En marge de la conférence de presse tenue au cours de cette semaine dans le cadre d’une année passée à la tête de l’Inspection générale des Finances, Christophe Bitasimwa, l’Inspecteur général chef de service de l’IGF, dans une interview accordée à Géopolis, a fait le bilan de son management à la tête de cet établissement public de contrôle.
« Les résultats existent déjà. Sur le chapitre des recettes publiques, près de 3.000 nouveaux assujettis fiscalisés ont été identifiés alors qu’ils étaient auparavant considérés comme introuvables ou inactifs. Les prises en charge fiscales ont progressé de plus de 52 %. Les avis de mise en recouvrement ont fortement augmenté. Des redressements fiscaux, douaniers et non fiscaux particulièrement importants ont également été opérés. Dans le contrôle des dépenses publiques, l’IGF a permis une économie d’environ 690 millions USD sur les remboursements TVA. Nous avons aussi détecté plus de 38.000 agents fictifs et plus de 1.000 doublons dans plusieurs services administratifs. Ces chiffres parlent. Ils montrent surtout l’ampleur des vulnérabilités encore présentes dans certains circuits de gestion publique », a confié Christophe Bitasimwa à nos confrères de Géopolis dans une interview exclusive.
Sur le « contrôle systémique » qu’il met en place pour traquer les délinquants financiers et autres criminels économiques, le nouveau patron de l’IGF a indiqué qu’il s’agit d’une « approche moderne » de surveillance des finances publiques. Et il a décrit cette réforme en ces termes : « Mais au fond, le contrôle systémique repose sur une idée très simple : comprendre les mécanismes avant même de rechercher les coupables. Longtemps, les institutions de contrôle intervenaient après les faits. Une dépense irrégulière apparaissait. Un détournement était constaté. Ensuite venait l’enquête. Nous avons voulu inverser cette logique. Désormais, notre objectif est d’identifier les failles structurelles qui rendent possibles les dérives : procédures opaques, circuits financiers fragiles, absence d’interconnexion des données, validations administratives insuffisamment sécurisées. Prévenir d’abord. Le contrôle systémique devient ainsi un contrôle permanent, analytique, interconnecté et centré sur la traçabilité des opérations publiques. Il est préventif. Numérique. Évolutif. Et surtout, il cherche moins à savoir uniquement “qui a fauté” qu’à comprendre pourquoi le système autorise encore certaines pratiques ».
Cependant, cette approche fait face à un déficit de digitalisation des administrations publiques en République démocratique du Congo. En effet, comme l’a reconnu aussi le nouveau patron de l’IGF, le contrôle systémique est totalement dépendant de la digitalisation complète des administrations publiques. « Le contrôle systémique dépend fortement de la qualité, de la disponibilité et de l’interconnexion des données », a-t-il reconnu. Dès lors, tant que les données des régies financières de même que des autres administrations publiques ne seront pas suffisamment numérisées et surtout intégrées dans un système transparent, rétractable et accessible au contrôle, il sera difficile d’obtenir des résultats escomptés de cette réforme.
A cela s’ajoute naturellement les résistances au changement. En RDC, les tares ont souvent la peau dure face aux réformes qui imposent davantage de discipline, de transparence et de traçabilité. Bien plus, pour bien mettre en œuvre cette réforme, l’IGF elle-même doit subir une transformation numérique complète comme le prévoit son plan stratégique 2026-2028 qui nécessite un investissement estimé à 39 millions USD. Sur ce montant, Christophe Bitasimwa a indiqué à Géopolis que l’IGF a déjà mobilisé 22 millions.
En somme, le successeur de Jules Alingete faire de l’IGF un organe de contrôle tourné vers la prévention, l’intelligence financière et la transformation publique. Dans cette optique, l’IGF doit être capable d’anticiper les risques plutôt que d’intervenir uniquement après les crises. Avec le contrôle systémique lancé, le challenge est de construire progressivement une gouvernance publique fondée sur des mécanismes solides et durables plutôt que sur des interventions ponctuelles.
A savoir que le Plan stratégique 2026-2028 de l’IGF est articulé autour de six axes majeurs : Transformation digitale ; Contrôle systémique basé sur le risque ; Protection du patrimoine public ; Gouvernance économique et financière ; Amélioration de la qualité de la dépense publique ; Renforcement institutionnel de l’IGF.
Amédée Mwarabu

