Une maquette du future Centre des infrastructuresUne maquette du future Centre des infrastructures

Alors qu’un remaniement du Gouvernement central est annoncé sous peu, chaque ministre veut coller le nom du président de la République à un projet public. C’est la dernière trouvaille des ministres pour espérer continuer à préserver son strapontin au sein de l’Exécutif national. Malheureusement, la Cheffe du Gouvernement,  qui tient aussi à conserver son fauteuil, laisse faire, fragilisant ainsi l’action gouvernementale qui a besoin de l’impact réel sur la vie socioéconomique des Congolais. C’est dans ce contexte que la Primature a entériné l’allocation de 25 millions USD pour la construction du Centre des infrastructures Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, une bâtisse qui n’aura pour fonction que de centraliser les ingénieurs et autres experts du ministère des ITP. Pendant ce temps, le même Exécutif national peine à trouver des réponses adéquates aux six priorités de son programme censé améliorer les conditions de vie des Congolais, tel que voulu par le président de la République lui-même pour ce second quinquennat.  Face aux multiples besoins qui se posent aux Congolais, allouer 25 millions USD pour une bâtisse devant juste centraliser les services d’un ministère soit-il celui des ITP passe pour une dilapidation pure et simple des maigres deniers publics. Ceci ressemble plus à un projet de prestige, soit du « matalana » ou du « ngelingeli ».  Car, c’est sans impact direct sur l’amélioration des conditions de vie des Congolais.

Décidément la Gouvernance Suminwa a un sérieux problème d’hiérarchisation des priorités. Pire, il s’observe un déficit notoire de coordination de l’action publique voire de cohérence dans les actions posées par l’actuel Exécutif national. Il suffit de jeter un coup d’œil sur les dépenses publiques pour s’en rendre compte.

En République démocratique du Congo, il n’y a que des priorités. Du secteur des Infrastructures de base à celui des logements sociaux en passant par la Santé, l’Energie, l’Education, les Transports,  la RDC accuse des déficits abyssaux.  Dès lors, la diligence dans la gestion des finances publiques devrait imposer une certaine hiérarchisation de ces priorités afin de rendre efficace et même efficiente l’action publique. Hélas, on en est loin de ce cap.

A (RE) Lire : RDC : avec 1,492 milliard USD dépensés pour le fonctionnement des institutions et des ministères en 2025, la rationalisation des dépenses publiques est un leurre pour le Gouvernement Suminwa

Actuellement, pour crédibiliser un projet dans le gouvernement central, on le qualifie simplement de « stratégique ». C’est justement le cas du « Centre des infrastructures Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo » CIFATT. Au ministère des ITP, ce projet passe pour « stratégique » juste parce qu’il devra centraliser les services techniques de l’administration de ce ministère. Et l’on promet aux Congolais que c’est ce qui va « améliorer la gouvernance des projets structurants ». Le ministre John Banza est convaincu même que cette bâtisse va « créer un environnement de travail adapté » pour les ingénieurs et experts congolais du secteur des ITP.

L’immeuble intelligent n’a pas amélioré la gouvernance publique

Il y a plus de 10 ans, l’ancien Premier Ministre Augustin Matata Ponyo a dépensé plus de 42 millions USD pour construire l’Hôtel du Gouvernement à Kinshasa appelé le « Bâtiment intelligent » avec comme objectif d’améliorer l’environnement de travail des membres de l’Exécutif national. Depuis, la RDC n’est jamais passée de l’ombre à la lumière. Le pays concentre le plus grand foyer de l’extrême pauvreté dans le monde, 27,5 millions de personnes livrées à l’insécurité alimentaire, un chômage de masse touchant plus de 30 millions d’adultes, un des plus bas taux d’électrification au monde (21%), non sans oublier l’insécurité qui gangrène toutes les grandes villes congolaises en commençant par Kinshasa. Comme si cela ne suffisait pas, sous ce Gouvernement, le pays a perdu ses grandes villes du Nord et Sud-Kivu (Goma et Bukavu), sous occupations depuis presqu’une année par l’armée rwandaise et ses supplétifs de l’AFC/M23.

Et s’il faut jeter un regard strictement dans le secteur des infrastructures et travaux publics, l’on constate que la RDC, sur un réseau routier de plus de 152.000 Km des routes, moins de 5.000 Km seulement sont effectivement asphaltés ou bétonnés, encore que la moitié de ces routes bétonnées sont en état de détérioration. Ce, en 65 ans d’indépendance !

Parmi les multiples besoins de l’Etat, le Gouvernement actuel a jugé donc nécessaire de dépenser 25 millions USD pour la construction de ce Centre des infrastructures, qui n’aura que pour fonction de regrouper les ingénieurs et autres experts du ministère des ITP. Là où des services publics comme l’Office des routes (OR) et l’Office des voiries et drainage (OVD) manquent cruellement des engins lourds justement pour faire face aux défis de construction des routes à travers le pays, l’on juge nécessaire d’allouer un tel montant juste pour une bâtisse des bureaucrates.

Rappelons que c’est au sein de ce même gouvernement Suminwa qu’il a été décidé que la RDC dépense, à terme, jusqu’à près de 100 millions de dollars américains pour un projet de marketing (RD Congo, cœur d’Afrique) auprès des grandes équipes européennes notamment FC Barcelone, AC Milan ou encore Monaco.  Alors que le sport se meurt dans le pays. Le championnat national de football est devenu hasardeux et les infrastructures sportives sont en état de déliquescence humiliante en province pour un géant comme la RDC. Et le couronnement de cette absence de cohérence de l’action gouvernementale, c’est le stade des martyrs, un joyau national, qui vient de perdre son étoile d’homologation auprès de la CAF, à cause d’une gestion en deçà des normes footballistiques.

Privilégier les projets à impact socioéconomique

En somme, pour plus de cohérence et de lisibilité, l’action du Gouvernement devrait privilégier des projets à impact  socioéconomique comme doter l’OR et l’OVD des moyens adéquats pour améliorer le réseau routier national et urbain, reconstruire par exemple la cinquantaine d’aérodrome dont le pays dispose ou encore doter la RVF des engins de dragage et de balisage pour une navigation permanente et sure sur le fleuve Congo et les différents disséminés à travers le pays. Des projets à impact direct sur la vie des Congolais sont légion.

A (RE) Lire : Dépenser plus intelligemment : des dépenses publiques efficientes et bien réparties peuvent stimuler la croissance économique

Sinon, l’action publique risque de continuer à ressembler de plus en plus au « Matalana » ou au « Ngelingeli », cher au professeur Claude Mukeba. Ces deux termes en vogue actuellement à Kinshasa sont utilisés pour désigner cette fâcheuse tendance actuelle dans la société, congolaise aussi, à privilégier dans les actes et dans les discours la forme en lieu et place du fond.

La Gouvernance Suminwa devra s’interdire de privilégier des projets « ngelingeliques », soit d’apparat, auxquels on colle le nom du président de la République juste pour continuer à bénéficier de sa confiance. Pourtant, les Congolais, eux, attendent des actions palpables impactant directement l’amélioration de leurs conditions de vie. C’est même l’objectif ultime de ce deuxième et dernier quinquennat tel que voulu par le président Félix Tshisekedi à travers les six axes sur lesquels reposes le programme du Gouvernement : Créer plus d’emplois, Protéger le pouvoir d’achat des ménages, Plus de sécurité pour les Congolais, Plus de diversification de l’économie et plus de compétitivité, Garantir plus d’accès aux services de base, et Renforcer l’efficacité de nos services publics.

Amédée Mwarabu

By amedee

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *