La dette publique mondiale augmente à nouveau après avoir brièvement reculé par rapport aux sommets historiques enregistrés pendant la pandémie. Avant même que la guerre n’éclate au Moyen Orient, la dette était en passe d’atteindre en 2028 les niveaux observés lors de la Seconde Guerre mondiale. Le conflit accentue encore les tensions budgétaires en provoquant une flambée des prix de l’énergie, un durcissement des conditions de financement et un ralentissement de la croissance, et il est difficile de dire combien de temps dureront ces tensions. Les gouvernants sont face à des choix délicats, s’efforçant de limiter les conséquences négatives du renchérissement de l’énergie tout en préservant la marge de manœuvre budgétaire.
Les pressions les plus fortes s’exercent sur les pays importateurs d’énergie, en particulier les pays à faible revenu. Les marchés obligataires ont réagi à cette dynamique en conséquence. Les rendements des obligations souveraines à long terme ont augmenté et sont devenus plus volatils. En à peine trois ans, les paiements d’intérêts ont augmenté presque de moitié (d’environ 2 % à près de 3 % du PIB), et ce sont donc autant de milliers de milliards de dollars perdus pour l’éducation, les infrastructures ou d’autres priorités urgentes.
Ces coûts s’ajoutent aux nouveaux besoins de dépenses de défense, dans un contexte où l’incertitude commerciale et politique se double de plus en plus de problèmes de sécurité. Les facteurs de vulnérabilité budgétaire accroissent aussi les risques d’instabilité financière, nourrissant de nouvelles craintes concernant la liquidité et la déstabilisation des marchés de change et autres marchés financiers. Les grands emprunteurs émettent davantage de dette à court terme pour gérer les charges d’intérêts, se retrouvant ainsi plus exposés à de brusques variations des conditions de financement à court terme. L’augmentation des émissions de titres de créance dans les pays avancés a aussi des conséquences au niveau mondial, puisqu’elle restreint les fonds d’investissement disponibles pour d’autres emprunteurs souverains, alors même que les pays à faible revenu doivent composer avec une contraction de l’aide au développement.
La situation budgétaire est extrêmement préoccupante dans les différents pays, quel que soit le niveau de revenu. Quand il faut subventionner l’énergie par des mesures discrétionnaires et qu’il existe une marge de manœuvre budgétaire, le soutien devrait être transitoire et bien ciblé. Ceci permettra de mieux faire coïncider la décrue de la demande avec celle de l’offre mondiale. Dans l’immédiat et à moyen terme, il faut strictement hiérarchiser les priorités budgétaires, car la pression sur les finances publiques ne cesse de s’accentuer. Même s’il est difficile de réformer définitivement les régimes de retraite publics non viables et les subventions aux combustibles régressives, ces efforts sont essentiels, car ils contribuent à dégager des financements pour éteindre la dette et lancer des investissements de transformation.
Les pays peuvent mobiliser leurs recettes et se doter d’une marge de manœuvre pour moderniser l’infrastructure numérique, l’éducation et les filets de protection sociale, de manière à pouvoir tirer parti de l’intelligence artificielle (IA) tout en aidant les travailleurs qu’elle supplante. Ils peuvent augmenter leur résilience aux perturbations du commerce et du secteur de l’énergie — et aux catastrophes naturelles —, tout en réduisant leurs dépenses totales. Le FMI se tient aux côtés de chaque membre, aidant les décideurs à s’adapter aux chocs mondiaux continuels et travaillant avec eux pour faire en sorte que la politique budgétaire stabilise leur économie. Le FMI les aide également à mettre en place des processus tels que des analyses coûts–avantages des projets d’investissement et une budgétisation pluriannuelle, afin que les deniers publics soient utilisés avec efficacité pour stimuler la croissance.
Dans les pays à faible revenu, le savoir-faire de l’institution en matière de mobilisation des recettes a contribué à compenser la baisse de l’aide au développement. Les financements du FMI ont non seulement aidé les pays à résister aux effets immédiats des crises, mais aussi à asseoir une résilience durable. Tandis que de nombreux pays se préparent au vieillissement et à la diminution de leur population et que d’autres cherchent à offrir une instruction et des débouchés à de vastes cohortes de jeunes, le FMI continuera d’épauler les décideurs qui engagent des réformes structurelles difficiles pour libérer la croissance.
Texte tiré du Rapport 2026 du FMI intitulé « Naviguer dans un monde incertain »
