FAUSSES PRÉMISSES ÉCONOMIQUES POUR UN DÉVELOPPEMENT SANS AVENIR (Deuxième partie )

PAR JOSE M. BAKIMA

L’erreur fondamentale du modèle extractif n’est pas seulement économique.

Elle est anthropologique.

Elle repose sur une certaine manière de concevoir la relation entre l’être humain et le monde.

Dans cette vision, la nature apparaît essentiellement comme un stock de ressources.

La forêt devient du bois.

La rivière devient de l’énergie.

La terre devient un gisement.

La montagne devient un minerai.

Le vivant devient un inventaire.

Tout reçoit un prix.

Mais progressivement tout perd sa signification.

La question n’est plus :

« Que devons-nous transmettre ? »

La question devient :

« Que pouvons-nous extraire ? »

Ce glissement est considérable.

Car il transforme la relation de dépositaire en relation de propriétaire.

Or une civilisation durable ne repose jamais sur la propriété absolue.

Elle repose sur la transmission.

Les anciens le savaient.

La terre n’appartenait pas totalement aux vivants. Elle appartenait aussi aux ancêtres. Et déjà aux générations futures.

L’être humain n’était qu’un gardien temporaire.

Le monde moderne a souvent inversé cette logique.

La génération présente tend à se considérer comme propriétaire absolue de ce qu’elle a reçu.

Le futur devient secondaire.

Le long terme disparaît.

Le temps se raccourcit.

La politique pense au prochain mandat.

L’entreprise pense au prochain trimestre.

Le marché pense au prochain profit.

La civilisation cesse alors de penser en générations.

Elle commence à penser en instant.

C’est précisément à ce moment que commence la prédation.

La prédation n’est pas d’abord une question morale. Elle est une question temporelle. Le prédateur consomme aujourd’hui ce qui devait permettre demain.

Il transforme le futur en présent.

Il transforme le patrimoine en revenu.

Il transforme la continuité en consommation.

Le problème fondamental du Congo est souvent présenté comme un problème de gouvernance.

Mais la gouvernance n’est qu’une conséquence.

Le problème plus profond est la domination progressive d’une logique extractive sur une logique de transmission. L’économie minière illustre parfaitement ce phénomène.

Chaque tonne exportée réduit un stock non renouvelable.

Chaque gisement épuisé réduit une possibilité future.

Chaque richesse exportée sans transformation diminue la capacité de transmission nationale.

La véritable question n’est donc pas :

« Combien vaut le cobalt ? »

La véritable question est :

« Comment le cobalt peut-il renforcer durablement la capacité du Congo à transmettre davantage à ses enfants ? »

La même question vaut pour les forêts.

La même question vaut pour l’eau.

La même question vaut pour les terres agricoles.

La même question vaut pour la biodiversité.

Car le développement n’est pas une question de quantité.

Il est une question d’orientation.

Une société peut produire davantage tout en s’appauvrissant.

Une société peut consommer davantage tout en réduisant ses capacités futures.

Une société peut s’enrichir financièrement tout en s’appauvrissant civilisationnellement.

Le véritable développement apparaît alors sous un jour nouveau. Il consiste à transformer les ressources en capacités.

Transformer les minerais en connaissances.

Transformer les revenus en institutions.

Transformer les richesses naturelles en souveraineté.

Transformer les patrimoines en continuité.

Cette vision introduit une distinction fondamentale.

Il existe une économie de prédation.

Et il existe une économie de continuité.

L’économie de prédation demande :

« Que pouvons-nous prendre ? »

L’économie de continuité demande :

« Que devons-nous transmettre ? »

L’économie de prédation épuise.

L’économie de continuité régénère.

L’économie de prédation réduit le futur.

L’économie de continuité l’élargit.

L’économie de prédation produit des profits.

L’économie de continuité produit des civilisations.

Le choix auquel le Congo est confronté est donc beaucoup plus profond qu’un simple choix économique. Il s’agit d’un choix civilisationnel. Continuer à vendre progressivement son avenir. Ou transformer son immense patrimoine en fondement d’une continuité durable.

L’histoire jugera les générations présentes moins sur ce qu’elles auront extrait que sur ce qu’elles auront transmis.

Car la richesse d’une Nation ne se mesure pas seulement à ce qu’elle possède.

Elle se mesure à ce qu’elle laisse derrière elle.

 

By amedee

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *