Leçon sur la situation actuelle de la RDC
Par Luc Alouma
Il existe des lois physiques qui gouvernent l’univers et auxquelles nul ne peut échapper. De la même manière, il existe des lois spirituelles qui, selon les traditions religieuses, régissent la relation entre l’homme, son Créateur et son prochain. Certaines de leurs transgressions peuvent être réparées par le pardon, tandis que d’autres apparaissent dans les Écritures comme d’une gravité particulière.
Jésus lui-même évoque un péché qui « ne sera pas pardonné », celui commis contre le Saint-Esprit. Cette affirmation a suscité de nombreuses interprétations au cours de l’histoire du christianisme. Sans prétendre trancher cette question théologique, je voudrais partager une réflexion personnelle née d’une lecture croisée de la Torah et de la prière du Notre Père.
Le péché n’est rien d’autre que la transgression d’une loi. En droit moderne, on parlerait d’une infraction : il ne peut y avoir d’infraction sans une règle préalablement établie. Si le péché contre le Saint-Esprit est présenté comme particulièrement grave, il paraît légitime de rechercher quelles sont, parmi les lois divines, celles qui concernent directement le Saint Esprit qui est Dieu.
La Torah offre une première réponse avec le Décalogue. Les trois premiers commandements portent exclusivement sur la relation entre l’homme et Dieu : reconnaître son unicité, rejeter l’idolâtrie et respecter la sainteté de son Nom. Vient ensuite le commandement relatif au sabbat, qui organise le culte et le repos consacrés à Dieu. Les six derniers commandements concernent quant à eux les relations entre les êtres humains : le respect de la vie, de la famille, des biens, de la vérité et du cœur de l’homme.
En relisant ensuite la prière que Jésus enseigne à ses disciples, j’ai été frappé par une structure qui semble suivre une logique comparable.
Les premières demandes concernent directement Dieu :
– « Notre Père qui es aux cieux » ;
– « Que ton nom soit sanctifié » ;
– « Que ton règne vienne » ;
– « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. »
Toute l’attention est d’abord tournée vers Dieu lui-même.
Vient ensuite la demande du pain quotidien qui ne saurait être le pain physique car l’homme mangeait à la sueur de son front ou grâce à la production autonome. Le pain fait référence à la Parole de Dieu, nourriture spirituelle indispensable à la vie du croyant.
Enfin, la seconde partie de la prière est entièrement consacrée à la vie communautaire : le pardon des offenses, la lutte contre la tentation, la délivrance du mal et la recherche d’une existence pacifiée.
Je découvre ainsi une remarquable continuité entre l’ancienne et la nouvelle alliance. Le Christ n’abolit pas l’esprit de la Torah ; il le résume dans une prière qui reprend, selon cette lecture, les mêmes grandes dimensions : Dieu, le culte et la vie avec les autres.
Cette observation m’amène à une autre interrogation.
Dieu ne contraint personne à croire en lui. Les Écritures montrent qu’il propose une alliance à ceux qui choisissent librement de le reconnaître comme Seigneur. Mais une fois ce choix posé, une cohérence est attendue entre la foi professée et la conduite quotidienne.
C’est précisément sur ce point que je m’interroge en observant notre société.
La République démocratique du Congo est l’un des pays où la référence à Dieu est la plus présente dans l’espace public. Les églises y sont nombreuses, le nom de Dieu est constamment invoqué dans les discours, les cérémonies et même les institutions. Pourtant, dans le même temps, nous sommes confrontés à des réalités profondément contraires aux valeurs chrétiennes que nous proclamons : corruption, injustice, mépris des plus vulnérables, pauvreté persistante, violences, détournement des biens publics, dégradation de l’environnement, insuffisance des écoles et des hôpitaux, insalubrité…
Une telle contradiction ne peut qu’interpeller.
Prendre le nom de Dieu en vain ne consiste pas seulement à le prononcer avec irrévérence. Mais il est aussi possible de le profaner lorsque l’on se réclame de lui tout en vivant en contradiction permanente avec les principes de justice, de vérité et d’amour que l’on affirme défendre.
Il ne suffit pas de se dire chrétien ; encore faut-il que cette identité se traduise dans les actes. Une foi qui ne transforme ni les comportements individuels ni les institutions perd progressivement sa crédibilité.
Notre plus grand défi n’est donc pas d’augmenter le nombre de nos lieux de culte, mais de réduire l’écart qui existe entre ce que nous professons et ce que nous vivons réellement. Car une nation ne se transforme pas uniquement par les prières qu’elle prononce, mais aussi par la fidélité avec laquelle elle met en pratique les valeurs qu’elle affirme croire.
Voilà les questions que je laisse ouverte à notre réflexion : si nous invoquons constamment Dieu tout en violant quotidiennement les principes qui fondent notre foi, pouvons-nous raisonnablement espérer les fruits d’une vie conforme à cette alliance ? Et si par cette contrariété, nous étions en train de pecher contre le Saint Esprit, existerait il de rémission à notre sort ? Ce pays ne vit il pas sous une malédiction de péché contre le Saint Esprit ?
Bon dimanche à tous les chrétiens congolais !
loucasalouma@yahoo.fr

