Feu Marechal Mobutu, président du ZaïreFeu Marechal Mobutu, président du Zaïre

MOBUTU : L’ÉTAT À L’ÉPREUVE DU POUVOIR

Six tribunes pour comprendre trente-deux ans de pouvoir

TRIBUNE I

Par José Bakima

Il faut commencer par une vérité que l’histoire congolaise a souvent recouverte de jugements contradictoires : Mobutu n’est pas arrivé au pouvoir par hasard.

Il n’est pas davantage apparu soudainement comme une créature étrangère.

Il est sorti de l’histoire tumultueuse du Congo indépendant.

Il avait connu Lumumba.

Il avait travaillé auprès de lui.

Il avait été nommé chef d’état-major de l’armée nationale congolaise.

Puis il s’en est séparé.

Cette trajectoire suffit déjà à poser la question fondamentale : comment un homme placé au cœur de l’appareil de l’État nouvellement indépendant en vient-il à devenir celui qui en prend le contrôle ?

La réponse ne peut être réduite à la trahison personnelle.

Elle doit être recherchée dans la faiblesse institutionnelle du jeune État.

En 1960, le Congo devient juridiquement indépendant alors que les instruments matériels de sa souveraineté restent extraordinairement fragiles.

L’armée est encore profondément marquée par l’héritage colonial.

L’administration manque de cadres congolais.

Les institutions sont traversées par des conflits de légitimité.

Le territoire immense échappe partiellement au contrôle du centre.

Les puissances étrangères interviennent.

Les rivalités politiques se transforment rapidement en rivalités militaires.

Dans cet environnement, celui qui contrôle l’armée dispose d’une capacité politique disproportionnée.

C’est précisément ce que Mobutu comprend.

Le 14 septembre 1960, il intervient politiquement et installe un Collège des commissaires.

Les archives américaines montrent qu’au même moment la CIA lui apporte un soutien financier clandestin et cherche à renforcer sa position face à Lumumba.

Il faut ici éviter deux simplifications symétriques.

La première consiste à dire : Mobutu a été fabriqué par la CIA.

La seconde consiste à dire : Mobutu est arrivé seul au pouvoir grâce à son génie politique.

La réalité est plus complexe.

Mobutu avait besoin du soutien extérieur.

Les puissances occidentales avaient besoin d’un acteur congolais capable de contenir ce qu’elles considéraient comme la menace lumumbiste.

Il y eut donc rencontre entre une stratégie congolaise et une stratégie internationale.

C’est cette rencontre qui produisit une nouvelle configuration du pouvoir.

Et c’est là que commence le véritable problème.

Car prendre le pouvoir est une chose.

Construire l’État qui survivra à celui qui l’a pris en est une autre.

La carrière de Mobutu commence ainsi par une question militaire mais devient rapidement une question institutionnelle.

Celui qui contrôle l’armée peut prendre l’État.

Mais peut-il transformer cette prise de contrôle en République ?

C’est toute l’histoire qui suivra.

La question n’est donc pas seulement :

Pourquoi Mobutu a-t-il pris le pouvoir ?

Elle est :

Pourquoi le jeune État congolais a-t-il permis que le contrôle de l’appareil coercitif devienne la voie privilégiée vers la souveraineté politique ?

Cette question demeure actuelle.

Car une République qui ne maîtrise pas institutionnellement ses instruments de coercition laisse toujours ouverte la possibilité que celui qui commande la force prétende commander l’État.

La souveraineté commence donc ici par une distinction fondamentale :

l’armée appartient à la République ; la République n’appartient pas à l’armée.

 A suivre…

 

 

 

 

 

 

 

By amedee

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