Une industrie Automobile. Photo d'illustrationUne industrie Automobile. Photo d'illustration

Depuis 15 ans, le Bureau de l’économiste en chef pour l’Afrique de la Banque mondiale et l’Agence française de développement (AFD), travaillent ensemble pour intégrer des données probantes dans les politiques à travers la série L’Afrique en développement. Sur plus de trois douzaines de titres, ce partenariat a permis d’identifier les réformes, les investissements et les choix institutionnels qui peuvent soutenir des résultats de développement plus forts à travers le continent.

Notre travail de partenariat arrive à un moment important. L’économie de l’Afrique subsaharienne a fait preuve de résilience. Malgré les tensions au Moyen-Orient au cours du deuxième trimestre, la croissance resterait solide selon les dernières prévisions publiées dans le rapport Global Economic Prospects, la région devant passer d’environ 4 % en 2025 et 2026 à 4,4 % en 2027. Pourtant, la pauvreté ne diminue pas assez rapidement et le nombre absolu de pauvres continue d’augmenter. Le modèle de croissance actuel n’est pas suffisant. L’Afrique a besoin d’une croissance qui crée des emplois plus nombreux et de meilleure qualité, élargisse les opportunités pour les jeunes et les femmes, et renforce les bases de l’investissement privé.

Pour notre dernier billet du blog célébrant le 15e anniversaire de ce partenariat, nous partageons cinq idées issues de recherches récentes qui pointent vers un agenda pratique pour l’avenir de l’Afrique.

  • L’avenir de l’Afrique dépend d’emplois plus nombreux et de meilleure qualité

Le principal défi auquel est confronté le continent est celui de l’emploi. L’Afrique aura besoin d’une croissance durable pour générer environ 25 millions d’emplois chaque année entre aujourd’hui et 2050, afin d’absorber sa population en âge de travailler qui augmente rapidement. Mais le problème n’est pas seulement le nombre d’emplois — c’est aussi leur qualité. Aujourd’hui, plus de 80 % des emplois restent informels, ce qui limite la productivité, les revenus et la sécurité économique. Sans une évolution vers des entreprises plus structurées, productives et évolutives, la création d’emplois de qualité ne se produira pas au rythme requis.

  • La croissance dans les secteurs clés stimulera la création d’emplois de qualité

Créer des emplois à grande échelle nécessite une croissance soutenue dans les secteurs à fort potentiel d’emploi. Le défi de la croissance africaine reste profondément structurel : l’insuffisance des investissements, de la productivité et de l’expansion des entreprises continue d’entraver la transformation. Les données indiquent une approche pragmatique, fondée sur l’écosystème, qui aligne les outils politiques avec les capacités des pays plutôt que de s’appuyer sur des modèles universels.

La recherche économique met en évidence plusieurs secteurs ayant un potentiel important pour créer des emplois à grande échelle, notamment le secteur agricole, l’exploitation minière, le logement et la construction, ainsi que les services tels que le tourisme, l’hôtellerie et l’économie numérique. Ces secteurs peuvent devenir des moteurs de croissance inclusive lorsque les investissements dans les infrastructures et le capital humain sont associés à des réformes qui permettent aux entreprises privées de se développer, d’être compétitives et d’innover. Le soutien aux entreprises d’ancrage, la promotion de la concurrence et le renforcement des capacités institutionnelles seront essentiels pour libérer ce potentiel.

  • La bonne gouvernance est essentielle à une prospérité inclusive

Une croissance soutenue et la création d’emplois dépendent en fin de compte de la solidité des institutions et de la confiance du public. À travers le continent, les citoyens exigent une meilleure gouvernance, de meilleurs services et de plus grandes opportunités économiques. Les manifestations politiques ont augmenté régulièrement au cours de la dernière décennie en réponse aux préoccupations concernant le chômage, la qualité des services publics, la fiscalité et l’obligation de rendre des comptes.

Restaurer la confiance nécessite des dépenses publiques efficaces, une régulation transparente du marché, des institutions compétentes et une gouvernance responsable. Ce ne sont pas seulement des objectifs de gouvernance — ce sont aussi des impératifs économiques. Des institutions efficaces sont essentielles pour attirer les investissements, fournir des infrastructures, soutenir les entreprises et créer les conditions d’une croissance généralisée de l’emploi.

  • L’intégration régionale peut accélérer la transformation structurelle

L’intégration régionale peut aider à amplifier ces gains en élargissant les marchés, en réduisant les contraintes de production et en soutenant l’industrialisation. Bien que l’Afrique commerce autant que l’Asie de l’Est par rapport au PIB, elle n’a pas connu le même degré de transformation structurelle parce que les exportations restent concentrées dans des matières premières destinées aux marchés extérieurs. Le commerce intra-africain — qui est généralement plus diversifié et à forte intensité manufacturière — ne représente encore que 15 à 20 pour cent du commerce total.

Les recherches de Integrating Africa : From Threads to Hubs montrent que l’intégration régionale n’est pas simplement souhaitable ; elle est de plus en plus nécessaire à la transformation. Les réseaux de production régionaux peuvent élargir la frontière de l’industrialisation réalisable en permettant aux pays de se spécialiser, de connecter des chaînes d’approvisionnement et d’accéder à des marchés plus importants qui seraient difficiles à atteindre individuellement. La zone de libre-échange continentale africaine offre l’occasion d’accélérer ce processus et de soutenir l’émergence d’industries intégrées au niveau régional.

  • La migration peut devenir une opportunité de prospérité

La migration est souvent considérée comme un défi, mais elle peut aussi devenir une source importante d’opportunités pour l’Afrique et le monde lorsqu’elle est bien gérée. La plupart des migrants africains restent sur le continent, leurs mouvements étant concentrés au sein des communautés économiques régionales. La migration est en grande partie motivée par la recherche d’opportunités économiques, de sécurité et de résilience.

L’Afrique entre dans une période de changement démographique majeur. D’ici 2050, la main-d’œuvre du continent devrait augmenter de 600 millions de personnes, tandis que la force de travail dans de nombreuses économies à revenu plus élevé diminuera. Les capitaux privés resteront abondants dans la plupart des pays à revenu élevé. Cette double divergence crée une opportunité de mieux connecter l’Afrique aux autres continents. Des systèmes de gestion des migrations plus solides, des investissements dans les compétences et une plus grande mobilité régionale peuvent aider la migration à contribuer plus efficacement aux moyens de subsistance, à la productivité et à la transformation économique.

Depuis plus de 15 ans, le partenariat entre la Banque mondiale et l’AFD a contribué à rapprocher recherche et dialogue politique de manière durable et institutionnalisée. Ce corpus de travaux souligne une leçon simple : les données probantes prennent du temps pour influencer la politique, et les partenariats de recherche à long terme sont importants. Alors que l’Afrique s’efforce de transformer la croissance en moyens de subsistance, ces idées peuvent aider à orienter les réformes, les investissements et les partenariats nécessaires pour libérer le potentiel du continent et soutenir une prospérité inclusive et durable.

worldbank.org

By amedee

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