Selon les projections de la Banque mondiale, la population en âge de travailler en République Démocratique du Congo atteindra environ 72 millions de personnes à l’horizon 2050. Ce chiffre place le pays au deuxième rang en Afrique subsaharienne derrière le Nigeria, confirmant l’ampleur du basculement démographique en cours. À l’échelle régionale, plus de 620 millions d’individus supplémentaires devraient rejoindre le marché du travail au cours des vingt-cinq prochaines années, ce qui représente à la fois un levier de croissance potentielle et un risque macroéconomique si cette main-d’œuvre n’est pas convenablement intégrée.
Une transition démographique à double tranchant
La dynamique démographique congolaise constitue un atout stratégique si elle s’accompagne d’une transformation structurelle de l’économie. L’expansion rapide de la population active peut soutenir la croissance par l’élargissement de la base productive, l’augmentation de la demande intérieure et la mobilisation d’un dividende démographique. Cependant, en l’absence d’investissements massifs dans l’éducation, les infrastructures et l’emploi productif, cette même dynamique pourrait accentuer les déséquilibres socio-économiques, nourrir le chômage de masse et exacerber la vulnérabilité sociale.
Les prérequis d’un dividende démographique productif
Pour transformer cette pression démographique en moteur de développement, plusieurs leviers sont essentiels. D’abord, la réduction des coûts liés à l’environnement des affaires apparaît déterminante pour stimuler l’investissement privé et la création d’emplois formels. Le renforcement des infrastructures de base, notamment l’accès à l’électricité, aux routes, au réseau ferroviaire et à la connectivité numérique, conditionne la compétitivité territoriale et l’intégration des marchés intérieurs.
Ensuite, l’amélioration de la gouvernance économique et la rationalisation des cadres réglementaires demeurent des priorités pour attirer l’investissement direct étranger (IDE) et favoriser la montée en gamme du tissu productif. Ces réformes doivent s’accompagner d’un capital humain renforcé, en particulier à travers une meilleure adéquation entre les systèmes éducatifs et les besoins du marché du travail.
Les projets structurants comme catalyseurs de croissance
Plusieurs projets à fort impact économique s’inscrivent dans cette logique de transformation. Le Programme de Développement Inga 3 (PDI3) vise à renforcer la sécurité énergétique nationale, condition préalable à la compétitivité industrielle. Le Corridor de Lobito, reliant le Katanga à la façade atlantique, et le corridor PACT, connectant le centre du pays à l’Est, constituent quant à eux des axes logistiques majeurs susceptibles de réduire les coûts de transaction et de stimuler la diversification économique.
Ces projets, s’ils sont bien exécutés, pourraient générer un effet multiplicateur significatif sur la croissance, en dynamisant le secteur privé, en améliorant la productivité et en créant des emplois à haute valeur ajoutée, notamment dans les secteurs de l’énergie, des transports et des services.
L’enjeu de l’inclusion économique et sociale
La Banque mondiale souligne également la nécessité de promouvoir l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes, leviers essentiels d’une croissance inclusive. Leur intégration dans le tissu productif national peut favoriser la résilience économique, réduire les inégalités de revenus et renforcer la cohésion sociale.
Toutefois, pour que cette dynamique soit soutenable, il est impératif d’encourager des chaînes de valeur locales diversifiées et de limiter la dépendance excessive aux rentes minières, qui exposent l’économie congolaise à la volatilité des cours mondiaux et à des déséquilibres structurels persistants.
Vers une croissance plus inclusive et moins extractive
La pauvreté en RDC demeure largement structurelle, traduisant la faiblesse de la transformation productive et la faible inclusivité de la croissance enregistrée au cours des dernières années. Tant que le pays restera dépendant d’un secteur minier peu intensif en emploi et faiblement connecté aux autres segments de l’économie, la création de richesse restera concentrée et inégalement répartie.
À terme, la consolidation du capital humain, la modernisation des infrastructures, et la montée en puissance du secteur privé formel constituent les conditions sine qua non pour transformer cette transition démographique en une trajectoire de développement durable, capable d’assurer à la fois croissance, emploi et stabilité macroéconomique.
Congo Challenge
