Le ministre des Finances Doudou Fwamba et la PM Judith SuminwaLe ministre des Finances Doudou Fwamba et la PM Judith Suminwa

En lisant entre les lignes le récent communiqué du FMI, l’on voit bien qu’une pression est exercée sur le Gouvernement Suminwa qui est appelé de plus en plus à « une utilisation transparente et efficace des ressources publiques » mais aussi à une exécution adéquate des dépenses budgétaires. Même si le FMI vient de décaisser les 348,5 millions USD dans le cadre de deux programmes économiques FEC et FRD en cours de réalisation, ce partenaire financier attend de l’Exécutif national des contreparties dans la bonne gestion des finances publiques. C’est la condition pour garantir les prochains décaissements dans le cadre de ces programmes. Déjà, lors de la deuxième revue FEC en janvier 2026, le FMI avait pointé la masse salariale publique comme « un risque budgétaire majeur ».

Le Conseil d’administration du FMI vient de valider la conclusion de la troisième revue  au titre de la Facilité Elargie de Crédit (FEC) et la deuxième revue au titre de la Facilité pour la Résilience et la Durabilité (FRD) en faveur de la République Démocratique du Congo, décaissant immédiatement 348,5 millions de dollars américains. Le FMI porte ainsi le total de ses décaissements au titre de la FEC à environ 1,03 milliard de dollars américains.

L’institution financière internationale note que la « performance dans le cadre des programmes a été globalement satisfaisante, la plupart des objectifs quantitatifs ayant été atteints et les réformes structurelles progressant bien, même si nécessitant une accélération ».

Cependant, dans ses recommandations, le FMI a lancé une alarme en demandant de manière non équivoque une « utilisation transparente et efficace des ressources publiques ». « À moyen terme, une accélération des réformes structurelles (y compris sur le marché du travail), une politique monétaire prudente et une utilisation transparente et efficace des ressources publiques sont essentielles pour renforcer la résilience, préserver la stabilité macroéconomique et soutenir une croissance inclusive », écrit le FMI dans son communiqué du 26 juin 2026.  

Autant dire que si cette institution de Bretton Woods salue les bonnes performances enregistrées et débloque plus de 348,5 millions de dollars, elle exige en contrepartie que les recettes de l’État cessent de subir des fuites (détournements, corruption). Dans le viseur du FMI se trouve notamment les lourdes dépenses sécuritaires dites de souveraineté.

Plus concrètement, le FMI appelle le Gouvernement à une lutte acharnée contre la corruption et détournements. Les deniers publics doivent servir réellement aux investissements et aux services sociaux de base. Cela exige de la traçabilité dans l’affectation des recettes publiques. Ceci implique de renforcer les contrôles internes et de sanctionner les gestionnaires indélicats. D’autant que le décaissement des futures tranches d’aide financière internationale dépendra des performances enregistrées dans le cadre de la transparence dans la gestion des finances publiques.

A noter que la transparence dans la gestion des flux financiers est d’autant plus importante en ce moment où la RDC tient à sortir de la liste grise du GAFI. « La poursuite des réformes visant à améliorer la gouvernance et la transparence, à renforcer les cadres de lutte contre la corruption et de LBC/FT—y compris les progrès en vue d’une sortie de la liste grise du GAFI—et à améliorer le l’environnement des affaires, demeure essentielle pour soutenir le développement du secteur privé et promouvoir une croissance diversifiée et inclusive », lit-on dans le communiqué du FMI.

Tout aussi, le Conseil d’administration du Fonds a-t-il recommandé à l’Exécutif national « un assainissement budgétaire graduel mais soutenu » dans le cadre de la stabilité du cadre macroéconomique. « Les consultations de 2026 au titre de l’article IV ont souligné l’importance de consolider les acquis durement acquis en matière de stabilité macroéconomique, grâce à une combinaison de politiques plus équilibrée à moyen terme. Cela implique un assainissement budgétaire graduel mais soutenu, une orientation prudente de la politique monétaire, la poursuite de l’accumulation de marges de manœuvre extérieures, ainsi que des réformes structurelles visant à favoriser la diversification des exportations et à assainir l’environnement des affaires. »

Cette demande du FMI signifie que l’État congolais doit vivre selon ses moyens, en maitrisant notamment son déficit public et en maîtrisant ses dépenses pour éviter une crise inflationniste susceptible de paralyser l’économie. C’est dans ce contexte qu’en janvier 2026, le FMI avait pointé la masse salariale publique comme un « risque budgétaire majeur » en RDC. L’assainissement budgétaire implique une rationalisation des dépenses courantes. Malgré de bonnes recettes, le solde budgétaire a dérapé à cause des dépenses sécuritaires imprévues. Cet assainissement voulu « graduel  mais soutenu » demanderait que les coupes budgétaires ne se fassent pas de manière brutale pour ne pas perturber l’exécution du budget 2026. Cependant, les réformes doivent se prolonger sur la durée par la surveillance de la masse salariale, la lutte contre la corruption,  la transparence dans les régies financières. Cet assainissement budgétaire passe autant par des coupes dans les dépenses non prioritaires que par une meilleure mobilisation des recettes de l’État.

Amédée Mwarabu

By amedee

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