Le franc congolaisLe franc congolais

Par Luc Alouma

La situation monétaire que je ne cesse d’alerter demeure largement imperceptible pour le commun des citoyens. Seuls quelques initiés lucides peuvent réellement en comprendre les mécanismes profonds, les subtilités techniques et parfois les jeux d’influence entretenus par certains experts devenus maîtres dans l’art de la manipulation sophistiquée.

Cette réalité ne devrait d’ailleurs pas nous étonner. Dans tous les domaines de la connaissance humaine, il existe à la fois des scientifiques au service du bien et d’autres au service d’intérêts obscurs ; des élites de lumière et des élites de ténèbres. La science, en elle-même, est neutre. Mais l’homme qui la porte choisit librement l’orientation qu’il veut lui donner : servir la vérité ou la détourner, éclairer ou tromper, construire ou détruire.

Le véritable combat auquel l’humanité est confrontée depuis toujours est donc celui qui oppose le bien au mal, le vrai au faux, la lumière aux ténèbres, la justice à la prédation, l’éthique à la corruption, l’intérêt général aux ambitions personnelles. Cette lutte traverse chaque individu, chaque institution, chaque société et chaque nation. Là où le mal finit par dominer durablement, les conséquences ne peuvent être que la confusion, l’injustice, la pauvreté et le déclin.

Nous vivons malheureusement une époque où les forces du désordre semblent croître plus rapidement que celles de la rectitude. Les mauvaises herbes poussent toujours plus vite que les bonnes semences, surtout lorsque les gardiens du champ ferment les yeux ou perdent leur capacité de discernement.

C’est dans ce contexte que j’aimerais poser au Président de la République, Félix Tshisekedi Tshilombo, la question suivante :

Comment, en tant que garant de la Nation, distinguez-vous les véritables acteurs de valeur — patriotes sincères, scientifiques rigoureux, collaborateurs compétents, serviteurs intègres de l’État et guides spirituels authentiques — de ceux qui n’en présentent que l’apparence ?

Autrement dit, quels critères de discernement et quels mécanismes d’évaluation permettent, au sommet de l’État, de séparer l’authenticité de l’imposture dans le choix des hommes appelés à conduire la République ?

Car il me semble que toute la problématique de la gouvernance repose en grande partie sur cette capacité essentielle : reconnaître les hommes de vérité avant que les hommes de façade ne capturent les institutions.

La situation monétaire actuelle cache des réalités préoccupantes qu’il devient nécessaire de révéler. Notre monnaie donne aujourd’hui le sentiment d’être prise en otage par des logiques qui dépassent l’intérêt collectif. La politique monétaire paraît parfois davantage orientée vers des objectifs particuliers ou spéculatifs que vers la stabilité réelle de l’économie nationale et la protection durable du pouvoir d’achat des citoyens.

Le problème devient encore plus sensible lorsque l’indépendance de la Banque Centrale, principe légitime dans son fondement, tend à se transformer en espace échappant au contrôle démocratique, à la contradiction scientifique et à l’évaluation critique. Une banque centrale ne devrait jamais devenir une souveraineté parallèle au-dessus du peuple qu’elle est censée servir.

Derrière certaines postures techniques peut se cacher la tentation dangereuse de manipulations monétaires excessives, de spéculations discrètes ou de politiques artificielles favorisant des enrichissements indirects au détriment de l’économie réelle. Lorsqu’une monnaie cesse progressivement d’être un simple instrument de mesure et d’échange pour devenir un terrain de jeux financiers et spéculatifs, elle s’éloigne de sa mission fondamentale.

En principe, la monnaie devrait rester un instrument neutre au service de la production, de l’échange et de la stabilité économique. Elle ne devrait jamais devenir un outil de domination, de transfert caché de richesses ou de création d’avantages injustifiés.

Depuis l’abandon progressif de l’or comme référence universelle des devises et avec l’expansion des marchés financiers internationaux, les dérives spéculatives autour de la monnaie se sont multipliées. Aujourd’hui, certains acteurs s’enrichissent davantage par des jeux financiers, des arbitrages monétaires et des spéculations de marché que par la création réelle de richesses productives. Cette situation constitue moins une preuve de performance qu’un symptôme de déséquilibre profond du système financier mondial.

Et c’est précisément ce type de dérive que plusieurs observateurs redoutent aujourd’hui pour notre pays.

Une manipulation excessive de notre monnaie pourrait être en train de se dérouler sous les yeux d’une population qui, demain, sera la première à subir les conséquences des erreurs actuelles. L’histoire économique montre malheureusement que les peuples paient souvent le prix des décisions prises sans transparence, sans débat contradictoire et sans responsabilité véritable.

À ce sujet, un professeur monétariste vivant aux États-Unis me faisait récemment cette observation particulièrement troublante :

Selon certaines informations à vérifier, la RDC aurait accumulé près de 7 milliards de dollars de réserves de change, dont une partie serait placée dans des bons du Trésor américain rapportant environ 3 à 4 % d’intérêt. Dans le même temps, le pays aurait émis des Eurobonds sur les marchés financiers internationaux pour environ 1,25 milliard de dollars, à des taux d’intérêt avoisinant 8,75 % et 9,5 %.

Cette situation soulève naturellement des interrogations économiques fondamentales : pourquoi emprunter à des taux élevés à l’extérieur tout en plaçant simultanément des réserves à des rendements beaucoup plus faibles ? À qui profite réellement ce mécanisme financier ? Quelle est sa rationalité économique profonde pour la nation ?

Serait ce un jeu de recyclage des capitaux ? Parce que ces Eurobonds sont souvent émis « au porteur » — on peut ne pas connaître qui est derrière les rideaux. Le gros du montant, à la base, va bien sûr aux banques « courtiers » — Rawbank, Citigroup, Standard Chartered (environ 1% du montant levé). Véritable manne du ciel, même si environ 12.5 million de $US sur 1.25 milliards apparrait « négligeable » pour certaines institutions financières internationales. Certainement, ce montant ne manquerait pas d’inclure la « retro commission » …
Merci de comprendre qui peut.

Le paradoxe devient encore plus frappant lorsqu’on observe que certains investisseurs étrangers empruntent dans leurs pays à des taux relativement faibles pour venir réaliser des profits importants en RDC, pendant qu’à l’intérieur nous faisons exactement l’inverse : emprunter cher à l’étranger pour placer ou sécuriser des fonds dans des économies offrant des rendements plus faibles mais plus sûrs.

Dans un tel contexte, là transparence, le contrôle démocratique, le débat scientifique contradictoire et l’exigence patriotique deviennent indispensables. Car lorsqu’il s’agit de monnaie, il ne s’agit pas seulement de chiffres ou de technique financière : il s’agit du destin économique d’un peuple entier.

Et lorsqu’une nation commence à perdre la maîtrise saine et crédible de sa monnaie, elle finit progressivement par perdre bien davantage : sa stabilité, sa souveraineté économique et parfois même sa paix sociale.

loucasalouma@yahoo.fr

By amedee

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