En marge de la publication, le mardi 24 mars 2026, du rapport de la Banque mondiale intitulé « Du Parking à l’autoroute : Réformer les entreprises publiques », un panel, animé par le Directeur des Opérations Albert Zeufack, a été organisé pour décortiquer cette thématique.
Au nombre des panélistes, deux membres du Gouvernement, en l’occurrence le VPM en charge de l’Economie, Daniel Mukoko Samba, et la vice-ministre des Finances, Gracia Yamba Kazadi. Les deux autres panélistes étaient monsieur Clément Mushengezi, directeur de cabinet de la ministre du Portefeuille, et Benjamin Nzailu, Expert-comptable du cabinet ABN.
A la question de savoir quelles réformes mettre en place pour relancer les entreprises du Portefeuille, le professeur Mukoko Samba a indiqué que le Gouvernement de la République est en train de travailler sur une feuille des routes comprenant quelques réformes et ciblant aussi bien des filières exportables que des zones économiques spéciales.
La première réforme à mettre en place consisterait à permettre la réduction du coût de production des entreprises du Portefeuille. Pour le VPM Mukoko, ceci par nécessairement par la révision des coûts de l’énergie et de la logistique, par une règlementation adaptée ou encore par l’accès de ces entreprises à des financements à taux d’intérêt avantageux.
L’autre réforme devra consister, a-t-il dit, à mettre en place une politique de compétitivité ciblée de ces entreprises publiques. Ceci implique de cibler 3 à 5 filières exportables, par exemple l’agro-industrie, le raffinage des produits miniers, mais aussi un ciblage stratégique des corridors. L’idée ici étant d’intégrer certains corridors congolais à des corridors africains. Pour le VPM Mukoko, le coût de transport est un handicap majeur pour la compétitivité des entreprises en RDC. A l’en croire, le coût de transport entre le port de Matadi et la ville de Kinshasa est 5 à 10 fois supérieur à celui pratiqué dans d’autres corridors africains. Ce qui rend nos entreprises moins compétitives par rapport à celles des pays africains environnants qui d’ailleurs profitent de cette différentielle pour couler leurs produits sur le marché congolais.
La troisième réforme citée par le VPM Daniel Mukoko devra promouvoir la formation de la main d’œuvre nationale. Ne serai-ce que dans le secteur de l’immobilier, il observe que la plus part des conducteurs des chantiers sont des étrangers. Ce qui pose clairement le problème de l’expertise locale qui doit être soutenue par une formation appropriée. La RDC ne pourra pas diversifier son économie sans produire localement de l’expertise nationale nécessaire.

Autopsie des entreprises publiques par la Banque mondiale
Dans son rapport, la Banque mondiale note qu’en RDC, les entreprises publiques ont largement échoué à remplir leur mission de développement et sont au contraire devenues une source de risque budgétaire. L’impact limité des entreprises publiques sur la croissance économique reflète les faiblesses persistantes des secteurs clés. Les services d’électricité, d’eau, de transport et de logistique restent coûteux, peu fiables et inégalement accessibles. Ces lacunes ont entraîné des coûts de production élevés pour l’ensemble de l’économie, ont nui à la compétitivité et ont entravé l’expansion des entreprises, en particulier dans les secteurs de l’agriculture, de l’industrie manufacturière et des services. Comme ces secteurs clés sont dominés par les entreprises publiques, leurs faibles performances constituent un obstacle majeur à la croissance, à la diversification économique et à la réduction de la pauvreté.
« Les inefficiences structurelles au sein des entreprises publiques se sont également révélées résistantes aux réformes. Le sureffectif, les coûts salariaux élevés, la faible orientation commerciale et les pertes opérationnelles persistantes sont monnaie courante, en particulier dans les entreprises publiques de transport et de services publics qui sont soumises à d’importantes obligations de service public (OSP) qui ne sont pas systématiquement calculées, comptabilisées et remboursées par le budget. La transformation en sociétés commerciales ne s’est pas traduite par des contraintes budgétaires strictes, car de nombreuses entreprises ont continué à compter sur le soutien de l’État, l’accumulation d’arriérés et des subventions implicites. En conséquence, la charge fiscale liée aux entreprises publiques reste importante », écrit la Banque mondiale dans son rapport.
Pour fonctionner de façon efficiente, les entreprises publiques doivent se conformer aux bonnes pratiques internationales en matière de gouvernance d’entreprise. Lorsqu’elles sont régies par les principes du marché, les entreprises publiques peuvent concurrencer efficacement les entreprises privées et atteindre leurs objectifs stratégiques sans altérer la concurrence sur le marché, soutient la Banque mondiale.
Amédée Mwarabu

