 centrée sur l’extension de l’accès par le secteur privé est dotée des crédits de l’ordre de 247 millions USD tandis que la composante 4, sur l’extension de l’accès par le secteur public avec la participation du secteur privé, est évaluée pour un coût de 240 millions USD.
Dans son rapport sur l’état d’avancement du projet, la Banque mondiale, dans sa notation de la gestion de ce projet, parle d’un « niveau moyennement insatisfaisant » en raison du « manque d’amélioration de la coordination du projet (au sein de l’UCM (qui est l’Unité de gestion du projet) et avec les autres entités de mise en œuvre du projet (tels que CEP-O, SNEL, ANSER, ARE, COPIREP) et des retards accumulés dans les acquisitions et la passation des marchés », ce qui nécessite une action urgente.
Toutefois, parmi les avancées clés enregistrées, le rapport de la Banque mondiale note le lancement du premier appel à propositions du Fonds Mwinda aux opérateurs privés du secteur de l’électricité afin d’accélérer l’accès à l’électricité des populations, le démarrage du programme de formation pour 400 jeunes dans les secteurs de l’eau et de l’électricité verte et la signature de contrats importants pour l’étude de restructuration de la dette de SNEL et la fourniture de 110 000 compteurs prépayés à SNEL.
Selon les conclusions de la dernière mission de supervision du projet qui a eu lieu en septembre 2025, il avait été décidé, afin d’accélérer le projet et de débloquer des travaux majeurs, d’atteindre un objectif de décaissement de 120 millions de dollars US pour l’exercice financier en cours (2026), d’accélérer la sélection de l’option de restructuration de la SNEL et de publier le décret de gouvernance du Compact endéans la mi-octobre 2025, tandis que l’UCM devrait finaliser les recrutements de spécialistes clés, notamment celui d’un coordonnateur adjoint, à fin novembre 2025.
Amédée Mwarabu
