Des femmes paysannes dans un champ. Photo d'illustrationDes femmes paysannes dans un champ. Photo d'illustration

PAR JOSE M. BAKIMA

Résumé

La République démocratique du Congo est généralement décrite à travers l’abondance de son sous-sol : cuivre, cobalt, or, coltan, pétrole, gaz et autres ressources minières. Cette représentation, devenue presque constitutive de son image internationale, laisse pourtant dans l’ombre une autre richesse, plus discrète et plus fondamentale : le sol, l’eau, la biodiversité, les communautés qui cultivent et la capacité collective à produire, transformer, conserver et distribuer les aliments.

Le présent article propose de déplacer le regard. Il ne s’agit pas d’opposer mécaniquement agriculture et exploitation minière, ni de nier l’importance économique du sous-sol. Il s’agit de poser une question plus fondamentale : quelle relation une société entretient-elle entre ses ressources, son territoire et la reproduction de la vie ?

À la lumière du paradigme continuiste, le problème n’est donc pas la présence du minerai. Il apparaît lorsque la richesse extraite du territoire ne se transforme pas suffisamment en capacités durables de production, de connaissance, d’infrastructure, de transmission et de bien-être.

La « revanche du sol sur le sous-sol » désigne ainsi moins un affrontement entre deux ressources qu’une réarticulation des relations qui permettent à une société de demeurer vivante, productive et souveraine.

  1. PARTIR DU CONCRET

Il faut commencer par un paradoxe. La RDC dispose d’un potentiel agricole considérable et demeure pourtant dépendante des importations alimentaires. La Banque mondiale souligne l’étendue exceptionnelle de ses terres agricoles et de ses ressources en eau, tandis que la FAO estime que le pays consacre chaque année plusieurs milliards de dollars aux importations alimentaires.

Le problème n’est donc pas simplement l’absence de ressources. Il est celui de la conversion des ressources en capacités. Une terre ne devient pas automatiquement une capacité productive parce qu’elle est fertile.

Entre la terre et l’aliment existent la semence ; le savoir agronomique ; l’eau ; les outils ; l’énergie ; le financement ; la main-d’œuvre ; la transformation ; le stockage ; le transport ; le marché ; l’information ; la continuité de la transmission.

La production agricole est donc une relation. C’est précisément ici que commence la lecture continuiste.

  1. LE TERRITOIRE N’EST PAS UN STOCK

Une conception strictement extractive tend à regarder le territoire comme un ensemble de stocks disponibles : minerai, pétrole, bois, terre, eau, biodiversité.

Le paradigme continuiste introduit une autre question : Quelles relations permettent à ces éléments de produire et de reproduire la vie ?

Le territoire n’est alors plus un simple contenant de ressources. Il devient un tissu de relations.

Le sol relie la plante et l’animal ; l’eau et la production ; le producteur et le marché ; la famille et la communauté ; la connaissance et la pratique ; la génération présente et les générations futures.

Détruire une de ces relations ne signifie pas nécessairement détruire immédiatement une ressource. Cela peut signifier quelque chose de plus profond : détruire une capacité de reproduction.

Une terre peut demeurer physiquement présente tout en perdant progressivement sa fonction productive.

Une rivière peut continuer à couler tout en cessant d’assurer correctement ses fonctions économiques et écologiques.

Une communauté peut demeurer juridiquement installée sur un territoire tout en perdant les savoirs qui lui permettaient d’en vivre.

Le réel territorial doit donc être lu dans ses relations et non seulement dans ses stocks.

III. LE SOL : UNE INFRASTRUCTURE DU VIVANT

Le sol est souvent considéré comme une simple surface foncière. Dans une lecture continuiste, il est davantage. Il constitue une infrastructure biologique. Il reçoit, transforme, conserve et transmet.

Il est traversé par l’eau, les racines, les microorganismes, les animaux, les cycles organiques et le travail humain.

Il relie le présent au futur.

C’est pourquoi la valeur d’un sol ne peut être réduite au prix auquel une parcelle peut être vendue. Une terre agricole possède une valeur productive, écologique, sociale et intergénérationnelle. Elle porte une capacité.

Cette distinction est fondamentale : La richesse est ce que le territoire possède ; la capacité est ce que le territoire permet durablement de faire.

Or la souveraineté dépend davantage des capacités que des stocks.

Un pays peut posséder du cobalt sans maîtriser suffisamment les chaînes industrielles qui lui donnent sa valeur. Il peut posséder des forêts sans maîtriser leur transformation. Il peut posséder du pétrole sans disposer d’une sécurité énergétique complète. De la même manière, il peut posséder d’immenses terres agricoles sans disposer d’une véritable sécurité alimentaire.

La question continuiste devient alors : Que devient la ressource lorsqu’elle entre dans le tissu des relations humaines ?

  1. DU STOCK À LA CAPACITÉ

Le sous-sol et le sol ne doivent donc pas être opposés comme deux ennemis.

Ils correspondent à deux temporalités différentes.

Le sous-sol contient des ressources accumulées sur des temps géologiques.

Le sol, lui, participe à des cycles biologiques qui doivent être continuellement entretenus.

Le minerai extrait ne se renouvelle pas à l’échelle humaine.

La fertilité, elle, peut être entretenue, restaurée et transmise — mais elle peut également être dégradée.

Cette différence produit une conséquence majeure.

Le sous-sol peut procurer rapidement une rente.

Le sol exige une continuité.

Il faut semer avant de récolter.

Il faut entretenir avant de produire.

Il faut transmettre avant de pouvoir reproduire une compétence.

Il faut investir avant de disposer d’une infrastructure fonctionnelle.

La temporalité agricole est donc profondément continuiste :

préparer → produire → récolter → transformer → consommer → restituer → recommencer.

La production n’est pas un événement.

Elle est un cycle.

  1. LA DÉPENDANCE ALIMENTAIRE COMME RUPTURE DE RELATION

La dépendance alimentaire ne signifie pas simplement qu’un pays achète des aliments à l’étranger.

Le commerce international n’est pas en soi une faiblesse.

Une société peut parfaitement importer certains produits tout en demeurant souveraine.

Le problème apparaît lorsque l’importation devient le substitut permanent d’une capacité productive qui pourrait être construite ou restaurée.

La question n’est donc pas :

« Pourquoi importons-nous ? »

mais :

« Quelle capacité nous manque pour produire, conserver, transformer ou distribuer ce que nous sommes obligés d’importer ? »

Cette formulation change entièrement le diagnostic.

Elle déplace l’attention du produit vers la chaîne.

Un pays peut manquer de nourriture parce qu’il produit insuffisamment.

Mais il peut aussi produire suffisamment et perdre une partie importante de sa production faute de stockage, de transformation ou de transport.

La sécurité alimentaire est donc une chaîne de continuité.

  1. LE NŒUD ALIMENTAIRE

La chaîne alimentaire peut être représentée comme une succession de capacités :

sol → semence → eau → production → récolte → collecte → stockage → transformation → transport → marché → consommation → renouvellement.

Une rupture à n’importe quel niveau peut réduire fortement la capacité du système.

C’est pourquoi une politique agricole limitée à l’augmentation des superficies cultivées ne suffit pas.

Cultiver davantage sans pouvoir conserver les récoltes peut accroître les pertes.

Produire davantage sans routes ni marchés peut réduire la valeur économique de la production.

Transformer davantage sans énergie fiable peut créer une nouvelle dépendance.

Financer davantage sans sécuriser le foncier peut fragiliser l’investissement.

La logique continuiste oblige donc à regarder la chaîne entière.

Le développement agricole n’est pas une addition de ministères ou de programmes.

Il est un système de relations.

VII. LE BASSIN TERRITORIAL : RETROUVER LA RELATION

Cette logique conduit naturellement à une autre unité de pensée : le bassin territorial.

Le bassin n’est pas seulement une circonscription administrative.

Il est un espace dans lequel plusieurs fonctions se rencontrent :

terre → eau → production → transformation → transport → marché → population.

Il permet de sortir du cloisonnement.

L’agriculture cesse d’être séparée artificiellement :

  • de l’eau ;
  • de l’énergie ;
  • du foncier ;
  • des routes ;
  • de la recherche ;
  • de l’industrie ;
  • de la finance ;
  • de la formation.

Le bassin devient ainsi un espace de coordination des capacités.

Cette approche rejoint une règle générale du paradigme :

Une fonction ne peut être comprise isolément lorsqu’elle dépend de relations multiples pour produire son effet.

Le champ n’est pas seulement agricole.

Il est aussi foncier, hydraulique, énergétique, logistique, économique, social et écologique.

VIII. NGANGU : CONNAÎTRE AVANT D’AGIR

La première condition d’une transformation productive est la connaissance.

Ngangu ne doit pas être réduit à une connaissance abstraite.

Il désigne ici la capacité à comprendre les relations qui rendent l’action efficace.

Connaître un territoire, c’est connaître :

  • ses sols ;
  • ses climats ;
  • ses cycles hydrologiques ;
  • ses cultures ;
  • ses espèces ;
  • ses systèmes d’élevage ;
  • ses contraintes ;
  • ses voies de transport ;
  • ses marchés ;
  • ses savoirs locaux ;
  • ses besoins technologiques.

La modernisation véritable ne consiste donc pas à remplacer systématiquement les savoirs locaux par des techniques importées.

Elle consiste à mettre les savoirs en relation.

Le savoir scientifique peut rencontrer l’expérience paysanne.

L’agronomie peut rencontrer l’observation locale.

La recherche peut rencontrer la pratique.

La technologie peut rencontrer les contraintes réelles du territoire.

La capacité apparaît précisément dans cette rencontre.

  1. NGOLO : TRANSFORMER LA CONNAISSANCE EN CAPACITÉ

La connaissance qui ne devient jamais capacité reste inachevée.

Ngolo désigne ici la puissance d’agir.

Mais la puissance ne réside pas uniquement dans la force physique ou financière.

Une semence maîtrisée est une capacité.

Une machine que l’on sait réparer est une capacité.

Une route entretenue est une capacité.

Une chaîne de froid fonctionnelle est une capacité.

Un crédit adapté au cycle agricole est une capacité.

Un laboratoire capable de produire ou d’adapter des semences est une capacité.

Une communauté capable de transmettre ses connaissances est une capacité.

Ainsi, la véritable puissance productive d’un pays réside moins dans la quantité de ressources qu’il possède que dans la quantité de capacités qu’il sait reproduire.

C’est ici que le sous-sol retrouve sa place.

Le minerai peut devenir puissance s’il est converti en :

infrastructures → compétences → industrie → recherche → capital → production → transmission.

S’il est simplement extrait et exporté, une partie importante de sa capacité potentielle demeure extérieure au territoire.

  1. ZOLA : À QUOI LA PUISSANCE EST-ELLE DESTINÉE ?

Ngangu et Ngolo ne suffisent pas.

Une société peut connaître et pouvoir agir tout en utilisant sa puissance contre sa propre continuité.

Il faut donc introduire Zola.

Dans cette lecture, Zola n’est pas une « fréquence » mesurable.

Il désigne une orientation de la puissance vers la relation, la vie et la continuité.

La question devient alors :

Pour quoi produisons-nous ?

Une agriculture orientée uniquement vers la rente peut épuiser les sols.

Une exploitation minière orientée uniquement vers l’extraction peut laisser derrière elle des territoires déstructurés.

Une politique industrielle orientée uniquement vers l’exportation peut créer des capacités sans assurer leur appropriation nationale.

Ngangu donne la compréhension.

Ngolo donne la capacité d’agir.

Zola donne l’orientation.

La relation entre les trois peut être formulée ainsi :

Connaître sans pouvoir agir est impuissant.
Pouvoir agir sans orientation peut devenir destructeur.
Orienter sans connaître demeure insuffisant.

  1. LE SOUS-SOL : DE LA RENTE À LA CAPACITÉ

La question n’est donc pas de renoncer au sous-sol.

La RDC ne peut pas faire comme si elle ne disposait pas d’une richesse minérale exceptionnelle.

La question est celle de la conversion.

Que devient la rente minière ?

Est-elle consommée ?

Est-elle exportée ?

Est-elle transformée en infrastructures ?

Finance-t-elle la recherche ?

Contribue-t-elle à la formation ?

Permet-elle de développer l’agriculture ?

Finance-t-elle l’énergie et les transports ?

Contribue-t-elle à constituer un capital transmissible ?

Le principe continuiste est simple :

Une richesse temporaire doit être convertie en capacité durable.

C’est dans cette perspective que la rente issue du sous-sol peut participer à la revanche du sol.

Le sous-sol ne devient pas l’ennemi du sol.

Il devient l’un des moyens de renforcer le sol.

XII. LA VALEUR AJOUTÉE ET LA QUESTION DU TEMPS

Extraire une ressource et l’exporter produit une valeur.

Mais transformer cette ressource sur le territoire peut créer davantage de relations économiques :

emploi, compétences, infrastructures, recherche, sous-traitance, fiscalité, capital industriel.

La question de la transformation locale n’est donc pas uniquement commerciale.

Elle est temporelle.

L’exportation d’une matière première transfère une partie importante de la chaîne de transformation ailleurs.

La transformation locale maintient davantage de relations productives dans le territoire.

Or plus les relations productives demeurent dans le territoire, plus celui-ci peut accumuler des capacités.

Le principe peut être formulé ainsi :

La souveraineté économique consiste moins à posséder une ressource qu’à maîtriser progressivement les relations qui permettent de la transformer en capacité.

XIII. LE SOL COMME ESPACE DE TRANSMISSION

Il existe cependant une dimension plus profonde.

L’agriculture n’est pas seulement production de nourriture.

Elle est aussi transmission.

Un enfant apprend :

  • les saisons ;
  • les plantes ;
  • les animaux ;
  • les sols ;
  • les instruments ;
  • les pratiques ;
  • les rythmes ;
  • les relations entre générations.

Une communauté agricole transmet donc une partie de son intelligence du territoire.

Lorsque cette transmission disparaît, ce n’est pas seulement une technique qui disparaît.

C’est une partie de la mémoire territoriale.

Le Zinga, dans cette perspective, peut être lu comme continuité du vivant.

Le sol devient alors l’un des lieux où cette continuité se matérialise.

Muntu → terre → savoir → production → transmission → génération suivante.

La sécurité alimentaire est donc également une question de continuité humaine.

XIV. LE TERRITOIRE COMME MBONGI PRODUCTIF

Le Mbongi permet d’aller plus loin.

Il n’est pas seulement un espace où l’on parle.

Il est un espace où les relations deviennent conscientes, où les fonctions se rencontrent et où les décisions peuvent être ajustées au réel.

Appliqué au territoire productif, le Mbongi suppose que :

  • les producteurs soient entendus ;
  • les communautés participent à la gestion de leur espace ;
  • les scientifiques apportent leurs connaissances ;
  • les entreprises organisent la transformation ;
  • les pouvoirs publics assurent la cohérence ;
  • les infrastructures relient les fonctions ;
  • les générations futures soient prises en compte.

Le territoire devient ainsi un Mbongi productif.

Ce n’est plus la juxtaposition de secteurs administratifs.

C’est un système de relations.

  1. KIMBANGI : MESURER LE RÉEL

Toute politique productive doit cependant commencer par le Kimbangi : le témoignage du réel.

Il faut savoir :

  • combien le territoire produit ;
  • où il produit ;
  • ce qui est perdu ;
  • ce qui est transformé ;
  • ce qui est importé ;
  • où se situent les dépendances ;
  • quelles capacités existent réellement ;
  • quelles infrastructures manquent ;
  • quelles compétences sont disponibles.

Il faut surtout distinguer les données établies des estimations, des hypothèses et des slogans.

La souveraineté commence par une connaissance honnête de sa propre situation.

Le Kimbangi interdit donc de confondre désir et réalité.

XVI. KIMFUMU : LA SOUVERAINETÉ COMME CAPACITÉ

Dans cette perspective, Kimfumu ne se réduit pas à l’exercice juridique d’une autorité.

Il peut être compris comme la capacité d’une communauté politique à décider de son devenir à partir de capacités réelles.

Un État qui possède un territoire mais ne peut pas assurer ses chaînes alimentaires essentielles possède juridiquement sa souveraineté, mais demeure vulnérable dans l’exercice concret de celle-ci.

Un État qui possède des minerais mais ne peut transformer une part significative de leur rente en capacités durables demeure dépendant de relations qu’il ne maîtrise pas entièrement.

La souveraineté devient donc une question de capacité.

La souveraineté ne se proclame pas seulement. Elle se produit.

Elle se produit par :

la connaissance → la production → l’organisation → la transmission → la capacité de décider.

XVII. KINYADI : ORGANISER LA CONTINUITÉ

La dernière étape est celle du Kinyadi.

Connaître le territoire ne suffit pas.

Produire ne suffit pas.

Posséder des ressources ne suffit pas.

Il faut organiser les relations.

C’est ici que se pose la question institutionnelle.

Mais la logique continuiste impose de ne pas commencer par les institutions.

Elle commence par les fonctions :

fonction → relation → capacité → responsabilité → institution.

Ainsi, avant de décider de créer une banque agricole, une société de transport, une agence de bassin ou une entreprise publique, il faut poser la question :

Quelle fonction doit être garantie ?

Puis :

Quelles relations cette fonction exige-t-elle ?

Puis :

Quelle capacité faut-il construire ?

Puis :

Qui en porte la responsabilité ?

L’institution vient ensuite.

Elle est la cristallisation d’une fonction devenue suffisamment stable pour être organisée.

XVIII. LA REVANCHE DU SOL

La « revanche du sol » ne signifie donc pas la victoire du champ sur la mine.

Elle signifie le retour du territoire vivant dans le centre de la pensée économique.

Pendant longtemps, la richesse congolaise a été racontée principalement à partir de ce qui se trouve sous terre.

Le paradigme continuiste propose de poser une autre question :

Que faut-il construire à partir de ce qui se trouve sur et sous la terre pour que le vivant puisse continuer ?

Le sous-sol donne des ressources.

Le sol donne des cycles.

Le minerai peut produire une rente.

Le sol peut produire chaque année.

Le sous-sol appartient au temps géologique.

Le sol appartient au temps biologique et humain.

La puissance véritable naît de leur articulation.

XIX. DE LA RENTE À LA CONTINUITÉ

La question congolaise pourrait ainsi être reformulée en une seule chaîne :

Ressource → revenu → investissement → capacité → production → transmission → continuité.

Si la chaîne s’interrompt au revenu, la richesse reste une rente.

Si elle atteint l’investissement, elle devient capital.

Si elle atteint la capacité, elle devient puissance productive.

Si elle atteint la transmission, elle devient patrimoine.

Si elle atteint plusieurs générations, elle devient continuité.

C’est ici que le paradigme continuiste apporte sa contribution spécifique.

Il ne demande pas seulement :

Combien possédons-nous ?

Il demande :

Qu’est-ce que ce que nous possédons nous permet de reproduire ?

Et surtout :

Que laisserons-nous capable de fonctionner après nous ?

  1. UNE NOUVELLE LECTURE DU DÉVELOPPEMENT

Le développement de la RDC ne peut donc être pensé uniquement comme croissance du produit intérieur, augmentation des exportations ou exploitation accrue des ressources.

Il doit également être mesuré par la croissance des capacités territoriales.

Un pays devient plus capable lorsque :

  • ses sols sont mieux connus et entretenus ;
  • ses producteurs ont accès aux moyens de production ;
  • ses récoltes sont conservées ;
  • ses produits sont transformés ;
  • ses territoires sont reliés ;
  • ses compétences sont transmises ;
  • ses infrastructures sont entretenues ;
  • ses ressources financent des capacités durables ;
  • ses communautés participent à la production de leur propre avenir.

Le développement devient alors une augmentation de la capacité relationnelle du territoire.

XXI. DE L’ÉCONOMIE EXTRACTIVE À L’ÉCONOMIE DE LA CONTINUITÉ

L’économie extractive demande principalement :

Que pouvons-nous extraire du territoire ?

L’économie continuiste pose une autre question :

Quelles capacités pouvons-nous faire émerger du territoire sans détruire les relations qui permettent sa reproduction ?

Cette différence est fondamentale.

La première regarde principalement la ressource.

La seconde regarde le système.

La première mesure l’extraction.

La seconde mesure la capacité.

La première privilégie le présent de la rente.

La seconde introduit le temps long.

La première peut produire de la richesse sans nécessairement produire de la souveraineté.

La seconde cherche à transformer la richesse en capacité transmissible.

XXII. LE PRINCIPE DU SOL

Il est alors possible de formuler le principe général de cette réflexion :

Tout territoire qui extrait davantage qu’il ne transforme en capacités reproductibles accroît sa richesse immédiate sans nécessairement accroître sa puissance durable.

Inversement :

Tout territoire qui transforme ses ressources en capacités de production, de connaissance, d’organisation et de transmission augmente sa capacité à demeurer lui-même dans le temps.

La question du sol et du sous-sol devient ainsi une question de continuité.

Conclusion — Du sous-sol au vivant

La RDC n’a pas à choisir entre son sous-sol et son sol.

Elle doit sortir d’une relation dans laquelle l’un peut être exploité sans renforcer suffisamment l’autre.

Le minerai n’est pas le problème.

La question est ce que nous en faisons.

La terre n’est pas seulement une superficie.

Elle est une relation vivante.

L’agriculture n’est pas seulement une activité économique.

Elle est une capacité de reproduction.

Le territoire n’est pas seulement un espace administratif.

Il est le tissu dans lequel se rencontrent les capacités humaines, biologiques, économiques et institutionnelles.

Le développement véritable commence lorsque la richesse cesse d’être seulement extraite et commence à être transformée en capacité.

Alors le mouvement peut être inversé :

  • du stock vers la capacité,
  • de la rente vers l’investissement,
  • de l’extraction vers la transformation,
  • de la dépendance vers l’interdépendance maîtrisée,
  • de la consommation vers la transmission,
  • du territoire exploité vers le territoire vivant.

C’est en ce sens que peut être comprise la revanche du sol sur le sous-sol.

Non comme une guerre entre deux richesses,

mais comme la restauration d’une relation.

Car le sous-sol peut enrichir un État.

Mais seul un territoire vivant peut durablement faire vivre un peuple.

 

By amedee

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