Conduite par l’essor du cuivre et du cobalt, la République démocratique du Congo (RDC) affiche l’un des taux de croissance les plus élevés d’Afrique subsaharienne et une dette publique maîtrisée. Mais, derrière ces performances macroéconomiques, le revenu par habitant reste parmi les plus faibles du continent, révélant ainsi le défi majeur de transformer la rente minière en développement inclusif et en prospérité partagée.
Portée par le dynamisme de son secteur minier, la RDC s’impose progressivement comme l’une des économies les plus performantes d’Afrique subsaharienne. Avec une croissance estimée entre 5 et 6 %, le pays figure dans le peloton de tête continental, rivalisant avec le Kenya et l’Éthiopie et devançant nettement le Nigeria ainsi que l’Afrique du Sud dont les économies évoluent à un rythme plus modéré.
Cette performance repose essentiellement sur l’exploitation et l’exportation du cuivre et du cobalt, ressources stratégiques dans le contexte mondial de transition énergétique. Comme il fallait s’y attendre, la demande internationale soutenue pour ces minerais alimente les recettes d’exportation et renforce les réserves en devises. Toutefois, cette dépendance structurelle aux matières premières expose l’économie congolaise aux fluctuations des marchés internationaux.
Sur le plan budgétaire, la RDC affiche l’un des ratios d’endettement les plus faibles parmi les grandes économies africaines, autour de 22 % du PIB. À titre comparatif, l’Afrique du Sud et le Kenya dépassent les 60 %, tandis que le Nigeria et l’Éthiopie affichent des niveaux intermédiaires. Cette prudence budgétaire, régulièrement saluée par des partenaires comme le Fonds monétaire international (FMI), confère au gouvernement congolais une marge de manœuvre appréciable pour financer des projets structurants.
Autre évolution notable, la stabilisation progressive du cadre macroéconomique. L’inflation, autrefois élevée, est aujourd’hui contenue dans une fourchette plus maîtrisée, contrastant avec les fortes pressions observées au Nigeria ou en Éthiopie. Cette amélioration renforce la crédibilité économique du pays et favorise un climat plus attractif pour les investisseurs.
Une richesse introuvable
Cependant, derrière ces indicateurs encourageants, un paradoxe persiste. Le PIB par habitant congolais demeure parmi les plus faibles du continent, autour de 700 dollars américains annuels. En comparaison, il dépasse largement les 2 000 dollars américains au Kenya et au Nigeria et atteint plus de 6 000 dollars américains en Afrique du Sud. La forte croissance démographique et la concentration des richesses dans le secteur extractif limitent encore l’impact direct de la croissance sur le niveau de vie moyen.
Ainsi, la RDC présente un profil contrasté : une croissance robuste, une dette maîtrisée et une stabilité macroéconomique en amélioration, mais une économie encore peu diversifiée et un revenu par habitant très faible. Le véritable enjeu des prochaines années sera de transformer l’élan minier en développement inclusif, en misant sur l’industrialisation, la transformation locale des ressources, l’agriculture moderne et les infrastructures énergétiques.
À la croisée des chemins, la RDC dispose d’atouts indéniables pour changer d’échelle économique sur le continent. Encore faut-il que la croissance actuelle se traduise durablement en prospérité partagée.
Olivier Kaforo

