Cette réforme sur la dépense fiscale des produits pétroliers est pilotée par la vice-primature en charge de l’Economie, le ministère des Finances et le ministère des Hydrocarbures. Depuis sa mise en œuvre en juillet 2027, cette réforme a boosté les recettes de 1700%. Avec les 192 millions USD des recettes additionnelles engrangées en 2025, une allocation efficiente viserait le renforcement des marges de manœuvre budgétaires, notamment à travers la réduction du recours au financement monétaire et l’apurement progressif des arriérés intérieurs ou des dépenses d’investissement à fort rendement économique et social. Tout aussi, l’affectation partielle de ces ressources à des mécanismes de stabilisation budgétaire ou à des réserves de précaution permettrait d’atténuer l’impact des chocs exogènes futurs et de lisser les cycles budgétaires.
Le ministère des Finances de la République démocratique du Congo, dans un communiqué publié le 20 janvier 2026, a indiqué que l’État congolais a mobilisé près de 192 millions de dollars en 2025 à la suite de la mise en œuvre d’une réforme ciblant la dépense fiscale liée à l’importation des produits pétroliers finis. Cette réforme s’inscrit dans une stratégie plus large de rationalisation des incitations fiscales et de renforcement de la mobilisation des ressources intérieures.
Les ressources budgétaires supplémentaires ainsi générées par la réduction de la dépense fiscale pétrolière offrent, selon Congo Challenge, une opportunité de renforcer la qualité de l’allocation des finances publiques. « Afin d’en maximiser l’impact économique et budgétaire, leur utilisation gagnerait à s’inscrire dans une logique de soutenabilité, de ciblage et de rendement macroéconomique », soutient ce Think Thank congolais qui donne les pistes pour une allocation efficiente.
En premier lieu, une part de ces recettes pourrait être affectée au renforcement des marges de manœuvre budgétaires, notamment à travers la réduction du recours au financement monétaire et l’apurement progressif des arriérés intérieurs. Une telle orientation contribuerait, selon Congo Challenge, à améliorer la crédibilité budgétaire de l’État, à limiter les pressions inflationnistes et à soutenir la stabilité macroéconomique à moyen terme.
En second lieu, l’allocation de ces ressources vers des dépenses d’investissement à fort rendement économique et social apparaît déterminante. Les secteurs concernés devraient être ceux des infrastructures de transport, de l’énergie, ainsi que des services sociaux de base (éducation, santé), car ils présentent des effets multiplicateurs élevés et peuvent renforcer durablement le potentiel de croissance. Dans ce cadre, la priorité devrait être accordée à des projets matures, correctement évalués et intégrés dans une programmation pluriannuelle cohérente.
Par ailleurs, une fraction des recettes additionnelles pourrait être consacrée au renforcement des capacités institutionnelles et des dispositifs de contrôle, notamment au sein des administrations fiscales, douanières et sectorielles. Cet investissement institutionnel vise à consolider les acquis de la réforme, à limiter les risques de réversion de la dépense fiscale et à assurer la pérennité des gains de recettes observés.
Enfin, dans une économie fortement exposée à la volatilité des prix des matières premières, l’affectation partielle de ces ressources à des mécanismes de stabilisation budgétaire ou à des réserves de précaution permettrait d’atténuer l’impact des chocs exogènes futurs et de lisser les cycles budgétaires, estime Congo Challenge. Une telle approche renforcerait la résilience des finances publiques tout en améliorant la prévisibilité de la politique budgétaire.
Dans l’ensemble, une allocation disciplinée et stratégiquement orientée de ces recettes supplémentaires constitue « un levier essentiel » pour transformer un gain budgétaire ponctuel en un facteur durable de consolidation des finances publiques et de soutien à la croissance économique.
Rappelons que la réforme trouve son origine dans le niveau particulièrement élevé de la dépense fiscale pétrolière observé au cours des années précédentes. Celle-ci s’élevait à 1,6 milliard de dollars en 2022, avant de reculer à 1,1 milliard de dollars en 2023, représentant en moyenne près de 15 % des recettes courantes de l’État sur ces deux exercices.
Ce poids significatif des subventions et exonérations pesait lourdement sur les finances publiques, réduisant les marges de manœuvre budgétaires et limitant la capacité de l’État à financer les priorités économiques et sociales. La loi de finances pour l’exercice 2025 a ainsi entériné la suppression des subventions et exonérations fiscales applicables aux carburants terrestres et aéronautiques, notamment l’essence, le kérosène, le gasoil, le fueloil, le pétrole lampant et le gaz de pétrole liquéfié (GPL), lorsque ces produits sont destinés aux activités minières ou commercialisés au profit des entreprises du secteur et de leurs partenaires.
Cette orientation a été formalisée par un arrêté interministériel signé le 2 mai 2025 par les ministres en charge de l’Économie nationale, des Finances et des Hydrocarbures, assurant ainsi un cadre réglementaire clair à la réforme. Au-delà des recettes pétrolières stricto sensu, cette réforme s’est inscrite dans une dynamique plus large d’amélioration de la performance douanière.
À fin décembre 2025, les recettes mobilisées par la DGDA ont atteint 6 848 milliards CDF, contre 6 280 milliards CDF initialement prévus dans le Plan de trésorerie 2025, soit un taux d’exécution de 109 %. Ce dépassement des prévisions budgétaires suggère un renforcement de l’efficacité de la collecte, dans un contexte de resserrement des contrôles et de rationalisation des exonérations.
Mise en œuvre à partir de la fin du mois de juillet 2025, la réforme a été accompagnée de l’instauration d’une structure tarifaire spécifique pour les carburants destinés au secteur minier, principalement dans les régions méridionales et orientales du pays, où se concentre l’activité extractive.
En parallèle, le ministère des Finances a procédé à la suspension ciblée de certaines exonérations à l’importation, tandis que le ministère des Hydrocarbures a renforcé les mécanismes de contrôle et de traçabilité, afin de limiter les risques de fraude, de détournement et de contrebande.
Amédée Mwarabu

