Dans le rapport de la Banque mondiale publié fin juillet 2025, il y a une vérité implacable qui devrait interpeller les dirigeants de la République démocratique et particulièrement tous ceux qui ont eu à gérer le géant au cœur de l’Afrique au cours de ces 65 années passées. « Malgré la croissance récente, le revenu par habitant en RDC reste largement inférieur aux niveaux observés à l’aube de l’indépendance en 1960, et le taux de pauvreté demeure extrêmement élevé », rapporte la Banque mondiale dans son récent rapport sur la situation économique de la RDC.
La RDC, souligne cette institution de Bretton Woods, fait partie des rares pays en développement qui n’ont pas connu de « progression significative » du revenu par habitant depuis leur indépendance dans les années 1960.
L’effondrement du PIB par habitant, qui a atteint son point le plus bas en 2002, s’explique par l’instabilité politique et les conflits, une mauvaise gestion économique et une corruption généralisée. En outre, la forte dépendance du pays à l’exploitation minière l’a exposé à des cycles économiques de boom et de récession, soutiennent les experts de la BM.
évalué à 71 milliards USD en 2024, le revenu par habitant en RDC est de l’ordre de 645 USD pour une population estimée à environ 110.000 personnes.
L’autre cause c’est le taux de fécondité élevé qui se traduit par une croissance démographique supérieure à la moyenne de l’ASS (Afrique sub-saharienne), ce qui complique les efforts visant à relever le revenu par habitant et à réduire la pauvreté.
Par exemple, la croissance soutenue (mais variable) du PIB entre 2020 et 2024 (à une moyenne supérieure à 6,4 pour cent) n’a pas permis de réaliser d’améliorations notables en termes de revenu par habitant.
De même, si le taux de pauvreté (calculé selon le seuil international de 2,15 USD par jour1) a effectivement baissé, passant de 78,9 % en 2020 (dernière année pour laquelle des données sont disponibles) à une estimation de 72,9 % en 2024, il reste extrêmement élevé, dit la Banque mondiale. Ce constat illustre la difficulté à transformer une croissance portée par l’exploitation des ressources naturelles en progrès généralisé des conditions de vie.
Pour autant, la solide performance économique de la RDC amorcée en 2021 s’est maintenue en 2024, portée par le secteur minier. La croissance annuelle du PIB a plus que doublé entre 2021 et 2023 par rapport à la période 2016–2020, atteignant en moyenne un taux de 7,9 %, avant de reculer légèrement à 6,5 % en 2024.
Cette performance place la RDC parmi les économies à la croissance la plus rapide du continent africain, le Cabo Verde et le Rwanda étant les seuls pays à avoir enregistré une croissance plus forte entre 2022 et 2024.
Tirée par le secteur minier, la croissance de la RDC en 2024 a dépassé celle d’autres pays riches en ressources naturelles tels que le Botswana, la Zambie, l’Afrique du Sud, la Mauritanie, le Libéria et le Niger.
La croissance hors secteur minier demeure modeste, mais elle s’aligne progressivement sur celle observée dans les pays d’Afrique subsaharienne (ASS) peu riches en ressources naturelles.
Cependant, la forte dépendance de la RDC à l’égard de l’extraction minière accentue la volatilité de l’économie, et la croissance continue d’être freinée par des facteurs structurels tels que le déficit en capital humain, l’insuffisance d’infrastructures, la faiblesse des institutions et un environnement des affaires peu favorable.
Le revenu par habitant, aussi appelé revenu par tête ou revenu national brut par habitant, est le revenu national brut (RNB) d’un pays divisé par le nombre total de ses habitants. Cet indicateur permet d’estimer la richesse et le niveau de vie moyen d’une population dans une région donnée.
Amédée Mwarabu