PAR JOSE M. BAKIMA DMV, MSc, PhD

Une journaliste belge écrit :

« Le Congo n’a d’autre ami que lui-même. »

Cette phrase peut paraître rude.

Elle peut même paraître triste.

Pourtant elle mérite d’être méditée.

Depuis l’indépendance, les Congolais ont souvent espéré trouver à l’extérieur les solutions aux problèmes de leur pays.

Les uns ont espéré les anciennes puissances coloniales.

D’autres ont espéré les États-Unis.

D’autres encore l’Union soviétique, la Chine, l’Europe, les Nations unies, les institutions financières internationales ou les organisations régionales africaines.

Chaque époque a eu ses espérances.

Chaque époque a eu ses désillusions.

Non parce que le monde serait peuplé d’ennemis.

Mais parce qu’aucune nation ne peut vivre durablement de l’énergie des autres.

Les États ont des intérêts.

Les peuples ont des intérêts.

Les empires ont des intérêts.

Les entreprises ont des intérêts.

Les organisations internationales ont des intérêts.

Il n’y a rien d’anormal à cela.

L’anomalie consiste à croire que les intérêts des autres remplaceront un jour notre propre volonté nationale.

Le véritable problème du Congo n’est peut-être pas l’absence d’amis.

Le véritable problème est de savoir si le Congo est devenu l’ami de lui-même. Car un peuple peut posséder toutes les richesses du monde et demeurer vulnérable s’il ne possède pas de projet collectif. Il peut disposer d’immenses ressources naturelles et demeurer pauvre s’il ne transforme pas ces ressources en puissance nationale. Il peut recevoir l’aide du monde entier et demeurer dépendant s’il ne développe pas sa propre capacité d’agir.

Le Congo ne manque pas d’amis.

Il manque parfois de centre.

Or aucune nation ne peut être aidée durablement lorsqu’elle a perdu son centre.

L’histoire nous enseigne que les peuples qui traversent les siècles ne sont pas nécessairement les plus riches ni les plus puissants.

Ce sont ceux qui savent qui ils sont.

Ceux qui possèdent une mémoire.

Une continuité.

Une vision.

Une capacité de transmission.

Le véritable ami du Congo n’est donc ni Bruxelles, ni Washington, ni Pékin, ni Moscou, ni Paris. Le véritable ami du Congo est la conscience que les Congolais ont de leur destin commun.

Cette conscience ne remplace pas les alliances.

Elle ne remplace pas la coopération.

Elle ne remplace pas la diplomatie.

Au contraire.

Elle les rend possibles.

Car seules les nations qui savent qui elles sont peuvent choisir librement leurs partenaires.

Les autres finissent toujours par subir les choix des autres.

Le Congo n’est pas condamné à la solitude.

Il est appelé à la responsabilité.

Il ne doit pas se fermer au monde.

Il doit entrer dans le monde à partir de son propre centre.

Car la souveraineté n’est pas le refus de la coopération.

La souveraineté est la capacité de coopérer sans se perdre.

Voilà pourquoi la question décisive n’est peut-être pas de savoir si le Congo a des amis.

La question décisive est de savoir si les Congolais sont prêts à devenir les gardiens de leur propre continuité.

Car aucune puissance étrangère ne peut aimer le Congo davantage que les Congolais eux-mêmes.

Aucune institution internationale ne peut porter son destin à sa place.

Aucun partenaire ne peut remplacer une volonté nationale.

Le jour où le Congo retrouvera pleinement confiance en lui-même, il découvrira que le monde ne lui manque pas d’amis. Mais qu’aucun ami ne peut remplacer ce que seule une nation peut faire pour elle-même.

Et peut-être est-ce là la véritable signification de cette phrase :

Le Congo n’a d’autre ami que lui-même.

Non parce qu’il serait seul.

Mais parce que toute renaissance commence toujours par un peuple qui décide enfin d’assumer son propre destin.

 

By amedee

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