Le Marechal Mobutu Sese SekoLe Marechal Mobutu Sese Seko

TRIBUNE II

Par José Bakima

Réduire Mobutu à un dictateur qui aurait simplement conservé le pouvoir pendant trente-deux ans serait historiquement insuffisant.

Il faut comprendre ce qu’il a fait de l’État.

Mobutu a construit un système.

Il a centralisé.

Il a nommé.

Il a réorganisé.

Il a intégré.

Il a contrôlé.

Il a neutralisé.

Il a créé des réseaux d’allégeance.

Il a transformé le parti en instrument de mobilisation et d’encadrement.

Il a placé l’administration, l’armée et une grande partie de la vie économique sous la logique du pouvoir central.

Il faut reconnaître cette capacité.

Car l’une des contradictions les plus profondes du mobutisme est précisément celle-ci :

il a contribué à consolider l’État comme appareil tout en affaiblissant l’État comme institution autonome.

La distinction est capitale.

Un appareil peut être puissant.

Une institution doit être capable de survivre à ceux qui la dirigent.

Un État peut disposer d’une administration nombreuse et néanmoins rester institutionnellement fragile.

Il peut avoir des ministères, des gouverneurs, des préfets, une armée, une police, des entreprises publiques, une banque centrale et un parti unique tout en demeurant dépendant d’une décision prise au sommet.

C’est ce qui donne au système mobutiste son paradoxe.

Plus l’État se centralise autour du pouvoir personnel, plus il paraît fort ; mais plus ses institutions autonomes s’affaiblissent.

Le problème n’est donc pas la centralisation en elle-même.

Un État vaste a besoin de coordination.

Le problème est la confusion entre :

centraliser l’État

et

centraliser l’État autour d’un homme.

La première peut être une technique administrative.

La seconde devient une structure de dépendance.

Mobutu a compris très tôt que gouverner le Congo nécessitait de contrôler le centre.

Mais l’histoire du Zaïre montre aussi le coût d’un système dans lequel le centre devient la source ultime de presque toutes les décisions.

Lorsque tout remonte au sommet, l’information qui redescend finit par être sélectionnée.

Les responsables locaux apprennent ce que le pouvoir veut entendre.

Les fonctionnaires apprennent à se protéger.

Les courtisans remplacent progressivement les contradicteurs.

Le système devient moins capable d’apprendre du réel.

Et c’est ici que nous retrouvons notre grammaire continuiste.

Un État vivant doit recevoir du Kimbangi : des témoignages remontant du territoire, de l’administration, de la société et de l’économie.

Il doit pouvoir exercer le Kimfumu : juger ces informations et déterminer une orientation.

Il doit enfin mobiliser le Kinyadi : transformer la décision en action.

Mais lorsque le pouvoir concentre toutes les fonctions, le Kimbangi finit par être filtré par ceux qui dépendent du Kimfumu.

Le système cesse alors de savoir ce qui se passe réellement.

Et un pouvoir qui ne sait plus ce qui se passe dans son propre pays finit tôt ou tard par gouverner une représentation de celui-ci.

 

 

 

 

 

 

By amedee

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