Le Gouverneur de la BCC André WamesoLe Gouverneur de la BCC André Wameso

L’annonce récente de la Banque centrale du Congo concernant l’augmentation potentielle de ses placements en obligations du Trésor américain intervient dans un moment particulièrement délicat de l’évolution monétaire internationale. Pourtant, la logique même d’une telle stratégie soulève une interrogation fondamentale dans le cas congolais. Les États qui accumulent massivement des obligations du Trésor américain le font généralement parce qu’ils disposent d’importants excédents commerciaux et cherchent à rémunérer des réserves en dollars devenues excédentaires. La RDC, elle, ne dispose ni d’excédents structurels comparables ni d’un niveau de réserves suffisamment abondant pour reproduire mécaniquement ce comportement monétaire.

Si la nouvelle orientation implicite de la Fed consiste effectivement à maintenir des taux relativement contenus tout en favorisant une croissance nominale soutenue, les rendements réels des obligations américaines pourraient devenir durablement faibles, voire négatifs après inflation. Dans ce scénario, des économies périphériques risqueraient paradoxalement de contribuer indirectement au mécanisme même de stabilisation de la dette américaine en accumulant des actifs dont la valeur réelle pourrait progressivement s’éroder.

Ce paradoxe révèle une asymétrie profonde du système financier international que la Banque Centrale du Congo continue d’aborder avec une lecture intellectuelle héritée du système monétaire des années 1990. Les grandes puissances disposent aujourd’hui d’une capacité exceptionnelle à transformer leur propre architecture monétaire en instrument mondial de stabilisation financière et géopolitique. Les économies périphériques, elles, demeurent souvent contraintes d’utiliser les actifs produits par le centre afin de protéger des réserves déjà limitées. Kinshasa pourrait ainsi contribuer indirectement à financer une stratégie américaine de dilution monétaire tout en demeurant exposée aux vulnérabilités structurelles du système qu’elle cherche précisément à sécuriser.

La question stratégique de la Banque centrale du Congo

Le véritable problème congolais ne réside toutefois pas uniquement dans l’évolution du système monétaire américain. Il réside également dans la faiblesse des débats internes autour de la nature même d’une banque centrale périphérique. Une partie importante des discussions économiques nationales continue d’aborder la question monétaire presque exclusivement sous l’angle de la dédollarisation ou de la création immédiate de liquidité, sans réflexion suffisamment approfondie sur les contraintes structurelles, productives, énergétiques et géopolitiques qui conditionnent réellement l’efficacité d’une politique monétaire dans une économie comme la RDC.

C’est précisément pourquoi la réforme institutionnelle de la Banque centrale du Congo devient stratégique. Dans le projet constitutionnel qui a accompagné la pétition pour la révision constitutionnelle que j’ai déposé depuis 2024 à la présidence ainsi qu’aux deux chambres du Parlement, la question de la nomination du gouverneur de la BCC et de sa confirmation par le Sénat dépasse largement le simple cadre administratif. Elle touche directement à la crédibilité monétaire future de l’État congolais, à la qualité intellectuelle de ceux appelés à diriger l’institution et à la capacité du pays à construire une banque centrale disposant d’une autonomie relative face aux cycles politiques immédiats. Les grandes puissances ont depuis longtemps compris qu’aucune stratégie monétaire durable ne peut survivre sans continuité institutionnelle ni solidité doctrinale de ceux qui la pilotent.

Comme je l’ai soutenu dans plusieurs travaux de recherche, le développement transformationnel ne dépend pas mécaniquement de la création monétaire elle-même :

Pour traduire l’équation, le développement transformationnel ne dépend pas mécaniquement de la simple création monétaire. Il dépend surtout de la capacité structurelle de l’économie à absorber cette création monétaire sans provoquer de dissipation inflationniste ou de déséquilibres externes majeurs.

Dans ce cadre, l’expansion de la demande devient soutenable uniquement lorsque l’accroissement des capacités structurelles accompagne l’expansion du crédit et de la liquidité :

En termes simples, l’expansion du développement transformationnel demeure soutenable uniquement lorsque l’accroissement des capacités structurelles s’accompagne simultanément d’une augmentation des capacités d’absorption économique. Sans cette expansion simultanée des capacités réelles, la création monétaire tend davantage à alimenter la pression sur les réserves extérieures, la dépendance financière et l’instabilité monétaire qu’une transformation productive durable.

Et pour finir, afin de satisfaire ceux qui pleurnichent régulièrement que mes tribunes ne contiennent pas suffisamment de chiffres, révélant souvent une confusion assez remarquable entre le débat sur les principes et la simple récitation de règles techniques, je préciserai tout de même que 1 + 1 = 2.

Extrait tiré de la Tribune de Jo M. Sekimonyo intitulée Réserve fédérale américaine : nouveau guide, nouveaux principes idéologiques ? Quelles conséquences pour la RDC ?

By amedee

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