PAR JOSE M. BAKIMA DMV, MSc, PhD
L’une des fonctions les plus anciennes de l’État est de protéger. Protéger le territoire. Protéger la population. Protéger les institutions. Mais le Continuisme invite à dépasser cette définition.
La première mission de l’État est de préserver les continuités qui rendent une civilisation habitable.
La sécurité militaire n’est qu’une partie de cette mission. Le monopole de la force n’est pas suffisant.
Les théories politiques modernes définissent souvent l’État par son monopole de la violence légitime. Le Continuisme introduit un autre critère. Un État demeure légitime lorsqu’il conserve la capacité de protéger simultanément le territoire, les institutions, les communautés, la mémoire, et les conditions de la transmission.
Lorsque l’Etat perd cette capacité, d’autres acteurs cherchent souvent à remplir tout ou partie de ces fonctions, ce qui peut entraîner une fragmentation de l’autorité et de la légitimité. Cette dynamique est observable dans différents contextes historiques et ne se limite pas au Liban.
Voici une lecture à travers les cinq triptyques du paradigme kongo :
- Dikenga – Nkodia – Mbongi
Une crise sécuritaire est d’abord une crise d’architecture. Lorsque plusieurs centres de décision prétendent protéger un même territoire, le Dikenga national devient instable.
La question n’est plus seulement militaire. Elle devient institutionnelle.
- Muela – Moyo – Nitu
Le premier coût d’un conflit est supporté par le Moyo.
Les populations déplacées.
Les familles dispersées.
Les écoles fermées.
Les terres abandonnées.
Le Vivant devient la première victime.
- Kindoki – Ndoki – Kimfunia
Chaque conflit est aussi une bataille des récits.
Chaque acteur produit son interprétation des événements.
Le défi du Kindoki n’est pas de choisir automatiquement un récit contre un autre.
Il est de rechercher ce qui permet de comprendre la réalité dans toute sa complexité.
- Mahamba – Zinga – Muntu
Les conflits prolongés modifient la mémoire collective.
Ils produisent des générations dont les souvenirs sont façonnés par la guerre.
La paix durable suppose donc aussi une reconstruction de la mémoire.
- Ngangu – Ngolo – Zola
Le Ngolo est indispensable pour défendre une société.
Mais, seul, il ne peut fonder une paix durable.
Le Ngangu doit permettre de discerner les conditions d’un ordre légitime.
Le Zola doit rendre possible la réconciliation sans effacer les blessures.
La souveraineté ne consiste pas uniquement à contrôler un territoire. Elle consiste à garantir que les grandes continuités d’une nation puissent être transmises malgré les crises.
Un État peut conserver ses frontières tout en perdant progressivement sa souveraineté de continuité si les institutions ne transmettent plus, les communautés se fragmentent, la mémoire devient irréconciliable, et la confiance disparaît.
Cette réflexion éclaire également les États fragilisés par des conflits prolongés, les sociétés confrontées à des acteurs armés concurrents, et les situations où les institutions peinent à assurer pleinement leurs fonctions.
Le Continuisme ne demande pas seulement : Qui détient la force ?
Il demande : Qui maintient les continuités qui permettent à une société de demeurer une société ?
L’État ne devrait pas être défini uniquement comme le détenteur de la souveraineté juridique ou de la force légitime. Il devrait être défini comme le gardien des continuités fondamentales.
Sa mission première serait de maintenir en résonance l’architecture institutionnelle (Dikenga), le Vivant (Moyo), les savoirs (Kindoki), la mémoire (Zinga), et la cohésion (Zola).
Lorsqu’il n’y parvient plus, la crise qui apparaît n’est pas seulement politique ou militaire. Elle est ontologique : c’est le tissu relationnel de la société qui commence à se défaire.
Un État n’existe véritablement que tant qu’il demeure capable de produire et de protéger la continuité du Vivant.
