Doudou Fwamba, ministre des Finances Doudou Fwamba, ministre des Finances 

Lorsqu’on s’endette, un principe universel de bonne gestion financière veut que les fonds mobilisés soient affectés, autant que possible, aux besoins pour lesquels ils ont été levés, au moment où ces besoins se matérialisent.

C’est pourquoi une entreprise sollicite souvent une ligne de crédit plutôt que de mobiliser immédiatement la totalité d’un financement dont elle n’aura besoin que progressivement.

Pour l’État, lorsqu’il s’agit de financer des investissements structurants, la même logique commande de lisser les émissions de dette en fonction du calendrier d’exécution des projets et des plans prévisionnels de décaissement.

L’objectif est simple : ne pas payer inutilement des intérêts sur de l’argent dont on n’a pas encore besoin.

Revenons maintenant à la RDC.

1- 1,25 milliard USD mobilisé dès avril 2026. Selon le Gouvernement, seuls 650 M$ seront utilisés cette année. Cela signifie que 600 M$ ne le seront pas en 2026, alors qu’ils produisent déjà des intérêts.

Sur neuf mois, le coût brut de portage de ces 600 M$ peut approcher 41 M$. Même placés à 3,5 %, le coût net resterait de l’ordre de 25 M$.

Et ces 600 M$ ne seront évidemment pas tous dépensés le 1er janvier 2027.

Avions-nous réellement besoin de cet argent dès avril 2026 ?

2- Sur les 650 M$ prévus cette année, 138 M$ seulement ont été effectivement payés aux entreprises à ce jour.

Ces 138 M$ ont bien été dépensés. Mais ce chiffre révèle surtout le rythme réel d’absorption des projets.

Les prochaines factures arriveront progressivement, au rythme de l’exécution des travaux. Les 512 M$ restants ne seront donc pas absorbés instantanément.

La thésaurisation risque ainsi de durer. Et chaque jour pendant lequel des ressources empruntées restent inutilisées a un coût.

3- Autre paradoxe : une partie des fonds de l’Eurobond est placée auprès des banques commerciales alors que l’État continue à emprunter sur le marché intérieur à travers les bons et obligations du Trésor.

Il faut donc apprécier le coût consolidé de notre trésorerie et de notre dette, et pas seulement le rendement obtenu sur les dépôts.

4- Cet Eurobond représente environ 317.000 USD d’intérêts par jour, 9,5 M$ par mois et 114,2 M$ par an.

Je ne discute pas ici de la pertinence économique des projets financés. Je suppose que le Gouvernement a correctement établi ses priorités et évalué leur rentabilité.

Mon interrogation porte sur le timing de l’endettement : fallait-il mobiliser l’intégralité des 1,25 milliard USD dès avril alors que les besoins de paiement sont manifestement progressifs ?

Enfin, la gestion de la dette, de la trésorerie et de l’exécution des investissements relève du Gouvernement.

Par respect pour nos institutions, cessons d’associer systématiquement le Président de la République aux débats portant sur des décisions relevant de la responsabilité gouvernementale.

À l’UDPS, la pensée unique n’existe pas. Être de la majorité ne signifie pas renoncer à son esprit critique.

Lorsque l’opposition est faible ou insuffisamment outillée, nous devons aussi être capables d’évaluer et de critiquer nos propres politiques publiques.

La question n’est donc pas de savoir si la RDC doit s’endetter. Elle est de savoir si nous nous endettons au bon montant, au bon coût et, surtout, au bon moment.

Flory Mapamboli,

Député national 

By amedee

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