La reprise en Afrique subsaharienne se maintient, mais les risques augmentent
La croissance économique en Afrique subsaharienne devrait se maintenir à 4,1 % en 2026, soit un niveau inchangé par rapport à 2025, bien que les risques de ralentissement s’accentuent. La reprise de la région, amorcée après une succession de chocs mondiaux, s’essouffle, les prévisions de croissance pour 2026 ayant été révisées à la baisse de 0,3 point de pourcentage par rapport à celles publiées dans l’édition d’octobre 2025 d’Africa’s Pulse.
La demande intérieure continue de soutenir la croissance, portée par la consommation privée et l’investissement, dans un contexte de politique monétaire accommodante et d’amélioration des conditions extérieures. La dépréciation du dollar américain a atténué les pressions inflationnistes et accru les revenus des ménages dans la région. Par ailleurs, les prix élevés des métaux précieux et des produits d’exportation tels que le café et le cacao ont soutenu les recettes en 2025 et devraient encore renforcer, cette année, les positions budgétaires et extérieures des pays riches en ressources. u Les répercussions géopolitiques croissantes au Moyen-Orient, conjuguées à un lourd fardeau du service de la dette et à des faiblesses structurelles profondément ancrées, érodent les perspectives de croissance et freinent la création d’emplois. Ces risques se sont intensifiés depuis le 28 février, date à laquelle le conflit au Moyen-Orient s’est rapidement aggravé, avec notamment des attaques directes contre des installations de production d’énergie et de graves perturbations du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz. L’ampleur de l’impact sur l’Afrique subsaharienne dépendra de la durée des hostilités, de l’étendue des retombées régionales et de l’importance des dommages causés aux infrastructures essentielles. Les effets devraient se transmettre principalement par quatre canaux : le commerce, les investissements, la finance et la main-d’œuvre.
Le conflit au Moyen-Orient affectera la région principalement par le biais des échanges commerciaux, notamment en raison d’une volatilité accrue sur les marchés de l’énergie. Les prix du Brent et du gaz naturel liquéfié ont fortement augmenté, tandis que ceux des engrais ont également grimpé en flèche en raison des perturbations des livraisons via le détroit d’Ormuz. Ces bouleversements menacent les saisons de semis actuelles et futures, ce qui risque d’aggraver l’insécurité alimentaire. Les perturbations de la production alimentaire nationale et la hausse des coûts d’importation des denrées alimentaires risquent d’entraîner une augmentation des prix des denrées alimentaires. Conjuguées à la hausse des coûts des carburants, ces pressions devraient faire grimper l’inflation — en particulier dans les pays importateurs de pétrole —, ce qui pourrait inciter les banques centrales à resserrer leur politique monétaire.
Ces dernières années, les pays du Golfe se sont imposés comme des investisseurs majeurs en Afrique, leurs engagements en matière d’investissements directs étrangers dans de nouveaux projets en Afrique subsaharienne ayant dépassé les 100 milliards de dollars pour la seule période 2022-2023. Le conflit en cours risque de freiner cette dynamique, à mesure que les fonds souverains réévaluent leurs expositions et leurs priorités d’investissement, ce qui pourrait retarder la mise en œuvre de grands projets dans les secteurs de l’énergie (notamment l’hydrogène, le solaire et l’éolien), des infrastructures (ports, entrepôts et centres de données), de la logistique, des mines et de l’agriculture. Le conflit a également accru les risques pesant sur les flux d’envois de fonds, qui constituent une bouée de sauvetage essentielle pour de nombreux ménages africains, en particulier dans les pays fortement tributaires de ces transferts, tels que les Comores, la Gambie, le Lesotho et le Libéria. Un prolongement du conflit pourrait réduire encore davantage ces flux, car la baisse de la demande de main-d’œuvre, le ralentissement des embauches et l’augmentation des rapatriements affectent des secteurs tels que l’hôtellerie et la construction.
Le conflit au Moyen-Orient entraîne une double crise énergétique et alimentaire pour les pays africains, à un moment où les gouvernements sont déjà confrontés à des obligations croissantes liées au service de la dette, ce qui limite leur capacité à faire face à la crise ou à financer leurs priorités en matière de développement. Parallèlement, la baisse des financements extérieurs — en particulier la réduction de l’aide au développement — accentue ces pressions, notamment pour les pays à faible revenu. Ces défis s’inscrivent dans un contexte mondial d’incertitude politique accrue, d’intensification des tensions commerciales et de risque de resserrement soudain des conditions financières internationales, notamment sous la forme d’une hausse des primes de risque. Conjugués, ces chocs externes pourraient affaiblir les exportations et restreindre davantage l’accès au financement.
Les mesures prises par les gouvernements d’Afrique subsaharienne face au choc des prix de l’énergie varient en fonction de leur marge de manœuvre budgétaire et de leur dépendance vis-à-vis des importations de carburants. Certains pays protègent les consommateurs en réduisant ou en réaffectant les taxes sur les carburants et les fonds de stabilisation (Kenya et Namibie) ou en instaurant des subventions d’urgence aux carburants (Éthiopie), tandis que d’autres, dont la marge de manœuvre budgétaire est limitée, ont relevé les prix réglementés des carburants ou leurs plafonds (Ghana, Malawi, Mali et Tanzanie). Dans les pays aux capacités d’intervention limitées, les prix des carburants ont fortement augmenté (en Somalie et au Zimbabwe). Les subventions non ciblées aux carburants étant régressives et difficiles à supprimer, une réponse plus efficace consiste à renforcer la protection sociale ciblée et temporaire, en réorientant les ressources allouées aux subventions vers le renforcement de la préparation aux chocs et de la capacité d’intervention, tout en mettant en place un soutien rapide et évolutif — notamment des mesures à court terme visant à améliorer l’accès à l’emploi, en particulier dans les chaînes de valeur agricoles rurales.
Le ralentissement accentué de l’inflation en Afrique se heure à des risques de chocs géopolitiques de plus en plus importants
Avant le conflit, l’inflation était en recul dans un nombre croissant de pays d’Afrique subsaharienne, même si le rythme de cette désinflation variait considérablement d’un pays à l’autre. Le taux d’inflation médian dans la région est passé de 4,4 % en 2024 à 3,7% en 2025. Il devrait toutefois remonter à 4,8 % en 2026 — principalement sous l’effet des répercussions escomptées du conflit au Moyen-Orient — avant de redescendre à environ 3,8 % au cours de la période de prévision 2027-2028. En 2025, près de 70 % des économies de la région (33 sur 47) ont connu un ralentissement de l’inflation.
Cette période de désinflation s’explique par le recul des prix mondiaux des carburants et des denrées alimentaires, l’amélioration des balances extérieures, l’appréciation et la stabilisation des monnaies, ainsi que par le resserrement des politiques monétaires. Avant le conflit actuel au Moyen-Orient, les prix internationaux des denrées alimentaires et des carburants avaient poursuivi leur baisse en 2025, sous l’effet d’une offre accrue. L’appréciation des monnaies africaines reflète, quant à elle, l’amélioration des conditions financières (tant mondiales que nationales), l’augmentation des entrées de devises étrangères liées aux réformes des marchés, la hausse des recettes d’exportation portée par l’augmentation des prix des matières premières (notamment les métaux, les minéraux et les boissons), ainsi que l’affaiblissement du dollar américain. La désinflation rapide observée dans des pays tels que l’Angola, l’Éthiopie, le Ghana et le Nigeria ouvre la voie à un nouvel assouplissement de la politique monétaire. Toutefois, des risques à la hausse pèsent toujours sur l’inflation : l’incertitude mondiale, l’appréciation du dollar en raison du conflit au Moyen-Orient et les dérapages budgétaires nationaux pourraient raviver les pressions inflationnistes et ralentir, voire inverser, le processus de normalisation de la politique monétaire.
L’assainissement budgétaire progresse, mais le poids de la dette et les pressions liées à son service restent élevés u Les déficits budgétaires primaires en Afrique subsaharienne devraient être proches de l’équilibre sur la période de 2026-2028, après une amélioration progressive depuis 2021. Les gouvernements poursuivent leurs efforts pour mieux aligner les recettes sur les dépenses primaires. Le déficit primaire régional est passé d’un pic de 3,2 % du produit intérieur brut (PIB) en 2020 à une prévision de 0,7 % du PIB en 2025, l’équilibre budgétaire étant attendu en 2026. Entre 2024 et 2026, le solde primaire devrait s’améliorer dans 30 des 47 pays de la région.
Malgré ces progrès, le déficit global reste élevé en raison du niveau toujours élevé des paiements nets d’intérêts sur la dette publique. Dans quatre pays africains sur cinq, le montant croissant des paiements d’intérêts dépasse les dépenses publiques consacrées à la santé ou à l’éducation. Le déficit budgétaire devrait passer de 5,6 % en 2020 à 3,5 % en 2026, puis se réduire encore à 3,1 % en 2027-2028. Les paiements d’intérêts sur la dette publique devraient osciller entre 2,9 % et 3,2 % du PIB au cours de la période 2023–2026. u Les ratios d’endettement public en Afrique subsaharienne commencent à se stabiliser après une décennie d’accumulation rapide, mais les vulnérabilités restent prononcées. La région est actuellement confrontée à un contexte marqué par la gestion d’encours de dette élevés, une baisse des décaissements, un resserrement des conditions de financement, des pressions accrues liées aux remboursements et un risque renforcé de chocs externes.
Les pressions liées au service de la dette extérieure s’intensifient malgré la stabilisation des encours. Le ratio du service de la dette publique extérieure par rapport aux recettes devrait augmenter, passant de 15,4 % en 2024 à environ 18,2 % en 2025. La région est confrontée à une forte augmentation des amortissements : les remboursements de principal sont passés de 37 milliards de dollars en 2024 à 59,2 milliards de dollars en 2025 sous l’effet des échéances de prêts bancaires commerciaux, de la hausse des remboursements d’obligations et de la reprise des paiements dans le cadre des restructurations. Ces remboursements devraient se stabiliser à un niveau élevé, soit entre 47 et 50 milliards de dollars par an, au cours de la période 2026-2028.
Les vulnérabilités liées à l’endettement restent à des niveaux historiquement élevés, reflétant davantage un endiguement qu’une résolution des tensions apparues pendant la pandémie de COVID-19 et du cycle de resserrement de la politique monétaire mondiale qui a suivi. À la fin de 2025, près de la moitié des pays de la région (25 sur 48) étaient classés comme présentant un risque élevé de surendettement ou déjà en situation de surendettement — dont 22 pays sur les 25 à faible revenu et à revenu intermédiaire de la tranche inférieure. Ce constat souligne la résilience encore limitée des économies les plus pauvres de la région.
Résumé du Rapport de la Banque mondiale publié en avril 2026
RAPPORT DU BUREAU DE L’ÉCONOMISTE
EN CHEF DE LA RÉGION AFRIQUE

