Au lendemain du tragique accident aérien survenu à Kenge, qui a coûté la vie à 17 personnes dont de hauts magistrats de la justice militaire, l’heure est au bilan et aux responsabilités. Mais alors que le Président du Conseil d’Administration (PCA) de la Régie des voies aériennes (RVA), Tryphon Kin-Kiey Mulumba, s’est empressé de rejeter la faute sur une prétendue « spoliation » locale, notre rédaction a mené l’enquête. Documents à l’appui et retour sur l’historique du dossier à la main, nos investigations révèlent une tout autre vérité : celle de l’incurie administrative et de l’abandon du site par la RVA elle-même.

L’esquive de la RVA : L’hypothèse commode de la spoliation

Dans une déclaration publique sur les réseaux sociaux, le PCA de la RVA a incriminé de mystérieuses « puissances financières et politiques locales ». Selon son récit, ces dernières auraient spolié la piste d’atterrissage de Kenge, empêchant ainsi tout atterrissage d’urgence qui aurait pu sauver des vies. Un narratif qui permet à la régie de défausser ses propres carences structurelles en jetant l’opprobre sur la population et les autorités du Kwango.

Pourtant, selon notre enquête de terrain et la consultation des archives infrastructurelles de la région, la version de la RVA ne résiste pas à l’analyse des faits.Histoire d’un abandon : La vérité des faits Nos investigations permettent aujourd’hui d’établir la chronologie réelle de ce dossier et de rétablir une série de vérités incontournables.

L’ancienne piste de Kenge n’a jamais été « spoliée » par des riverains en toute illégalité. D’après nos recherches, le site a été détruit dès 1997 par les troupes du régime Mobutu pour freiner l’avancée de l’AFDL. Après une tentative sommaire de réhabilitation en 2002, le terrain, abandonné et non conforme aux normes internationales de l’aviation civile, a fait l’objet d’une désaffectation officielle décidée conjointement par la RVA et le gouvernorat de province.

Un nouveau site validé au plus haut sommet de l’état

Face à l’impraticabilité définitive de l’ancien site, la province et les élus locaux avaient pris leurs responsabilités en identifiant un nouveau terrain, nettement plus adapté, à Kingulu. Selon les procès-verbaux de l’époque que nous avons pu consulter, une mission d’inspection de haut niveau — composée du ministre des Transports de l’époque (feu Chérubin Okende), du Directeur Général de la RVA et des responsables de l’Autorité de l’Aviation Civile (AAC) — s’était rendue sur place et avait officiellement validé ce nouveau terrain.

Un lotissement en toute légalité

Ce n’est qu’après cette désaffectation en bonne et due forme de l’ancien site et la validation de Kingulu que les autorités compétentes ont délivré les autorisations de lotissement. Accuser aujourd’hui d’honnêtes citoyens d’avoir acheté des parcelles sur un terrain officiellement désaffecté par l’État constitue un raccourci fallacieux de la part des dirigeants de la RVA.

L’inertie de la RVA au cœur du problème

Le nœud du problème ne se situe donc pas à Kenge, mais bien dans les bureaux de la RVA à Kinshasa.

D’après nos informations, depuis la mise à disposition formelle du nouveau site de Kingulu, absolument aucun chantier n’y a été engagé par la Régie des voies aériennes pour y construire la nouvelle piste, en dépit des relances directes et du lobbying constant menés par les notables et élus de la région.

Alors que ces derniers dénoncent à juste titre un « raccordement frauduleux » visant à faire porter le chapeau aux acquéreurs de parcelles, nos constatations confirment que la RVA tente de masquer ses propres retards.Urgence de redevabilité plutôt que fabrication de boucs émissaires

Dans ce drame poignant qui endeuille la nation et la justice militaire, la quête de boucs émissaires parmi la population locale ou les acheteurs de bonne foi constitue une posture irresponsable.

Notre investigation le démontre : le terrain de Kingulu a été mis à la disposition de la RVA, validé par ses propres équipes techniques et appuyé par l’ensemble des acteurs régionaux. S’il n’y avait pas de piste d’atterrissage fonctionnelle à Kenge le jour du drame, c’est l’inertie de la RVA qu’il faut incriminer, et non les habitants du Kwango. La vérité sur ce drame impose que la régie rende désormais des comptes sur sa gestion.

Aristote Kajibwami (Finance-cd.com)

By amedee

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