Les réunions du Conseil des ministres se succèdent. À chaque occasion, le président Félix Tshisekedi rappelle la même exigence. Il demande davantage de résultats, plus d’efficacité et une accélération des réformes.Pourtant, les résultats tardent à apparaître.

La question qui se pose n’est peut-être plus celle des compétences individuelles. Elle est probablement celle de la cohérence stratégique de l’exécutif. Les difficultés observées traduisent moins une absence de capacités qu’un conflit de priorités entre les deux têtes de l’exécutif.

Deux têtes, deux responsabilités

La Constitution congolaise organise un régime semi-présidentiel. Le Président de la République fixe les grandes orientations nationales et exerce des compétences propres, notamment en matière de défense et de politique étrangère. Le Gouvernement, dirigé actuellement par la Première ministre Judith Suminwa, conduit la politique de la Nation et coordonne l’action des ministres dans tous les autres domaines.

Le président fixe le cap. La Première ministre est chargée de transformer cette vision en politiques publiques cohérentes.

Si les résultats ne suivent pas, la question mérite d’être posée. Les orientations fixées par le Chef de l’État sont-elles réellement celles qui sont mises en œuvre par le Gouvernement ? À quoi sert un Conseil des ministres si le gouvernement suit une autre direction ?

L’arrêté interministériel sur le numérique comme révélateur

Le décret portant taxation de certains services numériques constitue probablement l’illustration la plus parlante de cette divergence.

Depuis plusieurs années, le président Tshisekedi multiplie les discours en faveur de l’entrepreneuriat des jeunes, de l’innovation, de la transformation numérique et de la création d’un secteur privé dynamique. Son message est constant. La RDC doit créer davantage de richesse avant d’en prélever une part plus importante.

L’arrêté controversé poursuit une logique différente. Son objectif premier est d’accroître rapidement les recettes publiques. Il ne taxe pas une richesse déjà créée. Il augmente le coût de ceux qui cherchent précisément à créer cette richesse.

Pour un jeune entrepreneur, un développeur informatique, une PME ou un étudiant, le signal envoyé est difficilement compatible avec le discours présidentiel.

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Deux visions économiques qui s’opposent

Au fond, ce décret révèle deux philosophies économiques.

La première considère que le développement passe d’abord par la création de richesse, l’investissement, l’innovation et l’entrepreneuriat.

La seconde privilégie l’augmentation immédiate des recettes publiques, quitte à alourdir les coûts supportés par ceux qui investissent ou entreprennent.

Ces deux approches peuvent difficilement produire une politique économique cohérente lorsqu’elles coexistent au sommet de l’État.

Ce que révèle la suspension de l’arrêté interministériel

La suspension rapide de l’arrêté après la mobilisation de l’opinion publique est tout aussi révélatrice que son adoption. Un texte de cette nature ne devient pas un arrêté par hasard. Il franchit plusieurs étapes administratives et gouvernementales avant sa publication. Il suppose nécessairement une validation politique au sein du Gouvernement. Si tel est le cas, la question dépasse largement le ministère à l’origine du texte.

Le véritable rôle de la Première ministre Judith Suminwa consiste à coordonner l’action gouvernementale et à veiller à ce que chaque décision ministérielle soit conforme aux grandes orientations définies par le Président de la République.

Lorsqu’un arrêté interministériel aussi sensible est adopté avant d’être suspendu quelques jours plus tard, cela interroge moins la qualité du travail d’un ministre que la capacité du chef du Gouvernement à assurer cette cohérence.

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Le véritable enjeu dépasse le numérique

Le débat dépasse désormais le seul secteur numérique. Il renvoie à une interrogation plus fondamentale. Peut-on encourager l’investissement privé tout en augmentant continuellement le coût de l’activité économique naissante ?

Les investisseurs répondent aux incitations. Les entrepreneurs observent les signaux envoyés par les pouvoirs publics. Chaque décision fiscale ou réglementaire influence leurs choix.

Lorsque les discours encouragent l’entrepreneuriat mais que les politiques publiques semblent aller dans une autre direction, l’incertitude devient elle-même un frein au développement.

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Le Président devra trancher

Si la priorité présidentielle demeure effectivement la création d’emplois, l’entrepreneuriat des jeunes et la transformation productive de l’économie, l’ensemble du Gouvernement devrait poursuivre cette même direction.

Dans le cas contraire, les appels répétés aux résultats risquent de rester sans effet, non par manque de compétences, mais parce que deux visions différentes semblent cohabiter au sommet de l’exécutif.

Le Président de la République devra tôt ou tard résoudre cette contradiction. Gouverner exige une cohérence stratégique. Un Chef de l’État ne peut durablement obtenir les résultats qu’il attend si son Gouvernement poursuit des priorités différentes.

La question n’est donc pas celle des personnes. Elle est celle de l’alignement entre la vision présidentielle et l’action gouvernementale. Sans cet alignement, les Conseils des ministres continueront de produire des injonctions aux résultats, mais les résultats eux-mêmes continueront de se faire attendre.

Amédée Mwarabu 

By amedee

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