Jean-Michel Sama Lukonde, président du SénatJean-Michel Sama Lukonde, président du Sénat

L’économie de la République démocratique du Congo est dépendante principalement des recettes collectées dans le secteur minier. Cependant, le poumon économique de la RDC reste confronté à la contrebande, aux exportations illicites non sans compter la fraude douanière. Tout récemment, à l’issue d’une tournée au poste frontalier de Kasumbalesa, le ministre du Commerce extérieur avait évalué à 2,5 milliards USD  la fraude douanière au poste frontalier de Kasumbalesa. A ce même poste frontalier, la ministre des hydrocarbures avait indexé une fraude de 850 millions USD sur l’importation des produits pétroliers pour la seule année 2025. De son côté, le ministre des Mines évalue à 8 milliards USD la contrebande de l’or dans la Grande Orientale. Autant des milliards qui n’entrent pas dans les caisses du Trésor public. Le comble c’est que du côté du Gouvernement, aucun signal fort n’est lancé pour endiguer ce coulage des recettes publiques dont le pays a énormément besoin pour faire face à ses multiples défis socio-économiques. De passage récemment au Spécial Briefing Presse, l’inspecteur général chef de service de l’IGF Christophe Bitasimwa avait lâché : « En RDC, la tendance reste à la fraude et à la corruption ».

C’est dans ce contexte qu’il faut placer l’interpellation, à juste titre, du Gouvernement Suminwa par le président du Sénat, Jean-Michel Sama Lukonde, dans son discours solennelle de mardi à l’ouverture de la session budgétaire de septembre 2026.

« Et, face aux défis persistants auxquels demeure confrontée notre économie, fortement tributaire des ressources minières, j’en appelle au Gouvernement à consolider les mécanismes de traçabilité des minerais et à renforcer l’efficacité des dispositifs de contrôle aux frontières, en vue de lutter avec davantage de fermeté contre la fraude, la contrebande et les exportations illicites », a déclaré le président de la Chambre haute en présence de la Première ministre Judith Suminwa, invitée pour la rentrée parlementaire.

Jean-Michel Sama Lukonde est allé encore plus loin en exigeant une gestion rigoureuse des deniers publics. « Toutefois, augmenter les recettes ne suffit pas. Chaque franc collecté doit être utilisé de manière responsable afin de produire un impact réel pour la population.  Notre ambition doit être d’installer durablement une culture de performance, d’évaluation et de résultats dans la gestion publique », a-t-il martelé dans son allocution.

À l’heure où la RDC consent d’importants efforts pour défendre son intégrité territoriale et garantir sa sécurité, la bonne gouvernance des ressources publiques ne relève pas seulement d’une obligation administrative ; elle constitue un devoir patriotique, a soutenu le président du Sénat.

Ainsi, a-t-il estimé, dans le cadre du contrôle parlementaire exercé par le Sénat, ce mécanisme doit être compris comme normal en vue de la redevabilité et de l’amélioration de l’action publique. Pour Sama Lukonde, le contrôle parlementaire reste un « instrument essentiel au bon fonctionnement de notre démocratie et à la consolidation de la confiance entre les institutions et les citoyens ».

D’ores et déjà, la Chambre haute, par le truchement de son président, a demandé au Gouvernement un accroissement de sa capacité à mobiliser ses ressources internes. « Cela passe par l’élargissement de l’assiette fiscale, la modernisation et la digitalisation des administrations financières, le renforcement de la traçabilité des recettes, ainsi que par une lutte plus efficace contre la fraude et l’évasion fiscales. Les exonérations sans fondement légal ou économique doivent également être revues avec rigueur », a indiqué l’ancien Premier ministre.

Parlant du Projet de budget 2027  chiffré à 24,8 milliards USD, Sama Lukonde a estimé que ces chiffres n’auront de valeur que s’ils se traduisent concrètement dans la vie de nos concitoyens. De son avis, la croissance doit créer des emplois, notamment pour les jeunes, améliorer le pouvoir d’achat des ménages et renforcer l’accès aux services essentiels tels que l’éducation, la santé, l’eau potable, l’électricité et les infrastructures de base. « C’est pourquoi j’invite le Gouvernement à poursuivre une gestion budgétaire rigoureuse et à préserver les grands équilibres macroéconomiques notamment la stabilité du Francs congolais. La stabilité économique demeure une condition indispensable à la protection du pouvoir d’achat, particulièrement pour les couches les plus vulnérables de notre population », a-t-il prévenu.

En somme, a rappelé le président du Sénat à l’attention de l’Exécutif national, le budget de l’État n’est pas seulement un document comptable ; « il traduit nos choix collectifs, nos priorités nationales et la vision que nous portons pour notre pays ».

Amédée Mwarabu

By amedee

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