Le gouvernement congolais envisage de rendre effective la disposition légale prévoyant la réservation de 5 % du capital des entreprises de télécommunications aux travailleurs congolais, conformément à l’article 40 de la loi n°20/017 du 25 novembre 2020 relative aux télécommunications et aux technologies de l’information et de la communication.
Lors du Conseil des ministres du 30 janvier 2026, le président Félix Tshisekedi a instruit le ministère des Postes, Télécommunications et l’Autorité de régulation de la poste et des télécommunications du Congo d’engager des discussions avec les opérateurs afin de définir les modalités financières et opérationnelles de mise en œuvre de cette disposition, restée largement inappliquée depuis son introduction dans la législation sectorielle en 2002.
La législation prévoit que 30 % du capital des entreprises de télécommunications opérant en RDC doivent être détenus par des intérêts congolais, dont 25 % par des personnes physiques ou morales congolaises et 5 % spécifiquement par les travailleurs de l’entreprise. Cette mesure vise à corriger un déséquilibre structurel dans la gouvernance du secteur, actuellement dominé par des groupes étrangers tels que Vodacom, Orange, Airtel ou Africell, et à favoriser une participation plus inclusive à la création de valeur générée par le marché congolais des télécommunications.
D’un point de vue économique, l’objectif poursuivi est double. D’une part, il s’agit de renforcer l’inclusion financière et patrimoniale des travailleurs congolais, en leur permettant de bénéficier non seulement de leurs revenus salariaux, mais également d’une part des dividendes issus de la performance des entreprises. D’autre part, cette participation au capital pourrait contribuer à améliorer le dialogue social et l’alignement des intérêts entre salariés et actionnaires, un mécanisme souvent associé à une meilleure productivité et à une gouvernance plus stable.
Cependant, la mise en œuvre effective de cette disposition soulève plusieurs défis. La question centrale concerne les modalités financières d’acquisition ou de transfert des parts : il reste à déterminer si ces actions seront cédées à titre préférentiel, financées par des mécanismes collectifs (fonds des salariés) ou attribuées progressivement dans le cadre de plans d’actionnariat salarié. En outre, la structure actuelle de l’actionnariat des opérateurs — majoritairement contrôlés par des maisons mères internationales — pourrait rendre les négociations complexes, notamment en ce qui concerne la dilution éventuelle des participations existantes.
Enfin, l’efficacité économique de la mesure dépendra également de la transparence financière du secteur. Bien que le chiffre d’affaires global des télécommunications en RDC ait progressé d’environ 9 % pour atteindre près de 2,09 milliards de dollars en 2024, les opérateurs publient rarement leurs états financiers détaillés. Cette opacité limite l’évaluation précise de la rentabilité du secteur et, par conséquent, du potentiel réel de dividendes susceptibles de bénéficier aux travailleurs congolais.
Perspectives et enjeux économiques
La mise en œuvre effective de la disposition réservant 5 % du capital des opérateurs télécoms aux travailleurs congolais pourrait constituer une avancée importante en matière d’inclusion économique et de partage de la valeur créée dans un secteur en forte croissance. En permettant aux salariés d’accéder au statut d’actionnaires, cette mesure pourrait renforcer leur participation aux performances financières des entreprises et contribuer à améliorer le dialogue social ainsi que l’alignement des intérêts entre employés et actionnaires.
Toutefois, l’efficacité de cette réforme dépendra largement des modalités opérationnelles de sa mise en œuvre. La création de mécanismes structurés d’actionnariat salarié, tels qu’un fonds collectif des employés ou des plans d’actionnariat progressif, pourrait faciliter l’acquisition et la gestion des parts par les travailleurs, tout en limitant les contraintes financières individuelles. Une telle approche permettrait également de garantir une gouvernance claire de cette participation collective.
Par ailleurs, dans un secteur où les investissements restent fortement dominés par des groupes internationaux, les autorités devront veiller à maintenir un équilibre entre la promotion de la participation nationale et l’attractivité du climat d’investissement. Dans cette perspective, une mise en œuvre progressive et transparente de la mesure, accompagnée d’exigences accrues en matière de publication des informations financières du secteur, pourrait renforcer à la fois la confiance des investisseurs et la redistribution des retombées économiques au profit des travailleurs congolais.
Congo Challenge N°106
