José BakimaJosé Bakima

TRIBUNE V

Par José Bakima

C’est probablement ici que se trouve la question la plus importante de l’expérience mobutiste.

Le pouvoir ne se maintient pas trente-deux ans par le seul charisme d’un homme.

Il faut des structures.

Des fonctionnaires.

Des militaires.

Des administrateurs.

Des entreprises.

Des réseaux économiques.

Des responsables politiques.

Des mécanismes de distribution.

Des fidélités.

Il faut donc du Kinyadi.

Le Kinyadi est la capacité de transformer une décision en réalité.

C’est l’exécutif matériel.

C’est l’administration.

C’est la gestion.

C’est l’organisation.

C’est la capacité de faire.

Or une administration peut servir deux choses différentes.

Elle peut servir l’État.

Ou elle peut servir le pouvoir qui contrôle l’État.

La différence est fondamentale.

Lorsque l’administration sert l’État, le fonctionnaire demeure attaché à la règle même lorsque le titulaire du pouvoir change. Lorsque l’administration sert le pouvoir personnel, elle devient dépendante de la personne qui distribue les positions, les ressources et les protections. Le problème dépasse alors la corruption.

La corruption est un symptôme.

Le problème profond est la personnalisation de la fonction publique.

Lorsqu’un poste devient une faveur plutôt qu’une responsabilité, l’État commence à perdre sa substance institutionnelle.

Lorsqu’une entreprise publique devient une source de fidélités politiques plutôt qu’un instrument économique national, elle perd progressivement sa fonction.

Lorsque l’accès aux ressources dépend de la proximité avec le pouvoir, l’économie cesse d’être organisée principalement par des institutions et devient progressivement une économie de réseaux.

Le système peut fonctionner pendant un certain temps.

Mais il devient de moins en moins capable de se corriger.

Pourquoi ?

Parce que celui qui doit transmettre le témoignage sur l’échec dépend de celui qui est responsable de cet échec.

Le Kimbangi est alors capturé par le Kinyadi.

Le fonctionnaire ne dit plus nécessairement ce qui est.

Il dit ce qu’il peut dire sans mettre en danger sa position.

Et lorsque le pouvoir n’entend plus le réel, il peut continuer à gouverner longtemps.

Mais il ne peut plus apprendre.

C’est ici que se trouve peut-être l’une des clés de la longévité et de la fragilité simultanées du mobutisme.

Le système savait conserver le pouvoir mieux qu’il ne savait produire sa propre correction.

Il pouvait survivre aux crises.

Il pouvait déplacer les hommes.

Il pouvait modifier les structures.

Il pouvait changer les discours.

Mais il avait de plus en plus de difficultés à transformer les signaux du réel en réforme institutionnelle.

Le résultat fut finalement visible.

L’État paraissait immense.

Mais sa capacité effective se dégradait.

L’armée était puissante politiquement mais de moins en moins capable de défendre efficacement le territoire.

L’administration était vaste mais de moins en moins performante.

Les institutions existaient mais perdaient progressivement leur autonomie.

La République continuait d’exister juridiquement.

Mais sa capacité d’agir se rétrécissait.

C’est ici que la distinction entre État et régime devient essentielle.

Le régime peut durer.

L’État peut se dégrader.

Et lorsque le régime finit par tomber, la faiblesse de l’État apparaît brutalement.

 

By amedee

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