Dans un État soucieux de rigueur et de responsabilité, il est attendu du Président de la République qu’il interpelle, avec la fermeté requise, les membres de son gouvernement lorsque certaines politiques publiques apparaissent inappropriées ou lorsque des mesures d’application produisent des effets macroéconomiques perturbateurs, sources de tensions sociales. Ne pas exercer ce devoir de redevabilité peut donner l’impression d’une caution implicite, voire d’une adhésion aux orientations contestées.
Le Parlement et plusieurs institutions de contrôle semblant aujourd’hui moins audibles dans leur rôle de veille, l’attention se tourne naturellement vers le Chef de l’État comme garant ultime de l’équilibre institutionnel et du bien-être collectif.
Certains membres de l’exécutif, n’étant pas directement issus du suffrage universel, exercent davantage une autorité administrative que démocratique, ce qui renforce l’exigence de supervision et d’évaluation de leurs actions.
Il est préoccupant de constater que des responsables, bénéficiant déjà de rémunérations importantes, soient perçus comme produisant des résultats insuffisants au regard des attentes sociales. Le risque existe qu’une volonté de préserver leurs fonctions prenne le pas sur la reconnaissance de leurs éventuelles erreurs de politique publique. Cela est humainement compréhensible, mais politiquement discutable.
Dès lors, la responsabilité d’arbitrage revient au Chef de l’État, qui doit veiller à maintenir une saine distance institutionnelle avec ses collaborateurs afin de préserver l’intérêt général. L’enjeu n’est pas de désigner des coupables, mais d’assurer que les choix économiques reposent sur des fondements rationnels et scientifiquement défendables.
Plusieurs voix, dont la mienne, ont tenté d’alerter sur les risques de dérives monétaires. Il serait bénéfique pour la gouvernance nationale de créer des cadres formels où des experts indépendants pourraient confronter leurs analyses à celles des décideurs publics. Un débat scientifique ouvert ne constitue pas une déstabilisation, mais au contraire un mécanisme normal de régulation intellectuelle dans une démocratie moderne.
Beaucoup d’experts ne recherchent ni postes, ni avantages, ni reconnaissance particulière — seulement la possibilité d’apporter une contribution utile au pays. La vérité scientifique, lorsqu’elle est examinée avec sérénité, sert toujours l’intérêt collectif.
Il est regrettable que l’expertise congolaise soit parfois sous-estimée, y compris par le Chef de l’Etat, alors que le pays regorge de compétences. La question demeure de savoir si les mécanismes de conseil autour du Chef de l’État permettent réellement l’expression d’analyses contradictoires et éclairantes.
Sur le plan économique, certaines décisions récentes en matière monétaire interrogent. Le changement d’équilibre observé sous l’indifférence du responsable censé s’occuper de l’économie du pays, alors qu’une stabilité relative prévalait avec la fixation stationnaire du taux de change à 2.800 FC pour 1 USD pendant quasiment une année entière avant l’arrivée de l’actuel Gouverneur de la BCC, a pu contribuer à des tensions de liquidité et à un climat économique plus incertain. Les réserves de change représentant un patrimoine national stratégique, ont été soumises à une gestion imprudente et sollicitées dans une vision courtermiste.
Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui ressentent une frustration face à l’évolution de la situation économique malgré les mises en garde formulées. Le souhait profond reste que les orientations futures puissent s’appuyer davantage sur l’analyse rigoureuse, la culture de responsabilité, la capacité à mobiliser l’intelligence collective et l’intérêt supérieur de la nation.
Luc Alouma M.

