Félix Tshisekedi et Judith SuminwaFélix Tshisekedi et Judith Suminwa

Plusieurs instructions du président de la République données en Conseil des ministres sont restées lettre morte. Qu’il s’agisse de la réduction du train de vient des institutions et de leurs animateurs, de la suspension des institutions budgétivores créées ces dernières années ou encore de la nécessité de terminer la première phase du programme de développement local des 145 territoires, toutes ces instructions données au cours de l’année 2025 n’ont pas été exécutées par le Gouvernement dans le temps imparti. Dès lors, au cours du dernier Conseil des ministres, Félix Tshisekedi a tapé du poing sur la table. Il veut que ses instructions données en Conseil des ministres soient exécutées sans  aménagement. Il a même menacé, le cas échéant, de prendre des décisions subséquentes et des mesures appropriées, y compris « correctives », afin de garantir un rendement optimal conforme à ses attentes, aux engagements pris devant la Nation et aux exigences supérieures de l’intérêt général. En, clair, le président de la République veut désormais sanctionner les membres du Gouvernement qui n’exécutent pas ses instruction et directives. A l’analyse, cette plainte du président de la République résonne comme un désaveu de la gouvernance Suminwa.

« Le Président de la République tient à une mise en œuvre diligente, rigoureuse et conforme à ses instructions données lors des réunions successives du Conseil des Ministres », rapporte le compte rendu du Conseil des ministres. Ces instructions, a – t – il rappelé, procèdent directement de sa vision et de ses priorités stratégiques.  « Elles engagent, sans équivoque, la responsabilité tant collective qu’individuelle des Membres du Gouvernement ainsi que de l’ensemble des Institutions concernées. Ce qui constitue une exigence fondamentale de bonne gouvernance, de crédibilité de l’action publique et d’efficacité de l’Etat », précise le même document.

De ce fait, Félix Tshisekedi a attiré l’attention des membres du Gouvernement sur « l’impérieuse nécessité de délivrer les résultats dans le temps leur imparti pour garantir la cohérence de l’action gouvernementale, l’atteinte des objectifs assignés et la redevabilité à l’égard du peuple Congolais, seul détenteur de la souveraineté ». Le contraire, précise le compte rendu du Conseil des ministres, ne saurait, en aucun cas, « être toléré dans le contexte actuel, marqué par une exigence accrue de résultats concrets, mesurables, vérifiables et perceptibles par les citoyens ».

Autant dire que le président de la République a été on ne peut plus clair. Désormais ses instructions données en Conseil des ministres doivent être exécutées sans aménagement.

Finances & Entreprises, votre média, a alerté plusieurs fois sur des instructions du président de la République qui ne sont pas suivies de l’exécution notamment au cours de l’année 2025. Une de ces instructions non exécutées de manière flagrante aura été celle de la réduction du train de vie des institutions et de leurs animateurs donnée en Conseil des ministres du 31 janvier 2025 à la suite de l’occupation de la ville de Goma.

 

Non seulement cette instruction n’a jamais été exécutée mais surtout qu’il est constaté que le Gouvernement s’est permis de dépenser en dépassement budgétaire les frais de fonctionnement des ministères et des institutions de la République. En effet, en 2025 les dépenses de fonctionnement des institutions et des ministères ont été de l’ordre de 1,492 milliard USD, en dépassement budgétaire de 18%. Alors que le président demandait à ce qu’il soit opéré des coupes budgétaires au profit de l’effort de guerre.

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Une autre instruction qui n’a jamais été exécutée dans le délai impartie est celle donnée en juillet 2025 exigeant la fin de la première phase du Programme de développement des 145 territoires avant la fin de l’année 2025. Non seulement la première phase du PDL 145 T n’a pas pris fin au cours de l’année indiquée mais aussi le Gouverne s’est résigné de décaissé les fonds nécessaires pour cette fin. Sur les 288 millions USD qui étaient prévus comme budget à décaisser en faveur du PDL 145 T, seulement 59 millions USD ont été effectivement mis à la disposition des agences d’exécution en 2025. Pourtant, le même Gouvernement s’est permis d’en gager des dépenses en dépassement budgétaire (1,529 milliard USD) juste pour le fonctionnement des ministères et des institutions.

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Tout aussi, le président de la République, dans l’optique de l’assainissement des finances publiques, avait demandé en avril 2025 un examen rigoureux sur les 53 institutions crées au cours de son premier mandat. La Première ministre a été chargée de piloter ce processus d’évaluation. Jusqu’à ce jour, 10 mois après, rien n’a été fait dans ce sens.

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Voilà pourquoi, le président de la République, lors du dernier Conseil des ministres, a une fois de plus chargé la Première Ministre, avec l’appui de son Cabinet, de « procéder à un inventaire exhaustif, méthodique et documenté de l’ensemble des instructions présidentielles issues des réunions du Conseil des Ministres ».

« Le Président de la République a souligné que cette démarche s’inscrit dans une logique de redevabilité, d’évaluation objective et transparente des performances individuelles et institutionnelles, ainsi que de renforcement de la discipline, de la rigueur et de la responsabilité gouvernementales », indique le compte rendu du Conseil des ministres.

Et de menacer : « Cet exercice conduira, le cas échéant, à des options, des décisions subséquentes et des mesures appropriées, y compris correctives, afin de garantir un rendement optimal conforme à ses attentes, aux engagements pris devant la Nation et aux exigences supérieures de l’intérêt général ».

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Pour bien d’observateurs, il apparait clairement que le Gouvernement Suminwa n’est pas à la hauteur des enjeux de l’heure. La RDC, sous cette équipe gouvernementale, a perdu dans la guerre de l’Est successivement Goma, Bukavu et même récemment Uvira avant que cette ville ne soit reprise sur ordre de l’administration Trump. Ces humiliations enregistrées sont des preuves que le Gouvernement actuel n’est pas en mesure ni des résultats probant sur le front militaire encore moins de redonner la fierté au peuple congolais dont la majorité est confronté à l’extrême pauvreté, selon les données de la Banque mondiale. De l’insécurité grandissante dans toutes les grandes villes du pays au chômage de masse qui frappe la population  en passant par des foyers de tension en Ituri avec les ADF ou dans la périphérie de Kinshasa avec les Mobondo, la Gouvernance Suminwa a montré ses limites.

Amédée Mwarabu

By amedee

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