PAR JOSE M. BAKIMA DMV, MSc, PhD
Le débat est souvent formulé ainsi : faut-il rompre avec l’ancien colonisateur ? faut-il maintenir des liens privilégiés ? faut-il choisir de nouveaux partenaires ?
Le Continuisme déplacerait la question.Comment construire des relations qui augmentent simultanément la souveraineté des partenaires et leur capacité à coopérer ?Ce changement de perspective est essentiel.Le problème n’est pas seulement la domination. Le néocolonialisme est généralement défini comme la persistance de mécanismes de dépendance après les indépendances politiques.
Mais le Continuisme introduit une nuance.Une dépendance peut changer de visage. Elle peut être militaire, financière, technologique, alimentaire, numérique, culturelle, et cognitive.Changer de partenaire ne supprime pas automatiquement la dépendance.Voici une lecture à travers les cinq triptyques du paradigme kongo.
1. Dikenga – Nkodia – Mbongi
Une souveraineté durable suppose une architecture propre.Lorsqu’un État importe durablement ses institutions sans les adapter à son histoire et à ses réalités sociales, il risque de produire une faible appropriation collective.Le Mbongi rappelle que les règles durables sont celles qui peuvent être comprises, discutées et portées par la société elle-même.
2. Muela – Moyo – Nitu
La souveraineté n’est pas seulement juridique. Elle repose aussi sur la vitalité du tissu social : éducation, santé, agriculture, familles, et communautés.Une société dont le Moyo est affaibli demeure vulnérable, quels que soient ses partenaires extérieurs.
3. Kindoki – Ndoki – Kimfunia
Le véritable enjeu du XXIᵉ siècle est peut-être la maîtrise du Kindoki: science, technologie; intelligence artificielle, finance, données, et innovation.Une nation qui ne produit plus ses propres connaissances dépendra toujours des savoirs des autres.La souveraineté commence par la souveraineté cognitive.
4. Mahamba – Zinga – Muntu
Une coopération internationale durable suppose une mémoire assumée. Ni l’oubli, ni la rancœur permanente, ne suffisent à construire l’avenir.Le Zinga invite à transformer l’histoire en intelligence collective plutôt qu’en répétition des blessures.
5. Ngangu – Ngolo – Zola
La puissance (Ngolo) est nécessaire.Mais elle doit être guidée par le discernement (Ngangu) et orientée vers une coopération qui préserve la dignité des partenaires (Zola).Sans cet équilibre, la relation tend à redevenir asymétrique.
La souveraineté n’est pas l’isolement. Elle n’est pas non plus la dépendance. Elle consiste à pouvoir entrer librement dans des relations qui renforcent mutuellement les capacités des partenaires.La RDC possède un immense patrimoine écologique ; des ressources minières stratégiques ; un potentiel agricole considérable ; et une population jeune.Le défi n’est pas simplement de choisir entre la France, la Chine, les États-Unis, l’Union européenne, la Turquie ou d’autres partenaires.
Le défi est de construire une doctrine nationale capable d’évaluer toute coopération selon une même grille.Par exemple :
- augmente-t-elle les compétences nationales ?développe-t-elle la recherche locale ?
- renforce-t-elle les institutions congolaises ?
- favorise-t-elle la transformation sur place des ressources ?
- accroît-elle la capacité des générations futures ?
Si la réponse est négative, la relation risque de créer une nouvelle forme de dépendance, quel que soit le partenaire.Les doctrines classiques des relations internationales s’interrogent sur l’équilibre des puissances ou la défense des intérêts nationaux.
Le Continuisme pourrait introduire un critère supplémentaire :Toute politique étrangère devrait être évaluée selon sa capacité à produire de la continuité partagée.
Autrement dit, une coopération réussie ne se mesure pas seulement aux contrats signés ou aux investissements réalisés. Elle se mesure aussi à sa capacité à renforcer, chez chaque partenaire, les cinq dimensions fondamentales de la continuité : une architecture institutionnelle solide, un tissu social vivant, une production autonome de savoirs, une mémoire assumée et une cohésion orientée vers l’avenir.

