L’alerte récente du FMI sur l’alourdissement de la masse salariale publique ne constitue pas un simple commentaire technique. Lorsqu’une institution internationale formule publiquement un diagnostic prescriptif sur l’orientation budgétaire d’un État, cette prise de position frôle inévitablement une tension avec l’exercice plein de la souveraineté nationale. Elle peut, dans un pays à mémoire historique complexe, réactiver la perception d’une tonalité paternaliste, voire d’un écho colonial. Pourtant, si cette perception existe, elle ne trouve pas sa source uniquement dans l’extérieur. Elle révèle d’abord une fragilité interne.
Une question s’impose alors avec la même exigence de clarté. Où se trouvaient les experts du FMI au moment de l’élaboration budgétaire, lorsque la structure des dépenses privilégiait déjà le fonctionnement administratif au détriment de l’investissement productif, lorsque les déséquilibres étaient inscrits dans les projections officielles. La prévention technique précède normalement l’alerte publique. Valait-il mieux prévenir lors de la construction budgétaire plutôt que d’alarmer après publication. Intervenir une fois le budget adopté interroge le séquençage de la vigilance internationale autant que celui de la responsabilité nationale.
Lorsque le cadrage structurant de nos déséquilibres budgétaires émerge d’une institution extérieure avant d’être consolidé par nos propres autorités stratégiques, le centre de gravité analytique se déplace. Le débat public contribue lui aussi à l’appauvrissement du diagnostic. La controverse aujourd’hui enflammée par certains responsables politiques, tels que le député national Gode Mpoyi, se concentre presque exclusivement sur la masse salariale publique sans analyse consolidée de la structure globale des dépenses, des dépassements budgétaires récurrents et de la cohérence intertemporelle des arbitrages. Réduire le déséquilibre à une variable unique simplifie le discours, mais ne traite ni la composition réelle de la dépense ni la faiblesse persistante de l’investissement productif.
Il faut le reconnaître avec lucidité. Si des institutions comme le FMI ou la Banque mondiale occupent l’espace analytique et semblent fixer les termes du débat, c’est aussi parce que nous avons laissé notre propre production stratégique s’affaiblir. Lorsque la part consacrée au fonctionnement administratif dépasse durablement celle dédiée à la transformation productive, le contrat économique implicite se fragilise. Lorsque le retard de paiement du secteur public devient le symbole dominant du déséquilibre, nous risquons de confondre symptôme et structure. Si nous n’organisons pas nous-mêmes l’architecture de notre diagnostic budgétaire et monétaire, d’autres le feront à notre place. Ce n’est pas une fatalité historique. C’est une conséquence institutionnelle.
La souveraineté se construit dans l’anticipation, dans la cohérence budgétaire et dans la capacité à produire une analyse interne suffisamment robuste pour ne pas être dominée par le regard extérieur.
Extrait tiré de la Tribune de Jo Sekimonyo intitulé » Wameso persiste à mobiliser des « académiques morts-vivants » face à un débat qu’ils ne maîtrisent »
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