TRIBUNE IV
Par José Bakima
Authenticité, identité nationale et personnalisation de l’État
Mobutu n’a pas seulement cherché à contrôler l’État.
Il a voulu transformer le langage par lequel le pays se représentait lui-même.
Le Congo devient le Zaïre.
Les noms changent.
Les références vestimentaires changent.
Le vocabulaire politique change.
L’Authenticité devient une doctrine officielle.
Le Mouvement populaire de la Révolution devient le cadre politique dominant.
Le président devient le Guide.
Cette transformation ne doit pas être caricaturée.
Elle répondait à un problème réel : comment une nation sortie du colonialisme pouvait-elle reconstruire son identité sans simplement reproduire les catégories héritées de la domination ?
La question était légitime.
Mais la réponse institutionnelle posait problème.
Car une identité nationale peut devenir une politique de libération.
Elle peut aussi devenir un instrument de légitimation du pouvoir.
Tout dépend de ce qu’elle produit.
Si l’Authenticité rend au peuple la maîtrise de son histoire, elle peut être émancipatrice. Si elle transforme l’État en gardien d’une identité officielle dont le chef devient l’interprète suprême, elle devient un instrument de domination symbolique.
Le problème n’est donc pas l’identité.
C’est la captation de l’identité par le pouvoir.
Le même mécanisme apparaît dans le rapport entre le parti et la nation.
Lorsque le parti devient l’expression officielle de la nation, puis que le parti se confond avec l’État et que l’État se confond avec le chef, toute contestation politique peut être présentée comme une contestation de la nation elle-même.
La conséquence est redoutable.
Le désaccord devient trahison.
La critique devient subversion.
L’alternance devient menace.
La fidélité au chef devient mesure du patriotisme.
C’est ici que le pouvoir cesse de gouverner seulement les institutions.
Il commence à gouverner la définition même du loyal et du déloyal.
Et c’est précisément là que le Kimfumu se déforme.
Le véritable Kimfumu n’est pas la glorification d’un souverain.
Il est la dignité de la souveraineté et la garde des valeurs qui permettent à la communauté de durer.
Lorsque le chef devient lui-même la source de toutes les valeurs, le Kimfumu se transforme en culte du pouvoir.
La nation n’est plus la finalité de l’État.
Elle devient son langage de légitimation.
C’est pourquoi la République doit toujours maintenir une distinction :
l’État représente la nation ; il ne la possède pas.
