VisuelVisuel

Pourquoi le changement des dirigeants ne suffit pas à transformer la gouvernance d’une nation

Par Lucas Alouma

0. Résumé

Cette réflexion repose sur une distinction particulièrement importante : la logique de conquête, de conservation et de domination du pouvoir, face à la logique d’organisation, de production et de développement de la nation.

La thèse centrale peut ainsi être formulée : le problème congolais n’est pas seulement l’identité de ceux qui exercent le pouvoir, mais la logique selon laquelle ce pouvoir est exercé.

I. Le discours de Joseph Kabila : regarder au-delà des mots

Je me réjouis de pouvoir continuer à développer une pensée qui m’est propre, nourrie par l’observation, la recherche et un questionnement permanent sur l’évolution de notre société.

Je ne prétends pas posséder toutes les réponses. Je me considère plutôt comme un chercheur qui demeure étudiant de la réalité, conscient que la compréhension du monde exige une remise en question continuelle de ses propres connaissances.

C’est dans cet état d’esprit que j’ai accueilli le récent discours de l’ancien président de la République, Joseph Kabila.
Personnellement, je n’y découvre rien qui échappe fondamentalement aux interrogations que je développe depuis plusieurs années sur la gouvernance congolaise.  Cela ne signifie pas que son intervention soit dépourvue d’intérêt.
Mais je considère qu’il serait intellectuellement insuffisant de s’arrêter à son contenu immédiat, à sa tonalité politique ou aux émotions qu’il peut susciter.

Un discours politique ne doit jamais être analysé indépendamment de l’histoire de celui qui le prononce, du système dont il est issu et des transformations qu’il prétend proposer.
La question n’est donc pas simplement de savoir si Joseph Kabila décrit correctement certains problèmes actuels.
Elle est aussi de savoir si son analyse permet de comprendre les mécanismes qui ont produit ces problèmes, y compris pendant les périodes où il exerçait lui-même le pouvoir.

On ne comprend pas une crise politique en isolant le discours du jour de l’histoire qui l’a rendue possible.

II. La solution exige davantage que l’analyse

Notre pays souffre d’une multiplication de discours politiques.
Les uns dénoncent.
Les autres répondent.
Certains accusent.
D’autres se défendent.
Les commentateurs analysent les déclarations, les intentions et les rapports de force.

Mais une interrogation fondamentale reste trop souvent sans réponse :
Quel mécanisme concret permettra de sortir durablement le Congo de la crise ?

Nous pouvons produire des analyses savantes et des commentaires remarquablement construits sans jamais parvenir à identifier une solution opérationnelle.
C’est pourquoi j’ai toujours accordé une importance particulière à ce que j’appelle l’ajustement du savoir.
Produire de nouvelles connaissances est nécessaire. Mais savoir mobiliser les connaissances existantes pour résoudre un problème précis peut être encore plus déterminant.

Il ne suffit pas de connaître l’histoire.
Il faut comprendre ce qu’elle explique.

Il ne suffit pas de dénoncer les échecs.
Il faut identifier les mécanismes qui les reproduisent.

Il ne suffit pas de proposer un changement politique.
Il faut démontrer pourquoi ce changement modifiera réellement les résultats.

La véritable intelligence politique ne se mesure pas seulement à la profondeur du diagnostic, mais à la pertinence des solutions qu’il rend possibles.

III. Deux paradigmes se disputent le destin du Congo

À mes yeux, le problème fondamental de la République démocratique du Congo, depuis son accession à l’indépendance, peut être interprété à travers la confrontation de deux grandes logiques de gouvernance.

La première est la logique du pouvoir.
La seconde est la logique du développement.
Ces deux logiques peuvent coexister dans un même État, mais elles ne poursuivent pas les mêmes finalités.

Dans la logique du pouvoir, la priorité consiste à conquérir l’autorité, à la conserver, à contrôler les institutions et à neutraliser les menaces susceptibles de compromettre sa permanence.

Dans la logique du développement, la priorité consiste à organiser les ressources humaines, matérielles, intellectuelles et institutionnelles pour améliorer durablement les conditions d’existence de la population.

La première demande :
Comment conserver le pouvoir ?
La seconde demande :
Que devons-nous construire grâce au pouvoir ?

Voilà la distinction fondamentale.
Une société peut changer de Constitution, de gouvernement, de parti dominant ou de Président sans changer de logique de gouvernance.
Et c’est précisément ce que notre histoire mérite d’être interrogée pour comprendre.

IV. L’héritage colonial : un appareil de pouvoir avant d’être un projet national

L’histoire coloniale congolaise permet d’éclairer cette distinction.
L’État indépendant du Congo, placé sous la souveraineté personnelle de Léopold II, reposait sur une organisation du territoire destinée principalement à l’exploitation économique et au contrôle politique.
Les concessions, les compagnies et les mécanismes coercitifs participaient d’un système dont la finalité n’était pas l’émancipation des populations congolaises.

Les abus de ce régime contribuèrent aux pressions internationales qui aboutirent, en 1908, à la reprise du territoire par la Belgique.
L’administration coloniale belge développa ensuite des infrastructures, des services, des formations professionnelles et des capacités administratives.
Mais il serait historiquement inexact de considérer cette évolution comme le passage à un développement conçu prioritairement pour l’autonomie des Congolais.
Les investissements répondaient largement aux besoins d’une économie coloniale et d’un appareil administratif hiérarchisé.
Il y eut donc développement de certaines capacités matérielles et administratives, mais à l’intérieur d’un système de domination.

C’est une distinction capitale.
On peut développer un territoire sans développer la liberté de ceux qui l’habitent.
On peut construire des infrastructures sans préparer suffisamment les populations à gouverner leur propre destin.
On peut former des exécutants efficaces sans former, dans les mêmes proportions, les concepteurs d’un projet national indépendant.

Le problème de l’indépendance était donc plus profond qu’un simple transfert de souveraineté.
Il fallait transformer un appareil conçu pour administrer une colonie en un État capable d’organiser le développement d’une nation souveraine.

V. Lumumba : la tentative d’une nouvelle finalité politique

L’indépendance du 30 juin 1960 ouvrit cette possibilité historique.
Patrice Emery Lumumba incarna, à travers son engagement nationaliste, l’ambition d’une souveraineté qui ne devait pas se limiter au remplacement des autorités coloniales par des responsables congolais.
L’enjeu était de donner au pouvoir politique une nouvelle finalité : la dignité nationale, l’autonomie de décision et la maîtrise progressive du destin collectif.
Cela ne signifie pas que Lumumba possédait déjà toutes les solutions économiques et institutionnelles nécessaires. Mais il portait une volonté de rupture avec la subordination coloniale.

La crise politique qui suivit l’indépendance, les sécessions, les rivalités internes et les interventions étrangères empêchèrent la consolidation de ce projet.

Son assassinat, le 17 janvier 1961, constitua une tragédie historique majeure. Mais il faut également comprendre que les premières années de l’indépendance furent marquées par des tensions complexes entre acteurs congolais, intérêts économiques et puissances étrangères.
Cette complexité n’efface pas les responsabilités historiques. Elle nous rappelle seulement qu’une nation ne se construit pas par la volonté d’un seul homme, aussi déterminé soit-il.

VI. 1965 : la consolidation d’une logique de conservation du pouvoir

Le coup d’État de Mobutu, en novembre 1965, constitua une rupture majeure.
La crise politique déboucha sur la concentration du pouvoir autour d’un chef militaire, puis sur la consolidation d’un régime autoritaire.

La stabilité devint une justification essentielle de la centralisation.
L’obéissance fut progressivement privilégiée sur la contradiction.
La fidélité au chef occupa une place considérable dans l’organisation politique.
L’administration, l’armée et les structures partisanes furent intégrées dans un dispositif de contrôle du pouvoir.

Il serait excessif d’affirmer qu’aucune réalisation économique ou infrastructurelle n’eut lieu durant cette période.
Mais la question centrale reste celle de leur durabilité et de leur finalité.
Une réalisation destinée à consolider un régime n’obéit pas nécessairement à la même rationalité qu’un investissement destiné à transformer durablement une économie.
Le premier cherche parfois l’effet politique immédiat.
Le second exige la continuité institutionnelle, la maintenance, la productivité et une vision dépassant la durée d’un mandat.

Lorsque la survie du pouvoir devient l’objectif supérieur, le développement risque de devenir une fonction secondaire de la politique.

VII. La militarisation de la gouvernance

Il faut ici préciser une notion essentielle.
Lorsque je parle de militarisation du pouvoir, je ne vise pas simplement la présence de militaires à la tête de l’État. Je vise surtout la diffusion d’une certaine conception du commandement dans la gouvernance civile. Une conception fondée sur la verticalité excessive, la personnalisation de l’autorité, la discipline politique, la méfiance envers la contradiction et la primauté de la loyauté sur la compétence.

Or les institutions civiles ne peuvent être administrées durablement comme des unités placées sous un commandement de guerre.
La société exige la discussion.
L’économie exige l’innovation.
La science exige la critique.
L’administration exige la compétence technique.
L’entreprise exige la productivité.
Et le développement exige la coordination de connaissances différentes.

Il ne s’agit pas de nier les compétences des militaires, ni leur contribution possible à la construction nationale.
Une armée professionnelle constitue un instrument indispensable de souveraineté, de défense et de sécurité. Mais sa mission institutionnelle ne doit pas se confondre avec la direction générale de la société.

L’armée doit protéger les conditions du développement ; elle ne doit pas devenir le modèle exclusif de l’organisation politique.
Plus encore, lorsqu’un régime consacre une énergie excessive à sa propre protection, il peut détourner des moyens considérables des missions ordinaires de défense nationale.
La sécurité du pouvoir finit alors par entrer en concurrence avec la sécurité de la République.

VIII. De Mobutu à l’AFDL : le changement de régime n’a pas suffi

La chute de Mobutu en 1997 fut un événement historique considérable.
Mais elle intervint à l’issue d’une guerre et de l’avancée d’une coalition politico-militaire.
L’arrivée de Laurent-Désiré Kabila marqua donc un changement de régime sans que les conditions soient immédiatement réunies pour installer un ordre institutionnel civil, stable et pleinement démocratique.
La guerre, les rivalités régionales, les conflits internes et les impératifs de sécurité continuèrent à peser lourdement sur l’organisation du pouvoir.

Après l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila en janvier 2001, Joseph Kabila accéda à la présidence.
Son mandat connut plusieurs transformations institutionnelles importantes, notamment la transition politique, la Constitution de 2006 et le retour des élections nationales pluralistes.
Ces évolutions ne doivent pas être ignorées. Mais elles ne suffisent pas, à elles seules, à démontrer que la logique fondamentale de gouvernance avait été transformée.

Une démocratie peut organiser des élections tout en conservant une forte personnalisation du pouvoir.
Elle peut disposer d’un Parlement tout en affaiblissant les mécanismes de contrôle.
Elle peut reconnaître formellement les libertés sans garantir pleinement leur exercice.
Elle peut nommer des technocrates sans leur accorder l’autonomie nécessaire pour appliquer des politiques rationnelles.

La démocratisation des procédures ne garantit pas automatiquement la démocratisation des pratiques.

IX. L’alternance de 2019 : une occasion historique

L’arrivée de Félix Tshisekedi à la présidence, en janvier 2019, représenta un tournant important dans l’histoire politique congolaise.
Pour la première fois depuis l’indépendance, le pays connaissait une passation du pouvoir présidentiel entre un dirigeant sortant et son successeur sans renversement militaire.
L’importance historique de cette transition mérite d’être reconnue, indépendamment des controverses qui entourèrent les résultats électoraux.

J’y avais personnellement vu une occasion de rompre avec une longue tradition de conquête et de conservation du pouvoir marquée par l’héritage des régimes militarisés.
Mon engagement politique en faveur de Félix Tshisekedi reposait notamment sur cette lecture.
Je considérais que l’accession d’un dirigeant civil, issu d’une tradition d’opposition politique, pouvait ouvrir la voie à une réhabilitation des compétences civiles et à une nouvelle orientation de l’action publique.
J’ai défendu cette conviction sur le terrain, y compris dans des circonscriptions où le soutien au Président était loin d’être acquis.
Mon raisonnement était simple : le pays devait saisir cette occasion pour faire passer le pouvoir d’une logique de contrôle à une logique de transformation.

Mais avec le recul, une évidence s’impose.
L’arrivée d’un civil au sommet de l’État peine à instaurer une gouvernance civile dans son essence, contraire à la gouvernance militaire ayant pris le pays en otage. Il faut encore que les méthodes, les institutions, les nominations et les priorités changent.

X. Le piège de la continuité des méthodes

Voilà précisément le danger.
Un pouvoir peut se présenter comme nouveau tout en conservant les réflexes de ses prédécesseurs.
Il peut continuer à privilégier les fidélités politiques sur les compétences.
À multiplier les structures sans améliorer leur efficacité.
À personnaliser les décisions.
À rechercher la popularité immédiate plutôt que les transformations de long terme.
À confondre la communication politique avec la réalisation économique.
À consacrer davantage d’énergie à gérer les alliances qu’à organiser la production nationale.
À gouverner dans l’urgence permanente plutôt qu’à anticiper les besoins de la société.

Dans ce cas, le changement devient davantage symbolique que substantiel.
Nous changeons les acteurs. Mais nous conservons la scène.
Nous changeons les discours. Mais nous conservons les méthodes.
Nous changeons les promesses. Mais nous conservons les mécanismes qui empêchent leur réalisation.

Une alternance politique qui ne modifie pas la logique de gouvernance risque de devenir une simple alternance dans l’occupation du pouvoir.
C’est cette question que nous devons aujourd’hui poser avec courage.

XI. Pourquoi le retour des anciennes figures politiques demeure possible

Le récent discours de Joseph Kabila doit être replacé dans ce contexte.
Lorsqu’un ancien dirigeant critique les difficultés du pouvoir actuel, il est légitime d’examiner ses arguments. Mais il est tout aussi légitime de l’interroger sur son propre bilan et sur la nature des solutions qu’il propose.

La question n’est pas de savoir si les anciens dirigeants ont encore le droit de parler.
Ils l’ont.
La question est de savoir si leur retour dans le débat public annonce une véritable transformation des méthodes ou simplement une nouvelle compétition pour la maîtrise des institutions.

Car si les acteurs d’hier reconnaissent dans les pratiques d’aujourd’hui les mécanismes qu’ils ont eux-mêmes utilisés, ils peuvent être tentés de considérer que le système demeure accessible à leur retour.

C’est pourquoi le risque de reproduction politique ne peut être écarté par la seule condamnation des anciens régimes.
Il faut rendre leurs méthodes progressivement inopérantes.
La meilleure manière d’empêcher le retour d’une logique de domination n’est pas de combattre indéfiniment ses anciens représentants ; c’est de construire des institutions dans lesquelles cette logique ne peut plus fonctionner.

XII. Que signifie réellement gouverner pour développer ?

La logique du développement commence lorsque le pouvoir cesse de se considérer comme une finalité.
Le pouvoir devient alors un instrument.
Un moyen de mobiliser les intelligences.
D’organiser la production.
De sécuriser les investissements.
De développer l’agriculture.
De moderniser l’industrie.
De construire des infrastructures.
D’améliorer la santé publique.
De former des ressources humaines compétitives.
De soutenir la recherche scientifique.
De renforcer l’autonomie économique et monétaire.
De garantir la justice et la sécurité.

La question centrale n’est plus :
« Comment préserver notre position ? »

Elle devient :
« Comment augmenter durablement les capacités de notre société ? »

La différence est immense.
Dans la logique du pouvoir, on évalue principalement les rapports de force.
Dans la logique du développement, on évalue les résultats économiques, sociaux et institutionnels.

Dans la première, la fidélité personnelle peut devenir déterminante.
Dans la seconde, la compétence, l’intégrité et la responsabilité doivent primer.

Dans la première, le pouvoir cherche à durer.
Dans la seconde, les réalisations doivent durer au-delà du pouvoir.

XIII. Le véritable changement exige une nouvelle architecture de gouvernance

Nous devons donc dépasser la seule question du Président de la République.
Un chef de l’État peut posséder une volonté de réforme sans disposer d’un appareil institutionnel capable de la concrétiser.

C’est pourquoi la transformation doit concerner l’ensemble du fonctionnement exécutif.
Les responsables publics doivent être choisis selon des critères de compétence vérifiables.
Les administrations doivent disposer d’objectifs mesurables.
Les ministères doivent cesser de fonctionner comme des entités isolées.
Les politiques publiques doivent être coordonnées autour d’une stratégie nationale.
Les décisions économiques doivent être évaluées selon leurs conséquences sur la production réelle.
La recherche doit éclairer les choix publics.
Les mécanismes de contrôle doivent être renforcés.
Et les résultats doivent devenir la principale référence de l’évaluation politique.

Il faut surtout rétablir la primauté de la compétence civile dans les domaines relevant du développement économique et social, tout en professionnalisant l’armée dans sa mission constitutionnelle de défense.

La sécurité nationale et le développement doivent se renforcer mutuellement, sans que l’un absorbe l’autre.

XIV. Les bonnes questions à poser aujourd’hui

Au lieu de nous limiter à commenter le discours de Joseph Kabila ou les réponses qu’il suscitera, je propose de recentrer notre réflexion sur des interrogations autrement plus décisives.

Pourquoi nos alternances politiques n’ont-elles pas suffisamment transformé les mécanismes de gouvernance ?

Pourquoi les compétences disponibles ne parviennent-elles pas toujours à orienter les décisions publiques ?

Pourquoi la sécurité du pouvoir semble-t-elle parfois mobiliser davantage d’attention que la sécurité économique et sociale de la population ?

Pourquoi les politiques publiques sont-elles si souvent évaluées à travers les annonces plutôt qu’à travers leurs résultats ?

Pourquoi l’État continue-t-il à distribuer des fonctions sans toujours démontrer que leur occupation produira une valeur publique mesurable ?

Pourquoi la transformation productive demeure-t-elle insuffisante malgré les ressources naturelles, humaines et financières mobilisables ?

Et surtout :
Que faudrait-il changer dans l’organisation du pouvoir pour que le développement devienne sa raison d’être plutôt que son argument de légitimation ?

Voilà les questions qui méritent de mobiliser notre intelligence collective.

XV. Le Congo n’a pas seulement besoin d’un autre pouvoir, mais d’une autre logique du pouvoir

Je ne crois pas que l’avenir de notre pays puisse être correctement compris à travers une opposition simpliste entre anciens et nouveaux dirigeants.
Le problème est plus profond.

Nous avons hérité d’un appareil politique historiquement marqué par la domination, la centralisation et la conservation du pouvoir.
L’indépendance nous a donné la souveraineté juridique.
Les changements de régime nous ont donné de nouveaux dirigeants.
Les élections nous ont donné des mécanismes de légitimation démocratique.
Mais aucune de ces transformations ne garantit automatiquement que le pouvoir soit devenu un véritable instrument de développement.
C’est pourquoi je considère que la question congolaise demeure, dans son essence, une question de paradigme.

Nous devons sortir d’un système dans lequel le développement sert à justifier le pouvoir pour entrer dans un système où le pouvoir n’existe politiquement que pour rendre le développement possible.
C’est à cette transformation que j’avais espéré contribuer en soutenant l’alternance de 2019. Et c’est à l’aune de cette même exigence que je continue d’interroger aujourd’hui les responsables actuels comme les anciens.
Car la lucidité intellectuelle exige de ne pas changer de critères selon l’identité de celui qui gouverne.
Un ancien dirigeant ne devient pas automatiquement porteur de solutions parce qu’il critique son successeur.
Et un dirigeant actuel ne devient pas automatiquement réformateur parce qu’il est arrivé au pouvoir par une alternance.
La véritable rupture ne se mesure ni au nom du Président, ni à son origine, ni à la nouveauté de son discours. Elle se mesure à la transformation effective des institutions, des méthodes et des résultats.

Le Congo a connu plusieurs changements de dirigeants.
Il lui reste à accomplir le plus important :
changer la finalité même de sa gouvernance.
Car la question décisive n’est plus seulement de savoir qui doit gouverner le Congo.
Elle est de savoir pourquoi, comment et pour quels résultats le Congo doit être gouverné.

loucasalouma@yahoo.fr

By amedee

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *