Deux mois après le discours de Félix Tshisekedi du 29 janvier 2025, au lendemain de l’occupation de Goma  par l’armée rwandaise et les terroristes du M23, rien, alors rien de substantiel n’a été fait pour sortir la République démocratique du Congo du gouffre. Bien au contraire, après Goma, les Rwandais ont pris Bukavu avant de s’installer dans Walikale, il y a quelques jours. Autant dire que la riposte « ordonnée et rigoureuse » annoncée par le président de la République n’a jamais eu lieu.

Pourtant, les Congolais s’étaient mis d’accord, à la suite du discours de Félix Tshisekedi que trop c’est trop et qu’il fallait mettre fin, une fois pour toutes, à ces crises sécuritaires répétitives avec leurs lots des drames humanitaires causés par des déplacements massifs des Congolais fuyant les combats.

On se rend vite compte que le Gouvernement Suminwa en place est tout simplement en déphasage des enjeux actuels auxquels la RDC fait face. Puisqu’il s’agit de : 1. Restaurer l’intégrité territoriale ; 2. Mettre en œuvre tout ce qui est nécessaire pour rebâtir une armée puissance et efficace à même de protéger les Congolais, leurs biens et les richesses du pays ; 3. Insuffler un dynamisme économique en temps de guerre ;  4. Refaire les alliances avec des partenaires internationaux en tirant les conséquences de ceux des pays qui soutiennent le régime de Kigali dans sa folie expansionniste et de prédation en RDC ; et 5. Faire face au drame humanitaire suscité par les déplacements internes et la crise alimentaire qui touche actuellement 28,5 millions des Congolais.

A voir de près ces ultimes objectifs, dictés par la situation de l’heure et par la raison, l’Exécutif national actuel est quasiment désarmé face à la nouvelle dynamique qu’il faut imprimer pour aussi bien laver l’affront face aux humiliations répétitives des criminels rwandais en terres congolaises et envoyer, en fin, un signal fort au reste du monde que la RDC prend à bras le corps ses problèmes et est engagée à se faire respecter dans l’avenir.

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Tout aussi, le projet d’un gouvernement d’union nationale est voué à l’échec non seulement du fait qu’il est boudé par l’Opposition politique mais surtout parce qu’il n’apportera pas de solution à la crise sécuritaire actuel.

Pire, toutes les institutions à Kinshasa font comme si le pays n’est pas en guerre.  Le Parlement étant muselé, le gouvernement continue à fonctionner comme par le passé. Les actes sur la réduction du train de vie des institutions, des ministères et même des rémunérations du personnel politique n’ont jamais été pris. Au contraire, le Gouvernement continue à enregistrer des dépassements budgétaires comme le témoignent les dépenses publique du premier trimestre 2025. A part le doublement de la solde des militaires, rien d’autre ne fait. Pourtant, le salaire n’est pas le problème le plus fondamental des forces armées congolaises. Une armée moderne c’est d’abord l’organisation, ensuite la discipline et enfin la motivation. Le salaire ne viendrait qu’en quatrième position, soit au bout de la chaine.

Pendant que le Gouvernement Suminwa dilapide des fonds publics dans la campagne « Congolais Telema », les Rwandais eux contrôlent des zones minières de grande importance dans la partie Est de la RDC. Ils pillent nos minerais. Ils achètent des armes. Et, ils se renforcent militairement. Le comble est que cette armée d’occupation tue tous les jours les Congolais à Goma, à Bukavu et dans les territoires sous leur occupation.

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Retrouver la Grandeur

La RDC a besoin illico presto d’un Gouvernement de crise qui sera arrimé aux cinq objectifs ci-haut cités avec obligation des résultats à court et moyen terme. Et ceci exige juste un Gouvernement efficace qui sera composé des coriaces, des stratèges voire des géo stratèges. Bref, un gouvernement dicté par l’efficacité et la compétence que par tout autre raison politique genre respect du poids politique ou prise en compte des tendances géopolitiques.

La RDC est à la croisée des chemins : soit demeurer une vache à lait du régime de Kagame, soit reprendre son destin en main et se mettre dans la bonne direction, en s’érigeant comme un pays puissant militairement, dynamique économiquement, politiquement fort avec des institutions solides et stables. Ceci passe par la reconstruction de l’Etat dans ses trois piliers essentiels : l’Armée, la Justice et l’Administration publique.

C’est dans cet ordre que le discours du président de la République du 29 janvier était soutenu par les Congolais. Malheureusement, plus de deux mois après, cette déclaration qui devait pourtant sonné le changement de paradigme dans la gouvernance de la RDC, rien n’est fait concrètement ni pour la  montée en puissance des FARDC, ni pour stimuler l’économie nationale en tirant profit de ce temps de guerre, encore moins dans le sens de revoir nos partenariats et alliances avec les autres pays.

Entre Etats, il n’y a que des intérêts ! Il est inconcevable, alors que toute la communauté internationale ferme les yeux sur les pillages économiques et les crimes perpétrés en RDC par le Rwanda depuis trois décennies, que Kinshasa n’ajuste pas ses relations de coopération à l’international sur base de ses intérêts vitaux et existentiels.

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Il est temps que le président Félix Tshisekedi reprenne la main sur la conduite du pays  en mettant en place un Gouvernement capable de chasser les rwandais du sol congolais, de redonner de la dignité aux Congolais, de mettre en place des politiques économiques modernes qui sortiront les populations congolaises de la pauvreté actuelles et assureront le progrès et l’émergence tant espérée.

La République démocratique du Congo a vocation de grandeur. En effet, tout prédestine la RDC à la grandeur : sa vaste superficie de 2.345.410 Km², sa population nombreuse évaluée à plus de 100 millions d’habitants, ses immenses ressources naturelles, non sans oublier sa position géopolitique située au centre de l’Afrique, berceau de l’humanité.

Il est temps que le Congo de Patrice Lumumba reprenne le leadership de la sous-région des Grands lacs africains et rentre durablement dans le concert des nations.

Amédée Mwarabu

 

 

By amedee

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