José BakimaJosé Bakima

Pourquoi chaque génération politique semble-t-elle recommencer les mêmes débats, les mêmes erreurs et les mêmes crises ?

Par JOSE M. BAKIMA

Depuis plusieurs mois, le débat politique congolais est dominé par une question :

Faut-il maintenir la Constitution actuelle ou la réviser ?

Les partisans du statu quo invoquent la stabilité institutionnelle.

Les partisans de la réforme invoquent les insuffisances du système actuel.

Le débat est légitime.

Mais il laisse dans l’ombre une question plus fondamentale.

Le problème principal du Congo est-il réellement sa Constitution ?

Ou bien souffrons-nous d’un mal plus profond que les textes eux-mêmes ne peuvent résoudre ?

Depuis l’indépendance, notre pays a connu :

plusieurs constitutions ;

plusieurs régimes ;

plusieurs réformes institutionnelles ;

plusieurs transitions politiques ;

plusieurs cycles de conflits.

À chaque époque, la promesse était la même :

Cette fois-ci, le problème sera résolu.

Pourtant les difficultés fondamentales demeurent.

Pourquoi ?

Parce qu’un État ne vit pas seulement de lois.

Il vit aussi de mémoire.

Dans les grandes civilisations historiques, la mémoire n’était pas un luxe culturel. Elle était un instrument de gouvernement.

Les scribes de l’Égypte pharaonique consignaient les crises, les décisions et les solutions adoptées afin que les générations futures puissent apprendre de l’expérience accumulée.

Lorsqu’un problème revenait, les dirigeants ne recommençaient pas à zéro.

Ils consultaient la mémoire de l’État.

Ils gouvernaient avec le temps long.

Au Congo, nous avons souvent fait l’inverse.

Chaque changement de régime s’accompagne de ruptures.

Des archives disparaissent.

Des projets sont abandonnés.

Des expériences sont oubliées.

Des institutions sont démantelées.

Les nouveaux responsables se comportent parfois comme si l’histoire commençait avec leur arrivée au pouvoir.

Ainsi la République perd progressivement sa mémoire.

Le résultat est visible.

Nous réinventons sans cesse des solutions déjà expérimentées. Nous reproduisons des erreurs déjà connues. Nous dépensons une énergie considérable à recommencer ce qui avait déjà été commencé.

Le pays avance.

Puis recommence.

Puis avance.

Puis recommence.

Comme un homme condamné à oublier chaque matin ce qu’il a appris la veille.

Cette situation ne relève pas seulement de la gouvernance.

Elle relève d’une culture politique de la rupture.

Or aucune nation ne peut devenir durable si chaque génération détruit les acquis de la précédente.

La véritable question constitutionnelle n’est donc peut-être pas :

Faut-il changer la Constitution ?

Mais :

Comment construire un État capable de transmettre son expérience ?

Comment préserver les archives ?

Comment protéger la mémoire administrative ?

Comment assurer la continuité des politiques publiques au-delà des alternances politiques ?

Comment faire en sorte que chaque génération ajoute une pierre à l’édifice au lieu de recommencer les fondations ?

Le développement durable d’une nation repose moins sur la perfection de ses textes que sur sa capacité à apprendre.

Un État mature n’est pas un État qui ne commet jamais d’erreurs.

C’est un État qui ne paie pas plusieurs fois le prix de la même erreur.

Le débat constitutionnel actuel gagnerait ainsi en profondeur s’il cessait d’opposer exclusivement les défenseurs du changement aux défenseurs du statu quo.

Car il existe une question plus importante encore :

Quel mécanisme de transmission voulons-nous construire pour que la République apprenne enfin de sa propre histoire ?

Peut-être est-ce là l’un des grands défis du XXIe siècle congolais.

Non seulement bâtir des institutions.

Mais bâtir une mémoire institutionnelle.

Car une nation qui oublie systématiquement ce qu’elle a appris finit par transformer chaque génération en génération fondatrice.

Et aucune société ne peut prospérer longtemps lorsqu’elle est condamnée à recommencer éternellement son propre commencement.

 

 

 

By amedee

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