Il est des décisions publiques qui donnent l’impression de vouloir récolter des fruits avant même d’avoir semé.

L’arrêté interministériel du 20 juillet 2026 instituant une nouvelle fiscalité sur certains services numériques procède de cette logique.

Au lieu de créer les conditions de l’émergence d’une économie numérique robuste, innovante et compétitive, il choisit d’abord de la taxer.

L’idée paraît séduisante :
le numérique représente l’avenir, les plateformes génèrent des revenus, l’État doit naturellement percevoir sa part.

Mais une politique publique ne se juge pas seulement à l’intention.

Elle s’apprécie à son opportunité, à sa cohérence et à sa capacité à produire les effets recherchés.

Peut-on, raisonnablement, imposer un secteur qui peine encore à exister ?

La République démocratique du Congo demeure l’un des pays où l’accès à Internet reste coûteux.
Où la couverture demeure inégale. Où les infrastructures numériques accusent un retard considérable.

Les startups locales évoluent dans un environnement fragile, confrontées au manque de financement,
à l’instabilité énergétique et à un marché encore étroit.

Dans ces conditions, vouloir prélever davantage revient à taxer le désert.

Curieusement, l’arrêté interministériel du 20 juillet 2026, présenté quelques jours plus tôt comme une réforme importante, a été suspendu non par un nouvel arrêté, mais par un simple communiqué de la cellule de communication du ministère des Finances.

Une telle méthode interroge.

Un acte réglementaire de cette nature peut-il être neutralisé par un simple communiqué ?

La hiérarchie des normes et la sécurité juridique semblent ici céder le pas à une communication de circonstance.

Le communiqué affirme, par ailleurs, que le texte aurait fait l’objet de mauvaises interprétations et d’une récupération tendancieuse.

Mais sommes-nous encore dans la technologie ou déjà dans la communication politique ?

Lorsqu’une réforme est massivement incomprise,
il convient peut-être moins d’accuser le public que de s’interroger sur la qualité de sa préparation,
de sa rédaction et de sa présentation.

Une autre question demeure entière : les startups encore fragiles, les petites entreprises du numérique,
les développeurs, les fournisseurs de contenus,
les acteurs du streaming, les créateurs d’applications et les autres opérateurs concernés ont-ils réellement été consultés ?

Une fiscalité efficace naît rarement d’une décision administrative solitaire.

Elle résulte généralement d’un dialogue entre l’État et ceux qui créent effectivement la richesse.

L’expérience internationale montre d’ailleurs que les pays qui réussissent leur transition numérique commencent presque toujours par investir, accompagner, protéger et stimuler les innovations locales avant d’élargir progressivement l’assiette fiscale.

On ne développe pas un secteur en lui ajoutant d’abord des charges. On crée d’abord un écosystème.

D’ailleurs, un proverbe africain dit :
« Là où rien ne pousse, même le percepteur revient les mains vides. »

Cette vieille leçon conserve aujourd’hui toute son actualité.

La fiscalité est un instrument de développement lorsqu’elle accompagne la création de richesses.

Elle devient un frein lorsqu’elle prétend précéder cette création.

La République démocratique du Congo a besoin d’un véritable écosystème numérique, non d’une succession de prélèvements sur un marché encore embryonnaire.

Car, en définitive, taxer le désert numérique n’a jamais fait naître une oasis technologique.

Par Xavier BONANE YA NGANZI (Correspondance particulière)

By amedee

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