Pourquoi les crimes financiers ou certaines orientations politiques manifestement irrationnelles ne donnent-ils que rarement lieu à des poursuites pénales exemplaires, assorties de sanctions suffisamment sévères pour en décourager la répétition ?
Dans notre pays, la République démocratique du Congo, des faits graves tels que le détournement de fonds publics, la rétrocommission, la corruption ou la prédation des deniers de l’État semblent trop souvent échapper à une répression à la hauteur de leur impact. À l’inverse, des fautes administratives ordinaires — manquements hiérarchiques, négligences professionnelles ou irrégularités mineures — font parfois l’objet d’une rigueur disciplinaire disproportionnée.
Il se crée ainsi, dans l’opinion, le sentiment d’une tolérance tacite envers la criminalité financière. Certains y voient la conséquence d’un système où des acteurs de contrôle et des auteurs d’abus trouveraient des arrangements, où des solidarités de clan protégeraient les fautifs, et où l’enrichissement illicite finit par être banalisé, voire socialement valorisé. L’accès au pouvoir politique devient alors, pour certains, moins un service à la nation qu’une opportunité d’ascension patrimoniale.
Dans la sphère privée, une erreur de gestion peut coûter très cher à son auteur. Mais dans la gestion publique, des fautes lourdes passent parfois inaperçues, sans interpellation ni reddition de comptes. Comment, dans ces conditions, bâtir un État fort et respecté, si certains de ses agents deviennent de fait plus puissants que l’institution qu’ils servent ?
Cette faiblesse de l’État — qu’elle soit subie ou entretenue — alimente ensuite des discours en faveur de la privatisation, au motif que le secteur public serait incapable de performance. Pourtant, comme le soulignait le Professeur Mubake Mumeme, si le privé réussit souvent mieux, c’est en grande partie grâce à la rigueur de gestion, à la culture de résultat et au recrutement fondé sur la compétence. Rien n’empêcherait l’État d’atteindre des performances similaires avec des managers recrutés sur des bases saines et évalués objectivement. La différence tient moins à la nature de l’organisation qu’à la qualité du leadership et des mécanismes de responsabilité : dans le public on nomme, dans le privé on recrute.
Parler de crise de leadership politique ne revient pas seulement à viser le Chef de l’État, mais surtout l’ensemble des mandataires publics et responsables sectoriels. La valeur d’une nation se reflète dans la qualité de son élite dirigeante. Ailleurs, la compétence des collaborateurs honore leur Chef de l’Etat ; chez nous, l’incurie de certains peut rejaillir négativement sur l’image du sommet de l’État.
La médiocrité dénoncée ne relève pas d’un jugement moral abstrait, mais de pratiques observables : malversations, mauvaise gouvernance, décisions incohérentes. Face à ces dérives, le silence ou l’inaction de l’autorité publique nourrit un sentiment d’impunité. Plus grave encore, lorsque la compétition politique glisse vers la violence, les armes et la mise en danger des populations, c’est le pacte social lui-même qui vacille.
Des politiques publiques impopulaires ou mal conçues, orientées par des intérêts personnels, peuvent déséquilibrer le cadre macroéconomique, décourager l’investissement et affaiblir la confiance citoyenne. Lorsqu’aucune responsabilité n’est engagée, le message envoyé est dangereux pour l’avenir institutionnel.
Dès lors, la question fondamentale demeure : quel type d’État et de société préparons-nous pour les générations futures ?
Un État respecté ne repose pas seulement sur des textes de loi, mais sur une culture de responsabilité, d’éthique publique et de mérite. Sans cela, la défiance s’installe et fragilise durablement la construction nationale.
Luc Alouma M.

By amedee

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *