L’analyse de la récente appréciation du franc congolais (FC) et la tendance haussière des recettes publiques mérite un examen rigoureux, au-delà peut être des apparences. Une observation attentive des données publiées par la Banque Centrale du Congo (BCC), notamment à travers le graphique disponible, laisse apparaître une réalité troublante : aucune corrélation claire et systématique ne semble exister entre le taux de change et l’évolution des recettes publiques.
Or, dans toute économie structurée, ces deux agrégats — le taux de change de la monnaie nationale et les recettes fiscales — sont censés interagir de manière cohérente. Par exemple, une appréciation significative de la monnaie devrait logiquement avoir un impact sur les recettes libellées en devises, poussant à une révision des prévisions budgétaires ou à un ajustement des dépenses. En RDC, cette logique est systématiquement contredite. Le franc congolais s’apprécie sans incidence visible sur les lignes budgétaires, et les recettes publiques poursuivent leur hausse imperturbable, comme détachées de l’économie réelle.
Cette dissociation est anormale. Elle ne reflète pas une santé économique retrouvée, mais plutôt un dysfonctionnement structurel dans la manière dont sont établies, collectées et rapportées les données budgétaires. Elle suggère soit une manipulation statistique pour entretenir l’illusion d’une performance fiscale continue, soit un désordre chronique dans les mécanismes de collecte, d’évaluation et de gestion des finances publiques. Dans tous les cas, elle traduit une incohérence macroéconomique préoccupante.
Plus grave encore, dans ce contexte, l’augmentation des recettes publiques ne constitue en rien une prouesse. Depuis des années, en passant par la dépréciation, la stabilité ou l’appréciation du FC, les chiffres fiscaux affichent successivement une progression mécanique, indépendamment des conditions économiques internes. Pourtant, cette hausse n’a pas d’effet palpable sur l’économie réelle. Les dépenses publiques restent largement orientées vers des secteurs improductifs, sans transformation structurelle visible, ni sur le tissu économique, ni sur le bien-être collectif.
Dans un pays où la monnaie nationale s’apprécie réellement, on devrait observer une baisse des contre-valeurs budgétaires en monnaie locale et une pression accrue pour ajuster les prévisions fiscales. Rien de tout cela ne se produit. On a plutôt l’impression que le franc congolais « flotte » en vase clos, évoluant sans interaction réelle avec les autres marchés. C’est comme s’il était désolidarisé de la réalité économique nationale, comme qui dirait une monnaie spectatrice d’une économie qu’elle ne dirige plus.
Cette situation devrait nous interpeller, car elle révèle une fragilité institutionnelle profonde. Elle questionne la crédibilité des statistiques officielles, la cohérence de notre politique budgétaire et monétaire, et surtout, la capacité de l’État à assurer un pilotage macroéconomique sérieux et transparent. Plutôt que de se satisfaire, chose que je voudrais agréablement pour notre pays, pourquoi pas nous ouvrir à un débat de fond sur les fondements de notre gouvernance économique, et sur l’impératif d’une réforme rigoureuse, guidée par des indicateurs fiables et une exigence de vérité économique.
Luc Alouma
