La RDC possède déjà l’un des sous-sols les plus exploités de la planète. Pendant plus d’un siècle, les compagnies minières étrangères ont creusé des milliers de kilomètres de galeries souterraines afin d’extraire cuivre, cobalt, uranium, or, diamant et autres minerais stratégiques. Dans plusieurs régions du pays, ces anciennes infrastructures minières demeurent abandonnées, mal sécurisées ou simplement oubliées après avoir servi les besoins industriels du reste du monde.
Traditionnellement, ces tunnels sont perçus comme les symboles d’un modèle extractif qui a enrichi d’autres économies tout en laissant derrière lui pollution, pauvreté et insécurité environnementale. Pourtant, dans une économie mondiale où le stockage géologique devient progressivement un enjeu stratégique, ces cavités souterraines pourraient aussi être perçues autrement. Là où certains voient des cicatrices minières, d’autres pourraient voir une infrastructure géologique déjà existante, capable un jour d’être réhabilitée, surveillée et transformée sous des normes technologiques extrêmement strictes.
Une telle industrie ne ressemblerait pas à une simple activité de « décharge ». Elle nécessiterait des investissements massifs en ingénierie, en sécurité, en surveillance environnementale, en énergie, en recherche scientifique et en contrôle international. Selon plusieurs estimations internationales liées au coût du stockage géologique et de la gestion à long terme des déchets hautement sensibles, une infrastructure internationale de grande échelle pourrait représenter entre 5 et 20 milliards de dollars d’investissements initiaux sur plusieurs décennies. À terme, une telle industrie pourrait potentiellement générer pour l’économie congolaise plusieurs centaines de millions de dollars de revenus annuels, voire davantage selon le niveau de spécialisation technologique, les accords internationaux et les services associés. Des milliers d’emplois hautement qualifiés pourraient alors émerger autour de la maintenance, de la surveillance géologique, de la radioprotection, des laboratoires spécialisés et des infrastructures énergétiques associées. Contrairement aux cycles souvent instables des matières premières, une industrie de stockage géologique fonctionnerait sur plusieurs générations et exigerait une présence permanente de compétences techniques et institutionnelles.
Des milliers d’emplois hautement qualifiés pourraient émerger autour de la maintenance, de la surveillance géologique, de la radioprotection, des laboratoires et des infrastructures énergétiques associées. Contrairement aux cycles souvent instables des matières premières, une industrie de stockage géologique fonctionnerait sur plusieurs générations et exigerait une présence permanente de compétences techniques et institutionnelles.
Dans cette perspective, la question devient moins émotionnelle qu’économique et stratégique. Après avoir servi pendant des décennies comme simple réservoir de minerais pour le monde industrialisé, le sous-sol congolais pourrait-il un jour devenir une source de revenus fondée non plus uniquement sur l’extraction, mais aussi sur la gestion souveraine d’infrastructures géologiques à haute valeur stratégique ?
Le Congo doit-il continuer à absorber les coûts du monde gratuitement ?
Depuis l’époque coloniale, la République démocratique du Congo supporte une grande partie des coûts humains et environnementaux de l’économie mondiale sans bénéficier pleinement des richesses générées par son sous-sol. Les minerais congolais alimentent les batteries, les technologies, les industries militaires et les infrastructures énergétiques du monde entier, tandis que les populations locales continuent souvent de vivre au milieu de la pollution, de l’insécurité et d’infrastructures dégradées. Le Congo participe ainsi aux fondations matérielles de la prospérité mondiale, mais capte rarement les segments les plus rentables de la chaîne de valeur.
Les grandes puissances, elles, conservent généralement les activités les plus lucratives et technologiquement avancées. Le raffinage, les brevets, les technologies de pointe, les services financiers et les capacités industrielles restent largement concentrés dans les économies développées. Même la gestion des déchets hautement sensibles devient progressivement un secteur stratégique mobilisant des milliards de dollars, des centres de recherche spécialisés et des infrastructures sophistiquées. Dans ce contexte, une question dérangeante mérite d’être posée. Pourquoi les pays africains devraient-ils uniquement supporter les conséquences écologiques de l’industrialisation mondiale sans participer aussi aux revenus liés à la gestion de ses contraintes les plus complexes ?
Évidemment, une telle réflexion ne peut être dissociée des rapports de force internationaux. Le danger serait immense si le Congo devenait simplement un espace où les puissances étrangères déplacent leurs risques environnementaux sans garanties sérieuses ni contrôle souverain réel. Mais le débat mérite malgré tout d’exister, car il révèle une transformation plus profonde de l’économie mondiale. Au XXIe siècle, certaines nations pourraient devenir stratégiques non seulement pour ce qu’elles extraient du sol, mais aussi pour leur capacité à gérer, sécuriser et surveiller les infrastructures souterraines dont le reste du monde dépend progressivement.
Extrait tiré de la Tribune de Amédée Mwarabu intitulée Le marché caché des déchets nucléaires : et si la RDC y voyait une opportunité stratégique ?
