Par Eric Metreau Kathryn,  Elizabeth Young, Shwetha , Grace Eapen

Depuis 1987, le paysage mondial de la classification des pays par revenu a considérablement évolué, la part des économies à faible revenu ayant reculé de 30 à 11 %. Ces progrès n’ont pas été uniformes : certains pays ont franchi les seuils de catégorie de revenu bien plus rapidement que d’autres. Cette année, six pays sont parvenus à se hisser dans la catégorie de revenu supérieure, mais derrière cette statistique se cache des trajectoires singulières : un pays sortant d’une crise économique, une puissance exportatrice qui distance ses pairs, ou encore une économie dont le PIB s’est avéré 10 % plus élevé qu’estimé jusqu’ici, pour n’en citer que trois.

Le 1er juillet de chaque année, la cellule Gestion des données sur le développement actualise les classifications du Groupe de la Banque mondiale sur la base des estimations du revenu national brut (RNB) par habitant de l’année civile précédente. Les économies pour lesquelles des données sont disponibles sont ainsi réparties en quatre groupes de revenu : faible, intermédiaire de la tranche inférieure, intermédiaire de la tranche supérieure et élevé. Cette année, l’exercice a porté sur 218 pays, et les résultats feront office de référence mondiale jusqu’à fin juin 2027.

Cette actualisation revêt une importance capitale : les classifications déterminent quels pays peuvent accéder à des prêts concessionnels et à l’aide au développement. Elles permettent aussi aux gouvernements, chercheurs et organisations internationales variées de mesurer les avancées économiques dans le monde entier.

Le RNB par habitant est mesuré en dollars — à l’aide de la méthodologie de l’Atlas (a) — et corrigé pour lisser les fluctuations à court terme des taux de change. Les seuils qui définissent chaque groupe de revenu sont ajustés chaque année en fonction de l’inflation. Au-delà de la croissance économique et démographique, d’autres facteurs peuvent influer sur la catégorisation des pays, comme les changements intervenus dans les comptes nationaux et les révisions des données sous-jacentes.

Six parcours singuliers

Cette année, aucun des pays évalués n’a régressé. Cinq pays sont passés de la tranche inférieure des économies à revenu intermédiaire à la tranche supérieure : Jordanie, Micronésie, Philippines, Sri Lanka et Viet Nam. Un autre, le Togo, a progressé pour se hisser parmi les économies à revenu intermédiaire inférieur. Chacun d’eux y est parvenu par des voies très différentes.

  1. Le cas du Viet Nam est une histoire de croissance. Porté par un modèle axé sur l’international, le pays a vu ses exportations bondir de plus de 15 % en 2024 comme en 2025, tandis que son PIB progressait de 7 % puis de 8 %. Entre 2021 et 2025, le RNB a augmenté en moyenne de 10 % par an, soit l’une des dynamiques de croissance les plus soutenues de la région.
  2. Pour les Philippines, la progression est le fruit d’une croissance généralisée. Le PIB s’est accru en moyenne de 5,8 % par an sur cinq ans, porté non pas par l’essor d’un seul secteur, mais par une dynamique à l’échelle de toute l’économie.
  3. Le parcours du Sri Lanka est, quant à lui, celui d’un pays qui se relève. Trois ans à peine après la grave crise économique qui l’avait conduit au bord de l’effondrement en 2022, le pays a vu son PIB réel grimper de 5 % en 2025, tiré par un rebond dans l’ensemble des secteurs et par la croissance des services financiers et du tourisme. Son avancée dans la classification témoigne d’une réelle résilience, même s’il faut souligner que le Sri Lanka a franchi ce seuil de justesse seulement.
  4. Après avoir mis du temps à se relever de la COVID-19, la Micronésie a pour sa part enregistré une croissance modeste mais régulière, à la faveur principalement de la vitalité de la construction et de l’agriculture. Un recul marqué du revenu net primaire a toutefois pesé sur les gains globaux.
  5. En ce qui concerne la Jordanie, c’est une révision en profondeur des comptes nationaux qui est à l’origine du changement de catégorie de revenu. En actualisant sa base de calcul, le Département national des statistiques a constaté, à la suite d’un élargissement de la couverture statistique rendu possible par des enquêtes actualisées, de nouvelles sources de données et une méthodologie de compilation améliorée, que l’activité économique était en réalité supérieure de près de 10 % aux estimations antérieures. Conjuguées à une croissance de 2,8 % en 2025, ces données révisées ont permis au pays de franchir nettement le seuil de la catégorie supérieure.
  6. Enfin, le passage du Togo de la catégorie des pays à faible revenu à celle des pays à revenu intermédiaire inférieur relève en grande partie d’une mise à jour démographique. À la suite de la publication des résultats détaillés du recensement de 2022, l’estimation de la population du pays a été revue à la baisse de 11,7 %. Le revenu étant mesuré par habitant, une population plus faible génère mécaniquement un chiffre par habitant plus élevé, même en l’absence d’une variation du revenu total. Et même si le PIB a progressé de 5,9 % en 2025 et que les fluctuations du taux de change ont également influé sur la reclassification du pays, c’est avant tout la révision des données démographiques qui a fait la différence.

La méthodologie de classification des pays en fonction de leur revenu est rigoureuse. Chaque actualisation annuelle repose notamment sur les données les plus récentes disponibles, de manière à fournir la représentation la plus exacte possible de la réalité économique.

Aucun indicateur ne peut certes résumer à lui seul toute la complexité du développement d’un pays. Néanmoins, au fil des quatre dernières décennies, des milliers de données ont été analysés chaque année pour produire ces classifications, tandis que le nombre d’économies évaluées n’a cessé de croître, passant de 163 en 1987 à 218 en 2025. C’est pourquoi la classification des pays par niveau de revenu constitue un outil fiable pour contextualiser l’économie mondiale, comprendre le chemin parcouru par les pays et, dans une certaine mesure, la trajectoire qu’ils empruntent.

worldbank.org

By amedee

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