Qu’est-ce qui donne aux autres une ascendance sur notre pays, la RDC ? Voilà une question fondamentale qui, si elle était posée avec honnêteté, lucidité et responsabilité, pourrait amorcer le véritable sursaut national. Peut-être ne sauverait-elle pas la génération actuelle, déjà enfermée dans l’engrenage des échecs, des divisions et de la résignation, mais elle ouvrirait une voie d’espérance pour les générations futures.
Toutes les grandes nations du monde, sans exception, ont connu des périodes d’humiliation, de pauvreté, de conflits ou de domination. Pourtant, elles ont su, à un moment charnière de leur histoire, s’arrêter, s’interroger en profondeur et identifier leurs propres failles. C’est en se posant la bonne question — d’où vient notre faiblesse ? — qu’elles ont pu enclencher une dynamique de transformation durable. C’est cette capacité d’introspection et de responsabilité collective qui fait la différence entre une société qui se libère et une autre qui s’enlise.
Je me permets ici une anecdote personnelle : durant mes années d’études universitaires et quelques années après, j’ai connu une précarité extrême. Rien ne jouait en ma faveur : ni le soutien familial, absorbé par la pauvreté, ni la société, indifférente, ni l’État, totalement démissionnaire. Pourtant, jamais je n’ai succombé à la tentation de la facilité ou de la déviance. J’aurais pu voler, tricher, m’accrocher à des réseaux de survie malsains, mais j’ai choisi de me recentrer sur mes valeurs, ma foi, ma discipline intellectuelle et l’espoir que le mérite finirait par porter ses fruits. Et il l’a fait. Depuis 2005, je marche en dépit des obstacles sur un chemin que j’ai moi-même tracé grâce à Dieu et à deux personnalités déterminantes favorables à ma cause.
Ce témoignage, loin d’être une glorification personnelle, est une illustration concrète d’une vérité : sortir du gouffre commence par une prise de conscience intérieure. Malheureusement, dans notre pays, cette conscience fuie constamment. Nous nous dédouanons, accusant l’extérieur — les puissances étrangères, l’histoire coloniale, le capitalisme occidental — sans nous interroger sérieusement sur nos propres responsabilités internes.
Oui, la RDC a souffert : esclavagisme, colonisation, indépendance confisquée, néocolonialisme, guerres, prédation… Mais d’autres nations ont traversé des tragédies similaires, parfois plus profondes, et s’en sont relevées. Ce qui a fait la différence : une élite politique responsable, une vision claire, un leadership fort et une volonté collective de rompre avec les schémas défaillants du passé.
Tant que nous continuerons à refuser de nous interroger sur les racines de notre impuissance, tant que nous refuserons de reconnaître que la reconstruction d’un pays commence dans le cœur, l’esprit et l’engagement de ses propres fils, nous resterons à la traîne, livrés aux autres et incapables de maîtriser notre destinée.
La vraie question donc n’est pas : « Qui nous empêche d’avancer ? »
Mais bien : « Qu’est-ce qui en autorise les autres à prendre le dessus ? »*
Et la réponse est entre nos mains.
Bonne année 2026 !
Luc Alouma M.

