À l’occasion de l’exercice de redevabilité du Gouvernement Suminwa II, le ministre de l’Industrie, Justin Kalumba, a présenté les principales avancées enregistrées dans le secteur industriel ainsi que les réformes engagées pour repositionner l’industrie comme moteur de la transformation économique de la République démocratique du Congo. Il a réaffirmé la volonté du Gouvernement de faire passer le pays d’une économie largement tournée vers l’importation à une économie de production et de transformation locale à forte valeur ajoutée.

L’industrialisation, un levier stratégique pour le développement de la RDC

Le ministre de l’Industrie a rappelé que l’industrialisation constitue un pilier essentiel du développement économique, soulignant que les nations les plus développées sont celles qui disposent d’un tissu industriel solide et compétitif.

Selon Justin Kalumba, la République démocratique du Congo demeure fortement dépendante des importations alors qu’elle dispose d’importantes ressources susceptibles d’être transformées localement. Cette orientation résulte, a-t-il expliqué, d’un modèle économique hérité de la division internationale du travail qui a longtemps cantonné les pays du Sud à la production de matières premières, tandis que les pays du Nord se sont spécialisés dans leur transformation et la création de valeur ajoutée.

Le Gouvernement entend ainsi opérer un changement de paradigme en développant une industrie nationale capable de produire à grande échelle et de répondre aux besoins du marché intérieur tout en conquérant les marchés extérieurs.

Dans cette dynamique, une enquête nationale sur les unités industrielles a été réalisée en 2025 afin de disposer d’une cartographie actualisée du secteur. Le ministre a rappelé qu’en 1960, la RDC comptait environ 9 600 unités industrielles et figurait parmi les pays les plus industrialisés d’Afrique subsaharienne.

La Zone économique spéciale de Maluku, vitrine de la relance industrielle

Justin Kalumba a présenté la Zone économique spéciale de Maluku comme l’un des projets phares de la politique industrielle du Gouvernement.

Cette plateforme industrielle accueille actuellement 16 entreprises, dont plusieurs sont déjà opérationnelles. L’une d’entre elles a réalisé un investissement de 250 millions de dollars pour produire des boissons non alcoolisées et des boissons en canette, une première en République démocratique du Congo.

Cette production est destinée aussi bien au marché national qu’à l’exportation, illustrant l’ambition du Gouvernement de développer une industrie compétitive à vocation régionale.

Le ministre a également insisté sur la nécessité de mettre en place des corridors industriels connectés aux principaux corridors de transport, notamment le corridor de Lobito et le corridor de l’Ouest–Congo Central, afin de faciliter les échanges et renforcer l’attractivité des investissements industriels.

Le FPI mobilisé pour financer les projets industriels

Le ministre de l’Industrie a souligné le rôle stratégique du Fonds de Promotion de l’Industrie (FPI) dans le financement de l’industrialisation.

Le FPI intervient actuellement dans des projets répartis dans quinze provinces, pour un volume financier dépassant 171 millions de dollars au cours de cette année. L’établissement poursuit l’octroi de crédits aux entreprises industrielles et peut également prendre des participations dans certains projets structurants.

Justin Kalumba a indiqué que le FPI devra consacrer une partie de ses ressources au financement des études de faisabilité, considérées comme indispensables pour attirer des financements internationaux, bancaires, bilatéraux et multilatéraux.

Le ministre a également révélé que le FPI détient près de 350 millions de dollars de créances auprès de débiteurs défaillants. Un ultimatum leur a été adressé afin de régulariser leur situation, précisant que des mesures seront prises sans aucune exception en cas de non-paiement.

Des milliers d’emplois attendus grâce aux investissements industriels

Le Gouvernement met également l’accent sur la création d’emplois à travers les investissements industriels.

Selon Justin Kalumba, les unités industrielles recensées en 2024 ont permis de générer environ 30 000 emplois.

À la Zone économique spéciale de Maluku, les projections tablent sur près de 10 000 emplois directs. Trois hectares y ont été réservés à la formation professionnelle afin de renforcer les compétences de la jeunesse congolaise.

Le ministre a annoncé qu’une entreprise implantée à Maluku recrutera chaque année 600 jeunes Congolais comme stagiaires, avec la possibilité pour une centaine d’entre eux d’obtenir un contrat à durée indéterminée.

À Kin-Malebo, où 25 entreprises sont en cours d’installation, les investissements atteignent également 250 millions de dollars et devraient générer jusqu’à 5 000 emplois directs, auxquels s’ajouteront de nombreux emplois indirects.

De nouvelles zones économiques spéciales en préparation

Au-delà de Maluku et de Kin-Malebo, le Gouvernement prépare l’extension de cette politique industrielle à d’autres régions du pays.

Une nouvelle Zone économique spéciale est envisagée à Moçambique autour de la chaîne de valeur des batteries, des précurseurs de batteries et des véhicules électriques. Deux autres zones manifestent également leur intérêt pour ce modèle de développement industriel.

Le ministre a indiqué que plusieurs opérateurs économiques, auparavant spécialisés dans l’importation, investissent désormais dans des unités de transformation locale à Maluku et à Kin-Malebo. Certaines de ces entreprises devraient lancer leur production dans un délai de deux à trois mois.

Une politique industrielle tournée vers la jeunesse et l’entrepreneuriat

Justin Kalumba a rappelé que la jeunesse occupe une place centrale dans la stratégie industrielle du Gouvernement, dans un pays où elle représente entre 60 et 70 % de la population.

La politique industrielle prévoit ainsi l’intégration de la formation professionnelle, de l’emploi, de l’entrepreneuriat, des écoles techniques et des incubateurs afin de favoriser l’émergence d’une nouvelle génération d’entrepreneurs industriels.

Le ministre a également plaidé pour l’introduction de cours d’entrepreneuriat dès l’enseignement primaire, secondaire et universitaire afin de développer très tôt la culture de l’innovation et de la création d’entreprises.

Une planification coordonnée avec le ministère du Plan

Le ministre de l’Industrie a mis en avant la synergie instaurée avec le ministère du Plan dans la mise en œuvre des politiques publiques.

Les projets et politiques sectorielles sont transmis au ministère du Plan afin de vérifier leur cohérence avec la trajectoire nationale de développement et leur compatibilité avec les ressources financières disponibles.

Cette coordination vise à assurer une meilleure planification des investissements industriels et une utilisation optimale des ressources publiques.

Miser sur des financements innovants pour les grands projets industriels

S’agissant du financement des grands projets structurants, Justin Kalumba a invité la RDC à s’inspirer d’expériences internationales, notamment celle du barrage de la Renaissance en Éthiopie, financé en grande partie par l’État éthiopien, sa diaspora et les banques nationales.

Le ministre a insisté sur l’importance des études de faisabilité, qu’il considère comme une étape incontournable avant tout projet industriel d’envergure.

Selon lui, ces études constituent une véritable boussole pour les investisseurs, tout en permettant de valoriser les projets et de mobiliser plus facilement des financements.

Renforcer la propriété intellectuelle et industrielle

En conclusion, Justin Kalumba a présenté la protection de la propriété intellectuelle et industrielle comme l’une des grandes réformes à poursuivre pour soutenir l’industrialisation.

Le Gouvernement entend renforcer les mécanismes de protection des inventions, des technologies et des innovations développées en République démocratique du Congo, en particulier celles portées par les jeunes.

Le ministre a également insisté sur la maîtrise des règles d’origine afin de protéger, valoriser et faire reconnaître les inventions congolaises aux niveaux national, régional et international, dans la perspective d’une industrie congolaise plus compétitive et davantage intégrée aux chaînes de valeur mondiales.

Finances & Entreprises 

By amedee

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *