Le nouveau gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC) prend ses fonctions ce lundi 4 août 2025 au terme d’une cérémonie de remise et reprise programmée dans la journée, au siège de l’Institut d’émission à Kinshasa. Ainsi donc, André Wameso succède à Mme Malangu Kabedi Mbuyi qui aura passé 4 ans à la tête de la Banque centrale du Congo. L’ancien DIRCABA du président de la République trouve une Banque centrale confrontée à plusieurs défis dont certains n’ont même pas été entamé par sa prédécesseure.
Ainsi, le nouveau patron de la Banque centrale devra faire face notamment à 5 grands chantiers qui l’attendent :
1er chantier : la recapitalisation de la BCC
La loi portant organisation et fonctionnement de la Banque centrale du Congo de 2018 indique que son capital social doit être réévalué à 213 milliards de francs courants. Au taux du marché actuel, ce montant équivaut à environ 76 millions USD. A noter que le capital actuel de l’Institut d’émission n’est que de 60 FC.
Depuis 2019, le Gouvernement s’est engagé à disponibiliser cette somme à la BCC sans jamais le concrétiser. Ainsi, durant tous les quatre années passées à l’Institut d’émission, Mme Malangu Kabedi n’a pas réussi à obtenir cet engagement du Gouvernement. Pourtant, la recapitalisation de la Banque centrale du Congo est indispensable pour assurer notamment son indépendance comme le prône la loi organique de 2018 mais aussi pour la crédibilité de l’institution qui est l’autorité de régulation du secteur financier en RDC.
André Wameso devra peser de tout son poids pour obtenir du gouvernement cette recapitalisation et ainsi satisfaire aux demandes répétitives des partenaires financiers en l’occurrence le FMI qui l’a réclamé maintes fois.
Le capital social d’une banque centrale a une fonction symbolique, juridique et financière, bien que son rôle soit différent de celui d’une entreprise classique. Le capital social non seulement légitime l’existence juridique de la banque centrale (elle est une personne morale) mais aussi assure une base financière minimale pour le fonctionnement de l’institution. Bien plus, ce capital social est pour renforcer la crédibilité vis-à-vis des marchés, des institutions internationales et du public ainsi que garantir l’autonomie relative de la BCC, même si elle reste sous le contrôle de l’État.
2ème Chantier : Maintenir la stabilité du Franc congolais sur le marché de change
Depuis mai 2024, le franc congolais affiche une stabilité relative sur le marché de change en se maintenant autour de 2850 FC pour un dollar américain jusqu’à ce jour. Le nouveau gouverneur de la BCC aura l’obligation de maintenir ce cap surtout que dans le budget rectificatif 2025 le taux de change moyen est fixé à 2859 FC pour 1 dollar américain. C’est dire qu’il n’y a pas de marge entre le taux de change du marché et le taux de change moyen budgétaire. Dès lors, le maintien de la stabilité du taux de change actuel est une nécessité pour éviter de dérègler les indicateurs du cadre macroéconomique.
Tout aussi, le maintien de cette stabilité de la monnaie nationale est-il indispensable pour préserver le pouvoir d’achat des Congolais. Tous les fonctionnaires, agents publics, les militaires et les policiers sont payés en franc congolais. A la moindre perturbation du taux de change du Franc congolais face à la devise américaine, cela entraine une perte de pouvoir d’achat de cette catégorie de la population qui constitue par ailleurs la classe basse de la société congolaise.
Le Gouverneur André Wameso devra veiller donc à maintenir la stabilité de la monnaie nationale. Et pourquoi ne pas œuvrer pour son appréciation face aux devises étrangères. Depuis son lancement en 1998, le franc congolais ne fait que se déprécier face aux devises étrangères. Le secret pour l’appréciation d’une monnaie reste la promotion de la production locale. La BCC peut disponibiliser des lignes de financements à la disposition des banques commerciales pour financer les projets agricoles à des taux préférentiels. Et ainsi accroître la production nationale. La RDC dépense jusqu’à 3,5 milliards USD par an pour importer des produits de première nécessité. Accroitre la production locale permettrait d’apprécier la monnaie nationale par rapport aux autres devises.
3ème chantier : la dédollarisation de l’économie congolaise
Le gouverneur André Wameso devra entamer avec courage et détermination le processus de la dédollarisation de l’économie congolaise. La RDC fait face à une hyper-dollarisation de son économie, réduisant le champ à la monnaie nationale et, par ricochet, à la politique monétaire menée par la Banque centrale. Il faut dire que ce chantier de la dédollarisation est resté intact durant les quatre années sous la direction de Mme Malangu Kabedi.
C’est connu que le processus de dédollarisation est souvent long, il peut prendre même une dizaine d’années pour aboutir. Cependant, André Wameso devrait poser les premiers pas du processus de dédollarisation de l’économie nationale si la Banque centrale veut jouer pleinement son rôle d’autorité monétaire.
Rappelons que la RDC avait entrepris un projet de dédollarisation en 2012 mais qui n’a jamais abouti suite à plusieurs contraintes. En effet, au total, 22 mesures avaient été retenues dans le cadre de ce projet de dédollarisation, réparties en trois grands axes, pour lutter contre chaque forme de dollarisation de l’économie congolaise (mesures fiscales, budgétaires, monétaires et de change, mesures sur les prix, etc.). Sur ces vingt-deux (22) mesures arrêtées par l’équipe interinstitutionnelle en charge du projet Dédollarisation, seules sept (7) mesures avaient été exécutées (31,8 %) et quinze (15) restent encore non réalisées (68,2 %).
Les causes des échecs des tentatives de dédollarisation en RDC procèdent de problème d’appropriation des mesures par les acteurs (Institutions publiques essentiellement) et d’application effective des mesures de dédollarisation (tendance à revenir sur les anciennes pratiques et sur les mesures (paiements des résidents en devises). L’autre contrainte signalée c’est le déficit structurel de la balance courante (sorties nettes des devises ayant un impact sur la valeur externe de la monnaie).
4ème chantier : faire de la BCC un véritable catalyseur de la croissance de l’économie réelle
En République démocratique du Congo, la Banque centrale du Congo, surtout durant les quatre années de la gestion de Mme Malangu, est restée quasiment cantonnée dans son rôle de veiller à la stabilité générale des prix et à contenir le taux d’inflation. Pourtant, la BCC a aussi un rôle à jouer pour booster la croissance économique ou encore pour palier le chômage de masse que la RDC connait.
Le nouveau gouverneur André Wameso devra donc faire de la BCC un acteur clé de l’émergence de l’économie nationale. Mieux, faire de la BCC un véritable catalyseur de la croissance de l’économie réelle et de la création d’emplois. La banque centrale et son gouverneur sont des conseillers économiques et financiers du gouvernement. De ce fait, André Wameso a cette obligation non seulement de faire des recommandations sur la bonne marche de l’économie nationale mais aussi peut participer à la création de la croissance économique par des financements stratégiques sur les secteurs porteurs.
5ème Chantier : la digitalisation complète des systèmes de paiement en RDC
Au Kenya plus de 70% des transactions commerciales se font au moyen des paiements digitaux (carte bancaire, virement bancaire, mobile money). En RDC, c’est en 2028 que le Gouvernement ambitionne d’atteindre un taux d’inclusion financière de 68%. La Banque centrale du Congo a un grand rôle à jouer pour l’atteinte de cet objectif même avant l’horizon de 2028, car l’inclusion financière est un levier clé pour le développement économique et social de la RDC, où beaucoup des Congolais sont en dehors des circuits bancaires et dans une économie informelle.
L’inclusion financière est essentielle pour renforcer la résilience des populations, soutenir les PME et accroître la croissance. Dès lors, la Banque centrale, sous la conduite d’André Wameso, a un rôle moteur à jouer à travers les réformes réglementaires, la promotion de l’innovation financière et le soutien à l’éducation financière des populations
Il existe bien d’autres chantiers auxquels le nouveau patron de la BCC devrait s’atteler comme la modernisation de l’institution elle-même. La BCC, à l’instar de toutes les autres banques centrales du monde, doit utiliser la technologie de pointe pour hisser sa gestion au niveau des standards internationaux. De même, le marché bancaire reste modeste en RDC. La BCC devrait s’impliquer pour le développement du marché bancaire mais aussi des institutions de microfinance sur l’ensemble des 145 territoires de la RDC. Ceci est un autre challenge pour l’Autorité de régulation qui a la mission de faciliter le déploiement des institutions financières dans le Congo profond.
Amédée Mwarabu