Promesse présidentielle trahie, projet bloqué, sinistrés oubliés. Annoncé dans l’urgence après les inondations meurtrières de décembre 2022, le projet de construction de 1 000 maisons destinées aux victimes avait pourtant démarré sous de bons auspices. Mais depuis l’arrivée du gouvernement Suminwa, les ministres Doudou Fwamba et Crispin Mbadu en ont stoppé net l’exécution, au nom d’arguties administratives. Résultat : des centaines de familles attendent toujours un toit, tandis que plus de 1 000 conteneurs de matériaux pour la construction croupissent à Matadi. Face à ce scandale, la Première ministre est appelée à sortir de son silence.
Kinshasa noyée, 141 morts : la promesse du Président attend toujours d’être tenue
Dans la nuit du 12 au 13 décembre 2022, une puissante pluie torrentielle s’abat sur Kinshasa, déversant d’énormes torrents d’eau dans plusieurs quartiers, y causant de graves dégâts. Bilan : 141 morts, 8 787 ménages inondés, 280 maisons écroulées, 64 nouvelles têtes d’érosion, la route nationale n°1 coupe vers le quartier Matadi-mayo dans la commune de Mont-Ngafula. Félix Tshisekedi se trouve à Washington où il participe au deuxième sommet USA-Afrique, mais il écourte son séjour et regagne Kinshasa pour prendre personnellement la conduite des opérations. Le chef de l’Etat se rend sur les lieux et participe avec son épouse au culte d’hommage en mémoire des victimes le 20 décembre au Palais du peuple.
Aux survivants de ce drame, il fait une promesse : le gouvernement va construire plusieurs maisons afin de les loger dans des meilleures conditions désormais. De la parole à l’action, une commission est mise sur pied. Elle comprend, notamment, des délégués de la présidence, de la primature, des ministères de l’Urbanisme de l’habitat (responsable du projet), des Infrastructures, du Budget, des Finances ainsi que de la Direction générale de contrôle des marchés public.
De la promesse à l’action : les Ministres MUABILU et KAZADI relaient la parole du President, les travaux avancent, les premières maisons sortent de terre.
Dans l’urgence consacrée par une procédure en régularisation, le ministre de l’Urbanisme et Habitat, Pius Muabilu Mbayu fait le choix de l’entreprise turque Milvest qui a une expérience incontestée dans le secteur. Le marché est conclu à 40 millions de dollars, suivi d’un avenant de 3 millions incluant les frais de contrôle et suivi exécuté par des structures étatiques, ce qui porte le total à 43 millions USD. Pour des maisons d’environ 80 mètres carrés, le prix demeure très compétitif. Au regard de l’urgence, les travaux doivent commencer, et la commission se chargera de faire la procédure ensuite, car il s’agit-là d’une simple régularisation. Ainsi, la DGCMP est chargée d’élaborer l’Avis de non-conformité (ANO).
Pius Muabilu sollicite alors le paiement de 70% du budget du projet qui sont payés par le ministre des Finances de l’époque, Nicolas Kazadi. Milvest commande moult conteneurs de matériel pour monter ces maisons préfabriquées et débute les travaux. Les chamailleries entre deux établissements publics relevant du ministère de l’Urbanisme et Habitat, à savoir l’Agence congolaise de promotion immobilière(ACOPRIM) et le Fonds national de l’habitat (FONHAB) retardent les travaux, mais Milvest produit finalement les 200 premières maisons à la satisfaction des bénéficiaires.
L’obstruction comme méthode : MBADU et FWAMBA paralysent l’espoir et se perdent dans un naufrage bureaucratique suspect
En juin 2024, un nouveau gouvernement est installé, piloté par la Première ministre Judith Suminwa. Doudou Fwamba remplace Nicolas Kazadi aux Finances, pendant que Crispin Mbadu prend la place de Pius Muabilu à l’Urbanisme et Habitat. Une deuxième commission est alors mise en place à l’arrivée de Fwamba sur les projets Milvest et elle produit une demande d’ANO soumise au ministre Mbadu en janvier 2025. «Il s’agit d’une simple régularisation car les services de la DGCMP étaient impliqués en amont et le projet de lettre venait d’eux», explique un proche du dossier.
Sauf que Mbadu refuse de signer. Et son collègue des Finances, Doudou Fwamba, se saisit de ce prétexte pour ne pas payer le reste du montant à Milvest afin de lui permettre de terminer les travaux. Pire : il fait bloquer plus de 1000 conteneurs de Milvest à Matadi par son refus d’accorder l’exonération fiscale qui permettrait leur dédouanement. Dans une récente campagne de presse, le ministre des Finances se vante d’avoir bloqué ce projet à fort impact social au motif qu’il n’aurait pas respecté la procédure de passation de marché.
L’argument fait dresser les cheveux chez les sinistrés. «Un projet ordonné par le chef de l’Etat lui-même, un projet mis en place par une commission comprenant tous les services et structures habilités, y compris la DGCMP, et déjà financé à 70%, on l’arrête et on fait quoi après ? C’est quel pays ça au juste ?», martèle l’un des représentants des sinistrés.
Y a t il un pilote dans l’avion ? Judith Suminwa sommée d’arbitrer et de relancer un projet vital
Qui interpelle la Première ministre. «Y’a-t-il une pilote dans l’avion ? Y’a-t-il une coordonnatrice de l’action gouvernementale ? La Première ministre est où ? Face à tant d’infamie de la part des ministres Fwamba et Mbadu, Mme Judith Suminwa devrait intervenir pour rappeler ses deux ministres à l’ordre afin que le projet mille maisons reprenne et soit achevé», nous confie-t-il.
Elysée EBULA, Correspondance Particulière