Dans un post publié sur son compte X le 8 aout 2026, le député national, élu de Kasongo Lunda, Flory Mapamboli a relevé ce qu’il a qualifié de paradoxe dans l’endettement du Gouvernement congolais à travers l’eurobond levé sur le marché financier international en avril dernier. Pour Flory Mapamboli, le Gouvernement, du fait qu’il n’a décaissé jusqu’ici seulement 138 millions USD sur les 1,25 milliard USD, aurait levé cet emprunt trop tôt et qu’il pourrait coûter inutilement plus cher au pays, surtout que la tranche de 650 millions USD ne sera utilisée qu’en 2027.
En réponse à cette analyse de l’élu de Kasongo Lunda, le Conseiller fiscal au ministère des Finances, Dieudo Ntumba, vient de répliquer en faisant la mise au point ci-après.
Cette lecture est erronée, car elle assimile un Eurobond souverain à une simple ligne de crédit bancaire. Plusieurs éléments méritent donc d’être précisés, selon une analyse publiée par Dieudonné NTUMBA KASONGA, conseiller fiscal niau ministère des Finances, qui apporte une nuance de taille sur la nature d’un Eurobond souverain.
1. Un Eurobond n’est pas une ligne de crédit.
La RDC ne pouvait pas considérer comme acquis qu’elle pourrait revenir dans 6 ou 12 mois sur les marchés internationaux, au même montant et surtout au même taux. L’émission permet donc aussi de sécuriser dès maintenant le financement des projets et de réduire le risque de refinancement.
2. Les 114,25 millions USD d’intérêts annuels ne sont pas le coût de l’argent « inutilisé ».
Ce montant correspond aux intérêts annuels de l’intégralité de l’Eurobond de 1,25 milliard USD. Les ressources qui n’ont pas encore été décaissées sont temporairement placées et génèrent des revenus qui réduisent le coût net de portage.
3. Le niveau des décaissements ne signifie pas que les fonds sont inutilement immobilisés.
Les quelque 138 millions USD déjà décaissés correspondent à des projets dont l’exécution permet les paiements. Les décaissements publics suivent les travaux réalisés, les jalons contractuels et les contrôles requis.
Décaisser plus vite ne signifie pas mieux gérer. Une dépense publique doit d’abord être justifiée, contrôlée et conforme à l’avancement réel des projets.
4. L’Eurobond finance des investissements, pas des dépenses courantes.
Les ressources sont destinées à des infrastructures structurantes, notamment la RN4, les aéroports, la Rocade de Kinshasa et des projets énergétiques, avec pour objectif d’accroître durablement le potentiel économique de la RDC.
5. La gestion de la dette ne se résume pas au calcul des intérêts.
Une gestion souveraine responsable doit arbitrer entre coût, risque et disponibilité du financement. Réduire l’analyse au seul coût de portage des sommes momentanément non décaissées revient donc à ignorer une partie essentielle de l’équation financière.
Enfin, cette première émission constitue une référence internationale pour la RDC et contribue à élargir sa base d’investisseurs pour les futurs financements.
En définitive, Flory Mampaboli se trompe lorsqu’il présente les fonds non encore décaissés comme de l’argent simplement « inutilisé » et l’Eurobond comme un financement qui aurait pu être mobilisé progressivement à la manière d’une ligne de crédit.
La question n’est pas seulement de savoir quand chaque dollar sera dépensé. Elle est aussi de savoir si la République a sécurisé au bon moment, au bon coût et avec un niveau de risque maîtrisé les ressources nécessaires à ses investissements structurants.
Le débat sur la dette publique est nécessaire. Mais il doit reposer sur une lecture complète des mécanismes financiers, et non sur une comparaison erronée entre un Eurobond souverain et une ligne de crédit bancaire.



