Réhabilitation, après un long chemin de croix de lynchage, humiliation et opprobre, c’est avec un sentiment mitigé et déchiré entre soulagement, joie et inquiétude que nous accueillons cette nouvelle responsabilité. Aussi à la lumière de notre foi en la Sagesse divine, on n’a jamais vu quelqu’un compter sur Dieu et finir dans la honte. Par sa grâce, on finit toujours dans la victoire…! Nous tenons à exprimer notre gratitude au Chef de l’Etat pour cette marque de confiance renouvelée à notre comité, après notre suspension préméditée et boutiquée par des forces obscures.
1)Comment aborder une nouvelle responsabilité, après une période aussi délicate et tumultueuse ?
C’est en toute humilité et en esprit de pardon, de réconciliation et par patriotisme que nous accueillons de nouveau cette mission. Nous profitons de l’occasion pour rappeler à l’opinion que la mission de FRIVAO est essentiellement sociale et engage aussi la responsabilité et l’honneur de notre pays au niveau international. Du point de vue social, nous sommes conscient de la lourde responsabilité qui nous revient de faire preuve d’une grande ouverture d’esprit, d’empathie, d’écoute active et de bienveillance à l’endroit des victimes, toutes catégories confondues, afin de leur apporter une indemnisation équitablement efficace (psychologique, matériel ….), et honorer avec dignité la mémoire de ceux et celles qui ont payé de leur vie.
Cette réintégration n’est pas une fin en soi, il est impératif pour nous d’aborder cette nouvelle responsabilité avec un esprit de réconciliation et de renouveau. La priorité est de restaurer la confiance au sein de FRIVAO et auprès de toutes les parties prenantes, en mettant en place une stratégie de communication transparente des actions que nous allons entreprendre. L’expérience passée nous rappelle combien il est essentiel de bâtir des ponts après cette période de tempête. Nous sommes confiant qu’avec la collaboration de toutes les parties prenantes, nous pouvons surmonter les défis passés et présents pour accomplir pleinement notre mission.
Du point de vue international, n’oublions pas que le FONDS que FRIVAO gère est le résultat d’un Arrêt rendu par une juridiction judiciaire internationale, en l’occurrence la Cour Internationale de justice. Cet Arrêt, comme le Décret portant création, fonctionnement et organisation de FRIVAO ont tous les deux fixé le cadrage procédural d’indemnisation. C’est pourquoi, pour son organisation et son fonctionnement, sont attachés à Frivao des experts internationaux, afin de garantir et de renforcer le dispositif du contrôle de la gestion de Fonds, de la transparence, de la traçabilite et de la crédibilité du processus d’indemnisation.
Notre péché, qui nous a valu le coup de force de suspension, sont notre souci de la stricte observance des textes régulateurs d’indemnisation et notre refus de céder aux injonctions et interférences du politique. Nous rappelons encore une fois, et que cela soit compris par tous (partenaires et victimes): le fonds que FRIVAO gère n’est pas un gâteau à partager ou à se partager, mais exclusivement à indemniser. C’est ce qui fait que FRIVAO doit veiller régulièrement dans ses opérations pour que celles-ci se fassent conformément aux textes réglementaires.
2) Notre nouvelle vision
Notre mission est au cœur de nos préoccupations et de notre engagement. La période tumultueuse que nous venons de traverser a mis en lumière des défis et des interrogations légitimes concernant la gestion et la transparence de nos opérations. Comme vous le savez, la Justice est entrain de traquer aujourd’hui les membres de la coordination intérimaire (dont certains en cabale) pour malversations et détournements des fonds des victimes. Entre temps nous attendons l’aboutissement des audits de l’IGF Nous à Kisangani et du Ministère de la Justice à Kinshasa. Nous sommes conscient de ces préoccupations et nous tenons à rassurer l’opinion publique que des mesures concrètes sont entrain d’être prises pour crédibiliser la suite du processus.
Notre approche (vision) est guidée par ces principes, notamment :
a) la transparence et la redevabilité.
– mettre en place des mécanismes de contrôle rigoureux et un communication claire et régulière sur l’utilisation de fonds et l’avancement des indemnisations; chaque dépense devra être justifiée et chaque victime devra être informée de l’état de son dossier.
b) la restauration de la confiance
– regagner la confiance de nos partenaires, des victimes et de l’ensemble de la population, par des actes concrets (gestion rigoureuse, écoute attentive des préoccupations de chacun);
– en guise de rappel, nous sommes accompagné par des experts internationaux ; l’unique experte qui siègeait au Conseil d’administration à claqué la porte, pendant notre suspension, pour des raisons d’absence de transparence dans la gestion de Fonds . Il faut maintenant créer des conditions de leur retour pour la crédibilité du processus.
c) l’efficacité et la rapidité
– répondre de manière rapide et juste aux différentes missions que l’Etat et les victimes attendent de nous ;
– veiller à l’équité et à la justesse des réparations ;
d) collaboration renforcée
– travailler en étroite collaboration avec toutes les parties prenantes (gouvernement, organisations de la société civile, partenaires internationaux et bien sûr les victimes elles-mêmes);
A ce sujet, la démission de l’experte internationale est un très mauvais message pour l’Etat congolais, qui est aujourd’hui engagé dans le front judiciaire à travers les juridictions internationales; d’où la nécessité de renforcer le dispositif de contrôle par la nomination des commissaires aux comptes, conformément au Décret instituant FRIVAO, ainsi que la relance des experts internationaux, en vue de garantir la transparence et la crédibilité du processus. Nos autorités de tutelle devraient nous aider, si pas nous soutenir dans notre souci d’appliquer strictement les textes et principes relatifs à la gestion de ce Fonds, et non pas nous pousser à prêter flanc au dérapage, avec des injonctions politiciennes qui ont été pour beaucoup dans le tripatouillage du processus que nous deplorons aujourd’hui.
Au moment où certains gestionnaires de ce Fonds sont poursuivis en Justice pour répondre de ce dont ils sont accusés, FRIVAO attend du Gouvernement la récupération de fonds détournés afin de sauver la suite du processus;
– en ce qui concerne la gestion des victimes, toujours avec l’aide de l’Etat, renforcer les mesures de dissuasion par rapport au phénomène d’injection des fictifs et de fausses victimes dans le fichier, sans oublier la pratique honteuse d’opération retour, de l’enregistrement à coup d’argent de présumées victimes ;
– doter FRIVAO des moyens financiers conséquents pour son fonctionnement harmonieux et optimal, et amélioration des mesures de sécurité pour le personnel FRIVAO.
3) De la mise en congé technique du personnel recruté par la coordination intérimaire !
Nous tenons à clarifier que cette décision n’est pas un acte ni de vengeance, encore moins de règlement de compte. Ce n’est qu’une mesure conservatoire administrative, nécessaire pour réévaluer les ressources humaines, surtout que nous avons été remis au service, sans remise-reprise classique avec l’équipe sortante, à cause de l’indisponibilité de ses membres poursuivis par la justice. Cette mesure s’inscrit dans une démarche de réorganisation nécessaire, après une période d’instabilité institutionnelle. Elle vise surtout à restaurer l’ordre, la transparence et la légitimité au sein de FRIVAO. Cela implique de revisiter certaines décisions prises en dehors du cadre légal et administratif prévu. C’est une mesure temporaire, qui permet de faire le point de la situation, d’évaluer les compétences, et de garantir que chaque chaque engagement respecte les normes de notre structure.
Voilà pourquoi, il est prévu que chaque personne engagée par la coordination « intérimaire « , pendant notre suspension, vienne avec ses pièces administratives pour le contrôle de l’effectivité des fonctions et postes des concernés. Nous invitons donc tout le monde à ne pas réduire cette décision préventive de gestion à une interprétation émotionnelle et politique. Restons dans le cadre administratif. Notre souci reste constant : remplir les missions confiées à Frivao dans le respect des normes établies existantes.
En guise de rappel, à l’avènement de FRIVAO, celui-ci avait de difficulté à pouvoir démarrer, faute de frais de fonctionnement, surtout qu’il (FRIVAO) n’emargeait nulle part au Budget de l’Etat. En effet, selon le Décret, FRIVAO pour son organisation et son fonctionnement émane du Trésor public de l’Etat. Ne pouvant pas commencer de fonctionner avec l’effectif du personnel prévu dans notre organigramme, a de Budget, sur autorisation de la tutelle (avec l’expertise de l’IGF), Frivao a bénéficié d’une petite dotation d’emprunt, remboursable, aussitôt Frivao budgétisé. Avec ce montant l’autorité nous a recommandé de ne commencer qu’avec un personnel essentiel et réduit de 22 personnes. Et c’est ce personnel autorisé, régulièrement engagé que nous utilisions jusqu’à notre suspension. Chassé illégalement par la coordination intérimaire et remplacé par un pléthore d’agents que nous ne connaissons pas, ne savons pas dans quelles conditions ils été engagés et avec quels moyens financiers on assurait leurs émoluments…Nous avons pensé de remettre dans son droit le personnel dont notre coordination est redevable.
En conclusion, nous sommes conscient que la route est encore semée d’embûches, après cette période de profond dérapage du processus ; néanmoins nous sommes déterminé à avancer avec intégrité, afin d’honorer et de mériter la confiance renouvelée de l’Autorité. Nous restons ouvert à tout dialogue.
Abbé François Mwarabu Ngalema