Gouvernance opaque, des pertes financières enregistrées en 2024, baisse inquiétante de la production du cuivre et du cobalt, la Gécamines est en train de sombrer. Le comble est que le Gouvernement ne s’inquiète outre mesure. Alors qu’un rapport parlementaire déposé à l’Assemblée nationale depuis juin dernier indexe cette gestion cavalière de ce fleuron historique, aucune initiative n’est prise pour tenter de sauver la dégringolade continue de la Gécamines.
Jadis joyaux de l’industrie minière congolaise, aujourd’hui la société générale des carrières et des mines (Gécamines) est devenue un nain de la sphère des mines en République démocratique du Congo. Pire, la gouvernance de cette société du Portefeuille de l’Etat se caractérise par une gestion opaque et incohérente, traduisant un désastre industriel et financier.
Le rapport parlementaire remis le 9 juin 2025 au président de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe, met en lumière des pratiques de gestion caractérisées par l’opacité, l’absence de vision stratégique et un éloignement manifeste de sa mission originelle.
Ce rapport d’enquête dénonce une gouvernance interne marquée par des conflits de pouvoir, des prises de décision irrationnelles et une négligence préoccupante des responsabilités sociales de l’entreprise. Le document révèle que ces dysfonctionnements auraient conduit à des pertes financières de l’ordre de 47 millions de dollars au cours de l’année 2024, à travers des initiatives industrielles hasardeuses et des choix d’investissement hors de propos.
Parmi les décisions les plus controversées indexées par ce rapport figure la stratégie dite de « traitement à façon », consistant à sous-traiter le traitement de minerais à des entreprises tierces. Cette trouvaille du comité de gestion, loin de contribuer à la relance de la production minière, s’est révélée non seulement déficitaire, mais aussi déconnectée des capacités industrielles et du modèle d’affaires de la Gécamines.
Le rapport pointe également une dérive manifeste dans l’allocation des ressources financières, avec notamment un investissement de 125 millions de dollars dans une minoterie — secteur totalement étranger au périmètre minier — et 43 millions de dollars supplémentaires affectés à la réhabilitation de deux tours jumelles, dont l’utilité économique reste à démontrer.
« De telles décisions dénotent une confusion préoccupante entre stratégie de diversification et dispersion non maîtrisée des actifs, révélatrice d’une carence en gouvernance corporative et en discipline budgétaire », critique Congo Challenge, le Think Thank congolais planchant sur la gouvernance de la Gécamines.
Bien d’observateurs ne comprennent pas non plus la dégringolade de ce fleuron historique sur le pln de la production.
« Alors que la Gécamines affichait une production annuelle de 25 000 tonnes de cuivre et 300 tonnes de cobalt en 2019, ces volumes ont chuté à un niveau historiquement bas en 2024, avec seulement 1 500 tonnes de cuivre produites, et aucune production de cobalt. Ce recul spectaculaire met en évidence un effondrement des capacités opérationnelles de l’entreprise, qui contraste brutalement avec les dynamiques haussières du marché mondial des métaux stratégiques. Dans un contexte international caractérisé par une demande croissante en cobalt et en cuivre, notamment pour la transition énergétique et l’industrie des batteries, la contre-performance de la Gécamines traduit un échec stratégique aux conséquences économiques majeures pour l’État congolais », commente Congo Challenge.
Autre fait révélé par ce rapport parlementaire concerne Le rapport parlementaire les pratiques managériales de la haute direction qui est accusée de piloter l’entreprise à distance, par voie téléphonique, et d’être physiquement absente des sites névralgiques, comme Lubumbashi, où la présence effective du Directeur général ne dépasserait pas deux semaines par mois. Cette absence de leadership opérationnel fragilise la chaîne de commandement, démotive les équipes techniques et entrave tout effort de restructuration. Elle reflète également un décalage préoccupant entre les exigences de gouvernance d’une entreprise stratégique et les comportements de gestion observés.
Tout de même, un fait paradoxal : malgré cette débâcle industrielle, la Gécamines a enregistré plus d’un milliard de dollars de recettes en 2024, principalement issus de ses contrats de participation avec des partenaires privés. Ce chiffre confirme que l’entreprise détient encore un potentiel financier considérable, notamment en tant que détenteur de droits miniers sur des gisements de grande valeur.
Toutefois, les parlementaires soulignent avec insistance que ces ressources ne produiront d’effet positif que si elles sont soumises à une gestion rigoureuse, transparente et conforme aux meilleures pratiques de gouvernance. À défaut, la rente minière risque d’alimenter une économie de prédation, sans retombées significatives pour l’État ni pour la population.
L’on apprend également de ce rapport parlementaire que la Gécamines connait une situation de crise systémique, où l’absence de pilotage stratégique, la mauvaise allocation des ressources et le détournement de la mission économique de l’entreprise minent sa contribution potentielle au développement national. « Si la Gécamines veut redevenir un acteur central de la chaîne de valeur minière en RDC, une réforme profonde s’impose — reposant sur la révision de sa gouvernance, la redéfinition de son modèle économique, et l’ancrage d’une culture de performance et de redevabilité. Sans cela, elle risque de s’enliser définitivement dans un cycle de sous-performance, malgré les ressources colossales dont elle dispose » estime Congo Challenge.
Amédée Mwarabu