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 Face à la montée des critiques dans l’opinion nationale sur le retard de trois semaines déjà accumulé dans le processus de la paie du mois de janvier 2026, la cheffe du Gouvernement, Judith Suminwa, a convoqué d’urgence une « réunion extraordinaire » du Comité de conjoncture économique le lundi 16 février pour tenter de justifier la situation.

Et c’est Doudou Fwamba, le ministre des Finances, qui a pris la parole pour justifier le retard accumulé.   : « Il ressort des échanges que nous avons eus à la Primature, que la situation est sous contrôle et que le Gouvernement dispose des moyens nécessaires pour faire face à ses obligations. »

 « Tous les fonctionnaires de l’État savent qu’au premier trimestre de l’année, il existe un glissement dans les opérations de paie. En effet, au mois de janvier, de nouvelles mécanisations et des mises à jour doivent être opérées. Ces ajustements, couplés aux contraintes d’ordre sécuritaire, ont imposé à l’État d’adopter une stratégie de paiement progressif des salaires », a-t-il ajouté.

Cependant, l’argentier national n’a pu expliquer comment ces mises à jour n’ont pas impactées les autres catégories d’agents de l’Etat, en l’occurrence les éléments des Forces Armées et de la Police Nationale Congolaise ou encore les membres de la DINACOPE (enseignants) pour la ville-province de Kinshasa.

Et pour tenter de rassurer, le Ministre des Finances a annoncé la fin du processus de paiement dans les 72 heures, c’est-à-dire au plus tard le 20 février tout le processus de paie sera bouclé. Pour autant, il n’a pipé mot si la paie de février va débuter à temps et se clôturer dans les délais requis.

Les chiffres contredisent les assurances du Gouvernement

On peut beau se cacher derrière les contraintes techniques pour justifier le retard dans la paie du mois de janvier 2026 des agents de l’Etat mais la réalité des chiffres explique mieux la situation des finances publiques de la RDC. L’on se rappelle que des milliers des agents et fonctionnaires de l’Etat ont passé les festivités de fin d’année 2025 sans leur pécule. Et aucune explication plausible n’a été donnée.

Les chiffres du compte de l’Etat expliquent mieux la situation de nos finances publiques. L’exercice 2025 s’est clôturé avec un déficit du compte du trésor de plus de 5.297,8 milliards de CDF contre un déficit programmé de 4.836,1 milliards de CDF. Et le Gouvernement a été contraint de comblé ce déficit du compte du Trésor par les emprunts sur le marché des Bons et Obligations du Trésor et par une quotité d’appui budgétaires des partenaires financiers internationaux dont le FMI et la Banque mondiale.

Cependant, à analyser de près le compte du trésor, l’on voit les dépenses que le gouvernement a privilégiées. Tenez, le fonctionnement des ministères du Gouvernement et des institutions de la République a englouti 4.214,4 milliards de CDF (1,529 milliard USD) en 2025, en dépassement budgétaire de 18%, selon les chiffres de la Banque centrale du Congo.

Alors que les emprunts sur le marché des Bons et Obligations du Trésor ont culminé à plus de 2 milliards USD au cours de l’exercice  2025, les dépenses d’investissement sur base des ressources internes n’ont été que de 2.905,3 milliards de CDF (à peine 1 milliard USD). Et pourtant, le budget initial 2025 prévoyait de miser jusqu’à 7,1 milliards USD pour les dépenses d’investissements nécessaires pour le développement du pays.

Bien plus, au cours du mois de janvier 2026, l’on voit que le Gouvernement, dans ses dépenses, continue à privilégier le fonctionnement des ministères et des ministères. Pour le seul mois de janvier 2026, plus de 534,0 milliards de CDF ont été dépensé pour le fonctionnement des ministères et institutions de la République, en dépassement budgétaire de 31%.

Il apparait clairement que l’Exécutif national foule au pied la discipline et l’orthodoxie budgétaire. Au point que l’essentiel des revenus de l’Etat sont affectés aux dépenses courantes au détriment des dépenses d’investissement nécessaires pour le développement de la RDC.

Amédée Mwarabu

By amedee

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